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À la rencontre des chasseurs d’ovnis de la Silicon Valley

Un petit groupe d'investisseurs et de technologues pense pouvoir capturer des ovnis et étudier leur ingénierie.

par MJ Banias; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
04 July 2019, 8:04am

Image : Getty/Composition : Jason Koebler 

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Il n’y aurait rien de plus déstabilisant que de découvrir soudainement que les extraterrestres existent. C’est peut-être la raison pour laquelle un petit contingent de la Silicon Valley s’intéresse autant aux ovnis et cherche à savoir qui les pilote. Ces technologues passionnés d’ufologie pensent que non seulement les ovnis existent, mais que nous pouvons faire d’importantes percées scientifiques en les étudiant.

Rizwan Virk dirige la startup PlayLabs@MIT. Il est aussi entrepreneur dans la Silicon Valley, business angel et auteur du livre The Simulation Hypothesis. En tant que technologue et scientifique, il trouve les ovnis fascinants. « Je m’intéresse à ce phénomène parce que je pense que la science établie n’a découvert que 5 % de la vérité au sujet de la réalité. Les 95 % restant sont toujours là, dehors, quelque part », dit-il.

Virk explique que l’étude des ovnis, qu’ils existent ou non, a remis en question ce qu’il croyait possible : « Ce phénomène semble être lié à une technologie avancée qui ne correspond pas toujours à l’idée que nous, humains, nous faisons de la technologie, dit-il. De nombreux technologues se servent de leur intuition pour trouver de nouvelles idées et décider de la voie à suivre. Il y a un chevauchement entre le fait de faire confiance à son intuition et ce qui se passe dans la recherche sur les ovnis. »

« Si nous parvenons à inverser ces technologies pour les rendre accessibles au plus grand nombre, alors nous aurons le voyage interstellaire à portée de main » – Deep Prasad, PDG de ReactiveQ

Virk admet que la communauté des amateurs d’ovnis est relativement petite à la Silicon Valley, et que les investisseurs et les technologues qui s’y intéressent se font relativement discrets. Les ovnis, malgré toute la récente presse, restent un sujet tabou. Ceci dit, il est de notoriété publique qu’un riche propriétaire immobilier et technopreneur de l’Utah a fait l’acquisition du célèbre Skinwalker Ranch, une propriété qui appartenait au milliardaire Robert Bigelow et qui serait le site d’activités paranormales. Pour les gens du monde de la technologie qui s'intéressent aussi aux ovnis, l’ufologie est un hobby obsessionnel et passionnant. Peu en parlent publiquement, mais les choses changent petit à petit.

Dans son livre American Cosmic : UFOs, Religion, Technology, Diana Pasulka, professeure de philosophie à l’université de Caroline du Nord à Wilmington, soutient qu’une grande partie du discours moderne sur les ovnis contient un aspect de religiosité. Contrairement aux religions traditionnelles qui requièrent seulement la foi, les ovnis mêlent divinité et technologie, et reposent sur l’éventualité scientifique que la vie extraterrestre peut très bien être réelle.

Le mythe des ovnis ne se résume pas à des petits hommes verts dans des soucoupes volantes. Il a toujours représenté un défi aux systèmes de politique, d’économie et de pouvoir établis. Et dans la Silicon Valley, Pasulka a rencontré des gens qui croient aussi bien en leur startup qu’aux ovnis. Le technologue ufologue le plus célèbre de tous est peut-être Jacques Vallée, informaticien et capital-risqueur qui a notamment travaillé pour le projet ARPANET, qui a servi de base pour l’Internet que l’on connaît aujourd’hui.

« Il y a des gens qui s'abstiennent de mystifier les ovnis, qui veulent plutôt comprendre leur vérité, et ces gens se trouvent dans la Silicon Valley, écrit-elle. Comme Jacques, ce sont des scientifiques, les meilleurs de leur domaine. Ils ont produit certaines des technologies qui ont peut-être sauvé la vie de gens que vous connaissez (ou la vôtre), ou développé des technologies que vous utilisez chaque jour sur votre téléphone mobile. Comme Jacques, ils croient au phénomène communément connu sous le nom d’ovnis, pour objets volants non identifiés, et sont engagés à traduire des technologies futures en réalités actuelles. »

Il n'est pas surprenant que les spécialistes des technologies de pointe partagent un pseudo-destin avec les ovnis. La technologie est, de par sa nature même, disruptive. Elle modifie ce que nous sommes, elle redéfinit le sens et, plus important encore, elle permet à l'impossible de devenir possible.

James Lampkin, vice-président de la programmation de l’Electronic Sports League (ESL), l'une des plus grandes sociétés d’e-sport au monde, trouve l'idée des ovnis intéressante parce que « les implications de ce type de technologie semblent stupéfiantes et révolutionnaires, peu importe qui se trouve à bord ». Il se dit frustré que les médias ne font qu'effleurer la surface de ce phénomène.

Deep Prasad, PDG de ReactiveQ, une startup torontoise de plusieurs millions de dollars spécialisée dans l'informatique quantique, partage le sentiment de Lampkin. « En tant que technologues, nous cherchons à maîtriser la science et l’ingénierie de manière à ce que l’humanité tout entière en bénéficie, dit-il. Des technologies sous-jacentes à ces ovnis se cachent sous nos yeux, et elles dépassent de loin notre compréhension et nos capacités de recréer… Si nous parvenons à inverser ces technologies pour les rendre accessibles au plus grand nombre, alors nous aurons le voyage interstellaire à portée de main. »

À l’instar de Virk, Prasad pense que l’étude des ovnis, à supposer qu’elle soit possible, changera la compréhension qu’ont les humains de la technologie. Il affirme que la recherche scientifique de ce phénomène « mènera à une révolution technologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité ».

Lampkin regrette que seuls « 10 ou 20 % de ses proches fassent preuve d’ouverture d’esprit » au sujet des ovnis et qu’une poignée d’entre eux seulement « a accepté de plonger dedans » avec lui, mais que les autres semblent assez désintéressés, voire complètement indifférents.

Virk souligne que la plupart des investisseurs en capital-risque de la Silicon Valley ne vont pas commencer à injecter leur argent dans la recherche sur les ovnis, du moins pas publiquement, tout simplement parce qu’il n’y a aucune garantie de succès. Investir dans l’étude des ovnis est une entreprise risquée.

« Selon certains rapports, cette technologie touche à des domaines que nous commençons tout juste à explorer dans la Silicon Valley, à savoir les interfaces cerveau-ordinateur », explique Virk.

Quelque part dans cet état liminal entre l'humanité et les machines, entre nous et les outils que nous créons, repose, faute d'un meilleur terme, un extraterrestre. Les ovnis, réels ou non, enlèvent non seulement notre culture mais aussi l'imagination et les intuitions de certains de nos esprits les plus brillants. Cette petite bande d'ufologues de la Silicon Valley nous rappelle peut-être qu'il ne faut pas tenir les choses pour acquises ; que ce que nous considérons comme « normal » est souvent arbitraire. Les ovnis, et les gens qui s'y intéressent, mettent la société mal à l'aise parce qu'ils symbolisent l'une de nos plus grandes peurs : le changement.

Cet article a été initialement publié sur VICE US.