coming out
Illustration : Pierre Thyss
Identité

On vous a demandé de nous raconter vos histoires de coming out

Planifié dans les moindres détails ou balancé au détour d'une simple conversation, faire un coming out est rarement aisé, même après plusieurs années.
26 June 2020, 12:25pm

Contrairement à l’idée reçue, un coming out n’est pas un instant précis dans la vie d’une personne LGBTQ+. Il faut commencer par le faire avec soi-même, puis ensuite perpétuellement autour de soi. À chaque nouvelle rencontre, à chaque nouveau job. Si certains ont eu lieu par hasard, voire de façon comique, pour beaucoup ce sont encore des souvenirs très douloureux qui laissent des traces indélébiles.

Thomas (25 ans), physio

« Je l’ai fait tôt, j’avais 14 ans. Je n’avais jamais rencontré un seul pédé de ma vie, mais j’en étais sûr : je l’étais. J’avais demandé à ma meilleure amie de l’époque d’être là le jour de l’annonce, la pauvre. Me voilà face à ma mère, "Maman, j’ai un truc à te dire, je crois, enfin non, je suis sûr que je suis gay." Son visage s’est totalement décomposé. Elle m’a sorti un truc du genre "Mais comment tu peux savoir, ça évolue c’est peut-être un passage." Et ma pauvre amie ne savait plus où se mettre. Dix ans plus tard, je ne suis pas devenu hétéro, son vœu ne s’est pas réalisé. On a passé ça sous silence pendant près de deux ans, comme la poussière sous un tapis. Elle a dû digérer la chose, mais ce n’était pas les deux plus belles années entre nous. Elle m’a avoué après que tout son schéma s’était écroulé ce jour là, même si elle m’assure l’avoir toujours su.

« Son visage s’est totalement décomposé. Elle m’a sorti un truc du genre "Mais comment tu peux savoir, ça évolue c’est peut-être un passage." »

Quatre ans après, mon père – à qui je n’avais rien dit mais chez qui je ramenais des mecs – me regarde droit dans les yeux et me dit : "Tu n’as rien à me dire ?". Je lui ai répondu que non, que je n’avais rien à dire, que tout était clair, qu’il le savait, que c’était idiot d’énoncer un truc aussi évident. Il m’a supplié de lui dire, qu’il voulait l’entendre, j’ai campé sur ma position et ai dit que je refusais de dire un truc aussi évident. J’ai joué à l’enfant effronté, je ne lui ai pas fait de cadeau ce jour-là. »

Pénélope* (57 ans), artiste

« Pour remettre les choses dans le contexte il faudrait commencer par dire que, et ce depuis toujours, je suis attirée par les deux sexes. Enfin pour être exacte, je tombe amoureuse peu importe le genre sur lequel tombe mon dévolu. Au départ je pensais que ma franchise pardonnerait tout. Je viens d’une famille très catholique, où j'entendais parler d’amour donc je pensais qu'accepter cela serait synonyme d’amour. En fin secondaires, je me rappelle en avoir parlé à ma mère. Je pensais qu’être amoureuse était un truc tellement beau que ça valait le coup de le partager. De cette discussion, il n’en resta rien, comme si j’avais parlé dans le vide.

« Ces vacances là, ma chambre a été fouillée et toute ma correspondance amoureuse a disparu. »

Une fois étudiante, j’avais dû leur demander de m’accompagner chez un gynécologue parce que j’avais peur d’être enceinte après une relation éclair. J’étais encore mineure et à l’époque les gynécologues n’acceptaient pas les mineures non accompagnées. Suite à cet épisode, dans une discussion visant à me faire comprendre que j’étais une trainée inconsciente, je leur ai dit que ce problème ne se poserait plus car je préférais les femmes. En guise de réponse, ma mère a brandi une carte postale qui était arrivée pour moi en disant que je divaguais. Selon elle, j’avais reçu un courrier de mon "petit copain". En la lisant, je leur ai dit que la signature "Thi Maï" correspondait bel et bien à un prénom féminin. Ces vacances là, ma chambre a été fouillée et toute ma correspondance amoureuse a disparu. Iels ont fait la sourde oreille jusqu'à ce que je tombe amoureuse d'un homme... à 36 ans. »

François (33 ans), producteur

« Quand j'avais 17 ans, on avait pas Internet chez moi. Il m’arrivait donc souvent d’aller au boulot de ma mère le soir – tard – pour "travailler pour l’école" comme on habitait à côté. Un jour, alors que je révise mon bac, ma mère m’appelle en pleine journée. Elle se met à crier : "Le réparateur informatique est passé pour l'ordinateur du bureau, on sait pourquoi il déconne autant. C’est tous les sites porno que que tu consultes le soir !!!" Et elle raccroche aussi sec. Je suis super paniqué. Je tremble, je tombe littéralement par terre. Ne sachant pas quoi faire, j’appelle ma grande sœur en pleurant, au bout de 10 minutes de mon charabia plein de morve, elle éclate de rire et me dit : "Mon loulou, je me doutais bien que t’étais gay, il te reste plus qu’à en parler à ta mère quand elle rentre du boulot. Courage !"

« Ma mère se met à crier : "Le réparateur informatique est passé pour l'ordinateur du bureau, on sait pourquoi il déconne autant. C’est tous les sites porno que que tu consultes le soir !!!" »

Quand ma mère revient deux heures après, je suis livide. Elle ne fait pas trop attention à moi et va faire la vaisselle. Je lui demande de venir s’asseoir dans le salon, il faut qu’on parle. Elle vient, je lui dis : "Bon, je pensais pas te le dire si vite. Je me pose des questions encore, mais vu que le mec de l'informatique te l’a dit… Voilà je pense que je suis homosexuel." Elle me regarde fixement, ne dit rien. Puis éclate de rire super fort. Puis me dit : "Ah mais il m’avait dit que c’étaient des sites porno, mais pas du tout que c’était du porno gay. Bon beh voilà, comme ça c’est fait". C’était mon tout premier coming out d’une longue série. »


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Ettore (25 ans), artiste

« Je dois avoir fait une douzaine de coming-out importants, sans compter les plus mineurs. Probablement que j’en oublie et qu’il y en aura encore d’autres. Entre le premier et le second, fait à ma mère, il s’était écoulé une année entière. Avec ma mère, ça s’est "bien passé", mais c’est parce que nos standards dans la communauté sont plutôt bas sur le sujet. Tout devient "plutôt bien" quand on sait que l’une des issues courantes d'un coming out, c’est d’être chassé de chez soi. À 16 ans, je flippais vachement que mes parents me mettent à la porte en l’apprenant. Iels contribuaient, à cette période, à créer un climat d’homophobie banalisée à cause de blagues, rires gênés et remarques désobligeantes, d’où ma crainte. Ce jour-là, je n’avais pas prévu, ni envie de faire mon coming out. En fait, j’ai dit à ma mère que j’étais lesbienne par énervement, alors qu’elle s’apprêtait à me faire un énième speech sur les grossesses non désirées. Elle était simplement étonnée que j’aie eu peur de lui dire avant. Par la suite, on n’en a presque plus parlé et j’ai eu droit à des années dans une ambiance "Don’t ask, don’t tell". Ma mère a alors arrêté toute tentative – même maladroite – d’éducation sexuelle. Mon père a lui arrêté de poser des questions sur mes amours. Il fallait juste que "je fasse attention à mes sœurs", qui se sont révélées être queer elles aussi.

« Il y a encore beaucoup à faire avant que nos coming out deviennent banals, ou ne soient plus nécessaires »

Ce n’est que lorsque je leur ai fait mon coming out trans et bisexuel (sept ans après, tout ça dans une longue lettre très amère), que ma mère s’est excusée de son comportement en m’expliquant que son silence était la seule réaction dont elle était capable. Au sein de la communauté LGBT+ aussi, il faut parfois faire des coming out : les gays et lesbiennes reproduisent souvent des schémas normés mono-sexuels et cis. Y faire un coming out trans, bi ou pansexuel peut y être l’objet de rejets ou d’incompréhensions. Il y a encore beaucoup à faire avant que nos coming out deviennent banals, ou ne soient plus nécessaires. L’homophobie est une culture, qui va bien au-delà des violences physiques : c’est tout un système, et il faut faire l’effort de désapprendre cette culture. La bonne foi ou les simples intentions positives ne pourront plus suffire. »

Ally (33 ans), réalisatrice

« J'ai fait deux coming out. Le premier, c'était à 13 ans. Arrivée à New York pour vivre avec ma mère, j'ai cru que ma vie deviendrait un peu comme les sitcoms anglophones que j'adorais. À la moindre discorde, je partais m'enfermer dans ma chambre en claquant la porte et en gueulant "I hate you !". Un soir, j'étais à fleur de peau – je venais de me prendre un râteau de mon girl crush –, je lui ai lancé en pleine tête : "Je suis lesbienne !". Elle me regarde ébahie mais pas un mot. Elle avait pas dû apprendre sa réplique. Clairement mon rôle principal dans une série B, c'était pas pour tout de suite.

« Plus malaisant que de faire son coming, c'est de parler de sa vie sexuelle avec sa mère. »

Deuxième coming out. Je venais de me séparer de mon premier amour. Nouvellement célibataire, une "copine" vient régulièrement dormir à la maison. Ma mère capte qu'il y a quelque chose, et me confronte. Un peu stressée quand même, je lui avoue qu'on est ensemble. Et là, contre tout attente, elle me répond : "Ah mais c'est super ! You are such a free spirit ! Maintenant tu sortiras plutôt avec des filles ou avec des garçons ?". Plus malaisant que de faire son coming, c'est de parler de sa vie sexuelle avec sa mère. Par contre, j'attends toujours mon moment d'amour digne d'une sitcom. »

Jérémy (30 ans), psychiatre

« J’avais 17 ans quand j’ai voulu faire mon coming out à mes parents. Je venais de commencer mes études de médecine et j’avais quitté le nid familial, je me disais que le moment que j’attendais allait enfin arriver. Pendant les vacances d’été j’avais rencontré un Marseillais, à Londres. Ça a été mon premier coup de foudre, littéralement à Notting Hill. Le besoin de faire mon coming out à mes parents devenait encore plus pressant, et je savais que j’aurais le soutien de mes grandes sœurs, bien qu’elles-même redoutaient la réaction de ma mère. Mes parents, tou·tes les deux coiffeur·ses de métiers, ont toujours eu beaucoup d’ami·es et de collègues LGBTQ+, et ont toujours été très ouvert·es, mais « pas chez nous ». Je n’arrivais donc pas à trouver le bon moment pour avoir LA discussion.

« Après ça, le silence. Puis le soutien de mes sœurs, le temps, l’évolution de la société, de la représentation et des droits LGBTQ+ ont eu raison de l’entêtement de mes parents »

C’est donc au cours d’un week-end ensoleillé de septembre dans le sud-ouest que j’ai compris ce que Freud appelait un acte manqué. J’avais par erreur, laissé traîner une lettre d’amour, dans laquelle il y avait beaucoup de détails sur mon escapade londonienne. Il ne fallait pas que ça arrive dans les mains de mes parents, mais mon manque d’attention a fait qu’elle s’est retrouvée sous leurs yeux. J’ai pris une grosse claque quand mes parents l’ont trouvée. Littéralement. Après ça, le silence. Puis le soutien de mes sœurs, le temps, l’évolution de la société, de la représentation et des droits LGBTQ+ ont eu raison de l’entêtement de mes parents. Iels se sont excusé·es d’avoir réagi de cette façon, et entretiennent aujourd’hui de très bonnes relations avec mon copain actuel, qui n’est pas marseillais. »

Alain* (57 ans), employé en assurances

« Je me suis très vite rendu compte que je n'étais pas attiré par les femmes. Pendant longtemps je n'ai pas osé en parler et c'était normal à l'époque, enfin je pense. J'écoutais et j'observais les gens autour de moi et je voyais bien que l'homosexualité n'était pas du tout acceptée, faisait rire et reléguait la personne homosexuelle au second plan. Ces réactions m'ont bloqué si bien que je n'en ai parlé qu'à une seule personne. Pendant de longs mois, j'ai imaginé le moment de l'annonce de mon orientation sexuelle. Avec crainte. J'étais mort de peur à l'idée que mes ami·es et ma famille m'insultent, me tournent le dos et me rayent de leur vie. C'était devenu un casse-tête sans solution apparente qui m'empêchait de dormir, de manger et de profiter de la vie. Et puis j'ai décidé de tout coucher par écrit : la découverte de mon "orientation" pas comme les autres, son acceptation et, enfin, ma peur d'en parler à ceux que j'aime. J'ai lu ce texte à mes proches lors d'une réunion de famille et à mes ami·es à l'occasion d'un dîner en petit comité. J'ai beaucoup pleuré, vraiment beaucoup en répétant à plusieurs reprises : "Ne m'en voulez pas, ne me reniez pas". Je suis parti après la lecture de cette lettre. Rapidement, sans rien ajouter.

« C'était devenu un casse-tête sans solution apparente qui m'empêchait de dormir, de manger et de profiter de la vie. »

Je n'ai pas donné de nouvelles pendant de nombreuses semaines, paralysé par les potentielles réactions des uns et des autres. J'étais soulagé mais pas complètement. Je pense que le temps a permis à tout le monde "d'encaisser" la nouvelle. Le contact avec mes proches s'est petit à petit rétabli avant de se normaliser. Mes ami·es et ma mère ont été soulagé·es car iels voyaient bien que quelques chose clochait depuis de nombreux mois. Pour elleux, c'était mon bonheur avant tout. Mon père, lui, est toujours resté silencieux à ce sujet. De la pudeur peut-être, de la gêne plus sûrement. Mais une chose n'a pas changé : je n'ai jamais cessé de ressentir l'amour qu'il me portait. »

Mélissa* (29 ans), commerciale

« Le coming out le plus important dans ma vie a été pour mes parents. Vers mes 25 ans, iels ont commencé à imaginer que je trainais avec des gens louches puisque je partais souvent en week-end avec quelqu’un dont je ne parlais jamais. À force de ne rien leur dire, iels se sont mis à bader et à penser que je leur cachais des choses pas nettes. Les voyant paniquer, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je lâche le morceau. Un soir, un peu éméchée, je leur ai écrit une lettre où je leur racontais tout, avec des mots simples. Comme j’habitais loin, je leur ai envoyé par mail. Puis j’ai commencé à stresser en me disant qu’ils allaient m’appeler immédiatement ou même débarquer chez moi.

« Les voyant paniquer, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je lâche le morceau. Un soir, un peu éméchée, je leur ai écrit une lettre où je leur racontais tout, avec des mots simples. »

En fait, non. Ils m’ont répondu avec une vraie lettre avec – elleux aussi – des mots très simples. Comme jusqu’à mes 25 ans, je n’étais sortie qu’avec des mecs, iels n’avaient pas du tout imaginé ça, même si toute mon enfance j’avais les cheveux courts et qu’on me prenait pour un petit garçon. Après cette lettre, on n'en a plus jamais reparlé. Aujourd’hui, je vais souvent chez elleux avec ma copine, qu’iels adorent. »

Plusieurs personnes ont décliné notre proposition de témoignage, leurs histoires étant encore trop douloureuses, même relatées anonymement.

* Les prénoms de certaines personnes ont été modifiés pour préserver leur anonymat.

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Cet article a été publié sur VICE FR.