Sexe

Mon plan-cul m'a piqué ma copine après un plan à trois

Ma meilleure amie, qui est aussi mon plan cul, s'est mise à sortir avec ma copine après un threesome que je ne risque pas d'oublier.
01 June 2020, 11:06am
après un plan à trois
Photo : l'auteur de l'article au moment des faits.

Parfois, il m'arrive de skyper « Bowie ». Revoir cette jeune femme me secoue toujours autant, et je reste persuadé que l'on se parlera pendant encore pas mal d'années. De son côté, elle continue à discuter avec Hermine – que je vois de nouveau très souvent – et à lui tenir des propos insensés au téléphone. Elle lui a notamment demandé de l'épouser.

Les gens disent de moi que je suis un éternel adolescent – alors que je viens de fêter mes 40 ans. Certain·es me jugent amusant, d'autres dépravé, mais la plupart s'accordent à me décrire comme quelqu'un qui est en contrôle, qui gère son existence avec talent. Sauf qu'iels ont tort. Une expérience en particulier me l'a rappelé, et de manière brutale.

Je vis en coloc avec Caroline, une amie. Elle est électricienne et a chopé la moitié des lesbiennes et bisexuelles de la ville. Un soir, on décide de sortir pour fêter ses 25 ans dans notre bar préféré, en compagnie de toutes ses potes. Alors que notre petit groupe enchaîne les pintes, une personne s'assied en face de moi. Au premier abord, je suis incapable de dire avec certitude s'il s'agit d'un homme ou d'une femme.

Elle est grande, élancée, et porte une chemise de couleur sombre. On dirait David Bowie, mais avec des yeux émeraude. À un moment donné, je me retrouve seul avec elle – et je réalise qu'il s'agit bien d'une femme, à la poitrine discrète mais bien présente. Elle se met à me parler, de sa voix enfantine mais cassée. On s'échange nos numéros pour boire un verre le lendemain. En rentrant chez moi, je ne pense déjà plus qu'à elle.

Le soir suivant, elle me raconte sa vie en détail. Sa mère est en hôpital psychiatrique depuis longtemps, son père est peu présent – en gros, elle n'a plus grand monde sur qui compter. C'est évident qu'on se plaît. Sans attendre, on rentre pour baiser.

Une fois dans le lit, il se passe quelque chose d'assez dingue. Alors qu'on change de position, j'ai l'impression que ma bite devient sienne. Très androgyne, elle se met à « faire le mec », plante ses grands yeux dans les miens, me tient par la nuque et souffle : « Tu kiffes hein, petite pute ? ». Je lui réponds que, oui, que je suis sa salope, et qu'elle est « mon premier mec ». Je jouis quelques secondes plus tard. Très vite, on ne se quitte plus.

Malgré ce bonheur partagé, « Bowie » m'avoue avoir envie de coucher avec une nana. Je n'y vois pas d'inconvénient et, de mon côté, j'en profite pour me taper ma meilleure amie, Hermine, avec qui j'avais l'habitude de baiser dans le passé. Cette dernière, rencontrée il y a cinq ans sur Internet, me confie alors son envie « d'essayer » avec une femme. De son côté, « Bowie » revient vers moi après avoir fréquenté pendant deux semaines une meuf qui bosse dans un supermarché.

Elles se donnent, et je réalise à quel point j'ai de la chance de pouvoir assister à un tel moment, qui n'a presque plus rien à voir avec « du sexe ».

Attiré par les deux jeunes femmes, je me mets à les sonder pour savoir si l'idée d'un plan à trois pourrait les tenter. Alors que beaucoup de gens fantasment sur le threesome – 64% des hommes et 31% des femmes selon un sondage IFOP –, ça n'a jamais été mon cas. Pourtant, imaginer ces deux filles nues devant moi ne me laisse pas indifférent. Quant à elles, elles se laissent lentement charmer par cette perspective – si elles ne se connaissent pas encore, leurs profils Facebook respectifs suffisent à susciter de l'intérêt l'une envers l'autre.

Cette idée prend forme quelques jours plus tard, alors qu'Hermine et moi dormons ensemble. Vers quatre heures du matin, un SMS de « Bowie » me tire de mon sommeil. Elle me demande si l'on dort, je lui réponds que non et nous voilà, tou·tes les trois sur mon matelas, sans trop savoir comment s'y prendre. Je les laisse doucement se rapprocher l'une de l'autre et commencer à se caresser. Alors qu'elles n'osent toujours pas s'embrasser, je prends les choses en main. Hermine m'embrasse, « Bowie » aussi, puis les choses s'emballent peu à peu.

Alors que je continue à embrasser « Bowie », Hermine se met à me sucer. Puis c'est au tour de « Bowie » de me pomper pendant qu'Hermine est assise sur mon visage. Alors que je profite totalement de la présence des deux jeunes femmes, celles-ci se touchent à peine. Je finis par sortir du lit pour fumer une cigarette sur mon canapé, à quelques mètres de là. Je les regarde en silence. Elles se libèrent enfin et se mettent à faire l'amour devant moi. Elles se donnent, et je réalise à quel point j'ai de la chance de pouvoir assister à un tel moment, qui n'a presque plus rien à voir avec « du sexe ».

Par ma faute, je viens de perdre ma copine et ma meilleure amie – qui était aussi mon plan cul.

Ce n'est qu'une semaine plus tard que je mesure mon erreur de jugement. Alors qu'on se trouve tou·tes les trois chez Hermine, la soirée tourne au grotesque. Les deux jeunes femmes sont muettes. Je sombre dans le sommeil, puis me réveille six heures plus tard pour découvrir qu'elles dorment sur le canapé, enlacées. J'ai beau les trouver très belles, je ne peux m'empêcher de les envier.

Quelques heures plus tard, je ressasse tout ça lors d'un déjeuner familial auquel est convié mon père – qui finira le repas éméché – et mon ex, qui a toujours entretenu de bonnes relations avec mes parents. Je rentre chez moi lessivé, essaie de contacter « Bowie », mais découvre qu'elle n'est pas disponible.

Le verdict tombe quatre jours plus tard. Les deux jeunes femmes sont en couple, de manière exclusive. Elles habitent même ensemble. « Bowie », qui ne supportait plus de vivre chez son père, a saisi cette occasion pour rejoindre celle qu'elle aime – déjà. Par ma faute, je viens de perdre ma copine et ma meilleure amie – qui était aussi mon plan cul.

plan à trois

L'auteur de l'article avec son ex-copine, et la copine de son ex-copine.

Quelques jours plus tard, je compose pour la première fois depuis cinq ans le numéro de ma psy. Si, par le passé, j'y allais pour régler mes comptes avec Papa et Maman, mes problèmes ne sont plus les mêmes aujourd'hui. Au fil des séances, je lui parle de ma rupture avec les deux jeunes femmes et réalise que j'ai aimé « Bowie » sans en être véritablement amoureux – ma relation était du domaine de la fascination.

Après deux semaines très difficiles passées à recoller les différents morceaux de mon ego émietté, je réalise que cette situation est assez exceptionnelle, mais aussi très banale. Une histoire de couple commence toujours par une rencontre, quelle qu'elle soit – dans ce cas-là, je ne faisais plus partie de cette histoire. Rapidement, nos potes en commun se mettent à en plaisanter. J'en ris d'ailleurs de bon cœur.

Un samedi soir d'avril, je croise Hermine et « Bowie » dans un bar gay et lesbien. Hermine essaie de me dire bonjour. Je réponds à peine. Je les ignore. En fin de soirée, alors qu'elles s'apprêtent à récupérer leurs vestes, je les gratifie d'un : « Bonne nuit, connasses ». Ça a été mon dernier comportement agressif envers elles.

Le sexe à plusieurs avec des gens que l'on aime porte en lui les germes de tous les sentiments que les rapports humains peuvent véhiculer – qu'il s'agisse de haine ou de plénitude.

Au fil du temps, mon rôle a évolué. D'amant des deux jeunes femmes, je suis devenu le confident. Ma meilleure amie m'avoue avoir du mal à partager son appartement – elle cultive sa solitude sans modération. De son côté, « Bowie » fait des crises répétées qui la conduisent souvent aux urgences psychiatriques. Je tente de remédier à cela, de les aider à surmonter leurs difficultés.

En juin, on part faire la fête pendant trois jours dans la maison de campagne de mes parents. Nos rapports sont différents, plus lucides, plus affirmés, et on retrouve plusieurs fois la complicité de notre première nuit. On ne sait pas encore que c'est la fin de notre histoire.

En juillet, « Bowie » part passer quelques jours chez son ex en Bretagne – elle n'est jamais revenue. En l'apprenant, je me suis senti triste. Hermine, elle, était dévastée.

Aujourd'hui, je n'ai aucun regret – la situation s'est apaisée, et on se reparle tou·tes, même si « Bowie » et Hermine continuent à jouer aux montagnes russes émotionnelles quand elles discutent. Le sexe à plusieurs avec des gens que l'on aime porte en lui les germes de tous les sentiments que les rapports humains peuvent véhiculer – qu'il s'agisse de haine ou de plénitude. C'est donc un domaine compliqué, dangereux, mais passionnant.

Suivez VICE Belgique sur Instagram.

Cet article a été publié sur VICE FR.