Festivals

J'ai fait la teuf avec Kevin Abstract de Brockhampton au Pukkelpop grâce à un tweet

Grâce à Twitter, un peu de confiance en moi et quelques shots, j'ai réalisé le rêve de tout festivalier : faire la fête avec mon artiste préféré dans ma ville natale.

par Stijn Ernes
24 August 2018, 9:45am

Photos par l'auteur

Le Pukkelpop, c'est pour moi la quintessence de la nostalgie. Hasselt est la ville où j'ai passé toute mon adolescence et je n'ai donc pas pu faire autrement que de me rendre presque tous les ans à ce festival qui représentait l'Évènement de L'Année. Aujourd'hui, je vis à Bruxelles et il y a tout un tas d'autres festivals qui m'intéressent davantage. Mais cette année, grâce à une succession d’événements aléatoires, mon passage au Pukkelpop s’est conclu par une folle soirée avec Kevin Abstract de Brockhampton.

Après l'annulation de Travis Scott, je dois dire que Brockhampton était alors le seul concert que j'attendais vraiment. Le premier jour du festival, je me sens super en forme lorsqu'avec mon groupe d'amis, on se rend au Dance Hall. Groupe d'amis dont plus de la moitié ne sait même pas comment prononcer « Brockhampton », je tiens à le préciser. Je sais que mon cousin Frédéric est également présent et je lui envoie donc un petit « t’es où ? » afin de se capter. Je le retrouve devant la scène quand Brockhampton, aka « America’s best boyband », se lance dans un très bon live.

Pendant le concert, j'entends mon cousin me dire qu'il a tagué Kevin Abstract dans un tweet et que ce dernier l'a liké. « Chanmé » fut ma première réaction. « C’est cool qu’il prenne le temps de faire ça. » Après le show, mais sans beaucoup d’espoir, on décide quand même de pousser le truc un peu plus loin. Frédéric envoie un autre tweet : @kevinabstract : retrouvons-nous après. « Impossible que ça marche », je me dis. Jusqu'à ce que Frédéric m’apprenne que Kevin vient de lui envoyer un message privé : Je prends une douche maintenant mais ça te va si on se voit après ?

Tout a commencé par ce tweet.

Nous finissons par nous retrouver à l'entrée des artistes dans le village VIP auquel j'ai accès - l'un des nombreux avantages d'un stage chez VICE. Afin de m'adapter au style de vie des riches et célèbres, je traine avec Frédéric en attendant une pizza cuite sur feu de bois achetée avec des jetons que j'avais encore de l'année dernière. Classe. Après ce repas sophistiqué et quelques bières, nous commençons à nous demander si Kevin n’a pas finalement d’autres plans en tête, peut-être avec ses « vrais » amis. Puis soudain, un nouveau message: « Rendez-vous au Village des Artistes. »

Ok, pas de temps à perdre. Je laisse tomber ma bière et je suis Frédéric jusqu'au point de rendez-vous. Une fois là-bas, on se regarde dans le blanc des yeux en nous disant : « Mec, mais c'est incroyable. » J'essaie de calmer le fanboy caché en moi mais je peux difficilement contenir mon excitation. Soudain, le moment tant attendu arrive : je me retrouve face à Kevin Abstract et à son petit ami Jaden Walker. « Hé les gars, merci beaucoup d'être venus » est sans doute la première phrase qui a franchi nos lèvres. J'étais assez dépassé par les événements. On les invite ensuite à prendre un verre au bar VIP. « Ouais, carrément, je suis chaud ! » nous dit Kevin. En chemin, on papote de la façon dont on a découvert Brockhampton. Dans la salle VIP, on commande des gin tonics et whisky cocas pour briser la glace. On parle de voyage en Europe, de la marque de fringue de Jaden, ce genre de banalités. Un peu plus tard, on retourne au Village des Artistes pour aller chercher Romil, le producteur et DJ de Brockhampton. Alors qu'on est en train de marcher, je me dis: « Putain, mais qu'est-ce qui est en train de se passer ? »

Premier stop : le bar à bières spéciales. Je commande une bière belge traditionnelle pour mes invités américains : Une Grimbergen blonde. À ce moment-là, un photographe du Fotomuseum d’Anvers nous prend en photo, et je me sens plus jet-setter que jamais. Après ça, j’invite mon nouveau gang à essayer le Think Tank, une installation visuelle qui dure cinq bonnes minutes. L'occasion idéale pour discuter en loucedé de ce qu'on allait faire avec Frédéric. Nous n’avions aucune idée de la façon dont nous pouvions offrir au meilleur boysband d’Amérique une soirée mémorable.

V.l.n.r.: Jaden Walker, Kevin Abstract, moi, Romil Hemnani et mon cousin Frédéric. Photo de Jesse Willems

Mon cousin vient avec l'idée brillante d'une petite virée à Hasselt. On dirait que les mecs peuvent s'absenter du Pukkelpop sans soucis, et y a-t-il quelque chose de plus cool que d'emmener un de vos artistes préférés dans le café de votre ville natale ? Frédéric se jette à l'eau: « Ça vous brancherait, d'aller visiter Hasselt un peu plus tard ? C’est à quinze minutes en taxi. » Ils n'hésitent pas longtemps avant d'accepter de se joindre à nous.

Le premier taxi que nous abordons nous rappelle que nous sommes du mauvais côté du site du Pukkelpop et qu’un trajet vers Hasselt nous coûtera 50 balles. Bien que je puisse relativement bien m'adapter à la mentalité des musiciens californiens, m'adapter à leur porte-feuille, c'est tout autre chose - l'un des nombreux inconvénients d'un stage chez VICE. Heureusement, Kevin intervient, en grand Prince : « Allez, on prend celui-là. On vous l'offre. » Après quelques essais et erreurs avec les cartes bancaires américaines, nous voilà enfin en route.

Nous arrivons à Dusartplein, une place où l’on retrouve la plupart des cafés sympas d'Hasselt. Mon cousin et moi prenons à coeur nos rôles de guides et emmenons nos touristes de luxe devant l'arrêt de bus où nous attendions quand nous étions gamins. Je n'ai aucune idée des attentes des gars de Brockhampton, mais Dusartplein pendant le Pukkelpop n'a sans doute rien à voir avec les bars branchés de Los Angeles. C'est carrément mort. J'aurais dû m'y attendre, cette salle du Koestal complètement vide, c'était prévisible. Le seul client est un vieux type qui boit du pinard devant le match de foot qui passe sur le petit écran. Mais merde, après tout on s'en fout, on est assis avec Kevin fucking Abstract.

Nous commandons des vodkas et des sodas et nous nous installons sur la terrasse. À cause de la quantité d’alcool qui commence à s'accumuler dans notre système sanguin, les conversations se font de plus naturellement et les langues se délient, du coup on ose enfin poser les questions qui nous intéressent vraiment. Je me souviens que nous avons parlé de prise de risque, et de l'obligation de tout faire pour être heureux dans la vie. Peu de temps après la vodka Frédéric propose des shots. « Let’s do it », répond Kevin. Maintenant que le vieil homme est parti, nous utilisons la salle vide du Koestal pour immortaliser ce moment avec mon iPhone.

Quatre tournées plus tard, on a hâte de retourner dans le pré de Pukkelpop pour aller tâter la Boiler Room. Nous attendons sagement un taxi devant une friterie, quand je les entends dire « Putain, mais mate-moi ce logo ». Ma fierté flamande atteint un niveau supérieur quand je remarque qu’ils sont en train de parler du logo Bicky.

Un trajet en taxi à nos frais plus tard (plus court et moins cher, je vous rassure) nous voilà à nouveau sur le site du festival. On prend des pintes sur le chemin et je leur demande s’il vont parfois dans les clubs techno de L.A. « Pas vraiment» , m'avoue Romil. Mais à peine entrés dans la Boiler Room ce soir-là, on s'est tous précipité vers le devant de la salle. Et voilà, ça y est, je suis en pleine rave entouré de Kevin, Jaden et Romil.

Mon cousin Frédéric, Kevin Abstract et Jaden Walker à la Boiler Room.

C'est au moment où nous sommes rejoints par plusieurs amis de mon cousin que je me rends compte que ça fait maintenant un moment que je n'ai pas vu mes propres potes. En plus, Mr. Carmack est sur le point de commencer à jouer. Dilemmes et problèmes de conscience font surface : est-ce que je reste avec mes nouveaux amis américains ou est-ce que je rejoins mes autres amis pour checker Carmack?

Un Stijn ivre mais loyal décide de dire adieu à ce rêve éveillé. Je leur fais à tous un hug à l'américaine et je les remercie pour cette excellente soirée. Avec du recul, ce n'était sans doute pas la meilleure décision de ma vie. Surtout quand j'ai appris par après que mon cousin s’était retrouvé à jouer à la Playstation avec le reste de Brockhampton dans leur bus de tournée. Mais bon, ça restera sans aucun doute mon plus beau souvenir du Pukkelpop 2018. Et des toutes les éditions confondues.

Peut être que l’année prochaine je réactiverais mon compte Twitter poussiéreux pour tchatcher une tête d’affiche. Car on ne sait jamais ce qu'il peut arriver au départ d'un simple tweet.

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