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Respecter les autres en after, c'est d'abord se respecter soi-même

Que vous rêviez d’être l’hôte idéal·e ou un convive irréprochable, voici quelques règles de courtoisie pour ne pas être un·e gros·se lourd·e.

par Matthieu Foucher; photos Thibault Hollebecq
09 January 2020, 5:32pm

Dans notre série « Afters », on se demande si l’après-fête représente un simple prolongement ou une nouvelle quête d’intensité. On vous propose des récits, analyses, interviews ainsi que guides de survie pour pouvoir vous y retrouver.

Savoir se comporter en after ne relève pas de l’évidence et, malgré leurs meilleurs efforts, il est probable que vos parents aient négligé cette étape cruciale de votre éducation. Car si la nuit est le temps de tous les possibles et l’after le renversement de la norme, cela ne signifie en rien la mort de la politesse et autres règles de bonne conduite : ce n’est pas parce que d’un coup, tout semble permis, qu’il faut faire fi des bonnes manières. Pour vous aider à être de la meilleure compagnie, on a enquêté auprès de plusieurs professionnel·les afin qu’iels nous livrent leurs DO’s & DONT’s et quelques conseils de savoir-être en after.

Ne pas convier n’importe qui

Plus que le before, l’after est souvent le lieu de rencontres et d’assemblages parfois improbables. Que les groupes et les individus s’y mélangent fait partie du charme de l’instant et une certaine mixité y est attendue. Mais, s’il est normal de vouloir ramener ses copines à l’after qu’on vient de trouver, l’invitation ne s’étend pas forcément à l’inconnu à qui vous avez parlé à l’urinoir ou à cette meuf qui vient de vous lâcher une clope. La courtoisie suggère que vous demandiez l’autorisation de votre hôte avant d’incruster tous vos potes – la personne qui a eu l’amabilité d’ouvrir les portes de chez elle à une bande de noceurs transpirants et boueux vous en sera reconnaissante.

« Il ne faut jamais avoir plus de 30% de gens que tu ne connais pas. J’ai remarqué que si tu dépassais les 30% de têtes non-connues chez toi, il y a un moment où la fête dégénérait, tu freakes out. Il faut des gens qui connaissent la maison » témoigne Sophie d’After, autrice de la chronique La Nuit Devant Soi, habituée à recevoir de formidables orgies dans sa demeure berlinoise.

Pour Boris, organisateur de soirées et également hôte d’afters réputés, la composition des invité·es est essentielle pour que la sauce prenne et que la fête trouve un nouveau souffle : « C’est un peu comme un mariage un after : ça se fait naturellement mais il faut que le plan de table soit bien fait ». Le juste dosage entre personnes au caractère « dionysiaque » et individus au tempérament « apollinien » (soit, en langage courant, exubérant versus mesuré) est selon lui primordial : « Un after c’est comme un petit spectacle, une pièce de théâtre. Si on veut obtenir quelque chose de distrayant, il faut un casting intéressant ». Pour ce faire, l’hôte prendra soin de veiller à créer un cocktail de personnalités hétéroclites, la meilleure recette consistant à « inviter des gens qui n’ont rien à voir entre elleux », explique Boris : « Il arrive des choses plus intéressantes quand il y a perte de contrôle que quand il y a une homogénéité de personnes ». Quoiqu’il en soit, le choix des invités ne devra jamais être laissé totalement au hasard.

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Respecter votre hôte et les lieux

Une fois sur place, la même considération est de mise, et un autre principe s’applique : « Ne pas oublier que tu es chez quelqu’un, on a vite tendance à l’oublier » rappelle Robin, « consommateur raisonné » fort de 20 ans de teuf derrière lui. Éviter de dégueulasser le domicile de votre hôte et de tout casser est, sans doute, la meilleure façon de le remercier. Sophie d’After, à nouveau, a tiré de ses expériences d’hôtesse plusieurs règles précises : « Un verre ne doit jamais être posé par terre sinon il casse, il doit forcément être posé sur une table. Sur une autoroute, tu as 10 minutes d’espérance de vie si tu franchis la barrière, et bien là, c’est pareil. C’est une règle absolue ».

Pour préserver son appartement, l’autrice berlinoise a également appris à le compartimenter et à réserver à chaque activité un espace dédié : « C’est bien qu’il y ait un endroit où ça fume. Qu’on sache que par là ça baise. Que les gens qui prennent du G le fassent dans la salle de bain – ça nique tout, ça défonce les tables » explique-telle. Ainsi, nettoyer ses possibles souillures, jeter ses éventuels préservatifs et respecter les espaces sanctuarisés est gage de savoir-vivre. Prendre ses affaires et disposer quand le maître ou la maîtresse de maison le demande également.

Participer à l'effort de guerre

Lorsqu’on est convié·e quelque part, la bienséance demande que l’on n’arrive pas les mains vides mais que l’on apporte un cadeau pour l’hôte des lieux ou pour la communauté. Le même principe s’applique à l’after. Qu’il s’agisse de rafraîchissements, de tabac ou de stupéfiants, le bon goût suggère de participer à l’effort de guerre à la mesure de ses moyens, comme le rappelle Jo, bretonne à la trentaine avancée, anciennement membre d’un soundsystem et de groupes punks : « Si tu n’as rien, tu proposes de filer 10 balles aux gens qui te rincent » résume-t-elle simplement. Vous ne le regretterez jamais et éviterez, une fois l’évènement terminé, de ressentir une culpabilité inutile.

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Prendre soin de soi et des autres

Si la consommation de substances diverses y est courante voire encouragée, il est crucial de ne pas perdre de vue son bien-être et celui des autres. Malgré la bienveillance alentour, soyez assuré·e d’une chose : personne n’a envie de vous accompagner aux urgences à 15h du matin. Boire de l’eau et en proposer autour de soi, faire attention au manque de sommeil et surveiller l’état de ses petit·es camarades fera de vous un·e convive exemplaire, rappelle Robin. Mais, dans votre volonté de vous rendre utile, ne vous emportez pas non plus : « Si vous cuisinez, il ne faut pas trop insister et proposer de la bouffe à des gens défoncés parce qu’ils n’en veulent pas. Limite ça peut les énerver » explique l’artiste et performeuse Sophia Djitli, coutumière du monde de la nuit, qui l’a appris à ses dépens.

Ce qui nous amène au plus important : en toute situation, le consentement devra toujours être la règle première – en particulier si vous vous adonnez à des activités sexuelles : « Baisez si vous le voulez mais si les autres le veulent aussi » rappelle Jo avec un excellent sens de la formule. L’after n’excuse pas tout, et certainement pas les agressions.

Ne rien faire qu’on pourrait regretter

Si ce qu’il se passe en after reste en after – et nous ne pouvons que vous encourager à ranger vos téléphones pour préserver la sacralité du moment – gardez en tête que certain·es convives présent·es pourraient se souvenir de cet instant. L’équilibre entre émancipation de la norme et la permanence de celle-ci est parfois difficile à trouver, et il appartient à chacun·e de faire ces choix en son for intérieur. Cependant, n’oubliez pas que l’after n’autorise pas tous les débordements, et nous ne pouvons que vous conseiller de ne rien faire dont vous puissiez vous lamenter le lendemain. « Il vaut mieux éviter de choper le mec ou la meuf de la personne qui nous invite. En after c’est trop facile, c’est tentant mais il ne faut pas le faire » témoigne Sophia, parlant d’expérience. Un avis partagé par Jo, qui résume parfaitement : « On ne couche pas avec les copains des copines, les copines des copines ou les copains des copains. On évite de se laisser aller à des trucs qu’on regretterait le lendemain.

Et on fait gaffe à la désinhibition pour ne pas raconter n’importe nawak, notamment sur d’autres gens : sur le coup tu te rends pas compte parce que tu es à l’ouest, mais ça peut foutre la merde ». Profitez de l’instant, bien sûr, mais sachez rester bienséant et raisonnable en toute circonstance, et tout devrait bien se passer.

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Cet article a été publié sur VICE FR.

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