Le sexe après le confinement coronavirus
Courtesy of Lo Harley
Sexe

Le sexe après le déconfinement (alors que le virus est toujours présent)

Alors que le virus est encore présent, le confinement ne l’est plus, ce qui a donné lieu à une explosion sexuelle chez certain·es, une prise de précaution chez d’autres.
20 May 2020, 11:57am

« Je me suis fait·e déconfiner » serait une des expressions buzz dès le 18 mai, suggérant des retrouvailles charnelles après plus de deux mois de solitude et d’absence d’interaction intime pour beaucoup.

Pourtant pendant le confinement déjà, les applis de rencontre explosaient, tout comme les rendez-vous interdits - une drague qui a même donné lieu à une vague de “pick-up lines” au thème du COVID-19, repostées sur Instagram par des utilisateur·ices des plateformes. On peut y lire : « Est-ce que t'es le virus ? Parce que tu es à couper le souffle. » ou « Même pendant la pandémie, la chose la plusieurs contagieuse c'est ton sourire. »

Pour Carole Boinet, rédactrice en chef du numéro Sexe des Inrockuptibles et ayant tenu une chronique sur la sexualité pendant le confinement, “Maison Close”, il y aurait même eu pendante cette période « une sous-culture de “fraudeur·ses du sexe” qui ont fraudé le confinement et sont allé·es voir des plans culs. »

Si coucher avec quelqu’un d’autre qu'un·e partenaire régulier·e, alors que le virus n’a pas disparu et qu’il se transmet par la salive, peut sembler fort risqué, bien loin de la distance de sécurité et des gestes barrière, beaucoup prennent le risque. Ce serait une peur qui divise. À Carole Boinet de noter « l’apparition de deux clans dans le sexe post-confinement, celui ou celle qui a mis un point d’honneur à reprendre la vie où il l’avait laissé, qui a recommencer à se bourrer la gueule, à voir plein de potes et à baiser ; et celui ou celle qui ressent de la peur et de la culpabilisation : soudain, contrairement à la dédramatisation du sexe en marche depuis plusieurs années, baiser n’est plus un acte anodin, mais porteur de risques et de responsabilité personnelle. »

À l’intérieur de cette deuxième catégorie, soucieuse du risque que comporte le sexe avec un nouveau partenaire, on a vu naitre d’autres pratiques, encouragés par divers ministères de santé. Le New York Board of Health recommande la masturbation, l’utilisation de sextoys, les sextos, les rencards virtuels. Le Dutch National Institute for Public Health and Environment conseille également de se raconter des histoires érotiques et de se toucher à deux à distances. Ce qui semble avoir porté ce fruits : selon le plus gros fabriquant de sexetoys du Danemark Eroti.dk, les ventes de vibromasseurs, sextoys, et jeux érotiques ont doublés dès l’annonce du confinement.

Le visionnage de pornos est aussi monté en pic : le site Pornhub enregistre un pic de 18,5 pourcent. Aujourd’hui, beaucoup de gens continuent sur leur lancée d’une sexualité 3.0 et à distance, par les interfaces de Zoom, Facetime, Skype, alimentés de vidéos, photos, appels vidéos - et qui incluent un nouveau rapport à la sexualité ainsi qu’à la technologie. « Il y a eu un lâché prise par rapport à la masturbation à deux, par l’utilisation de sextoys, de nouveau jeux sexuels se sont mis en place », dit Magali Croset, psychologue et sexologue et auteure de « Moins de stress grâce au sexe » (2019). Cette découverte là est faite pour durer, selon Audrey Gagnaire, fondatrice de la marque Tej par texto, dédiée aux sms de ruptures. Nudes, skype sex, utilisation de vibromasseurs en présence de l’autre ou par conversation digitale, « les personnes qui avaient une réticence face à ce genre d’expression sexuelle s’y sont finalement mises et risquent dorénavant d’inclure ça dans leur vie sexuelle, ça a mené à une véritable désacralisation du sexe virtuel. »

Une nouvelle culture du dating

Selon Stefan-Pierre Tomlin, mannequin et détenteur du titre Mr. Tinder pour avoir récolté le plus de likes sur la plateforme, le confinement a permis aux gens d’apprendre à se connaître à distance et de faire monter la tension différemment : « Les gens ont plus de temps de poser des questions, de faire un appels vidéos, et développer une alchimie autrement. Dans la vie réelle, on enchaine les options, et pas assez de temps est passé à découvrir la personne dans un contexte de bar par exemple. » Pendant la crise, il a eu 5 rencards virtuels, et se dit actuellement « curieux de rencontrer un couple. »

Entre besoin charnel de sexe et envie de rencontre, l’envie balance. Selon Magali Croset, « les gens vont prendre le risque au nom d’un besoin de contact tactile, et celleux ayant souffert de la solitude de ces deux mois auront plus tendance à vouloir aller à la rencontre de gens pour des réelles rencontres. »

Elle met en garde contre les dérapages : « malgré la joie et le désir impérieux, il faut penser en terme de prophylaxie (prendre tous les précautions nécessaires face à la maladie), et donc de prévention entre autres sexuelle. Le virus est toujours présent et un trop gros laisser-aller peut facilement une recrudescence de MST en plus du coronavirus. »

Une nouvelle sexualité pourrait donc voir le jour, qui ne repousse pas la masturbation et les sextoys au plaisir personnel, mais qui réapprend un désir qui passe par la stimulation mentale plutôt que le toucher.

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Cet article a été publié sur VICE FR.