Publicité
Lire

Nos besoins en protéines sont plus faibles que ce que nous croyons

L’industrie des suppléments protéinés vaudra 58 milliards de dollars d’ici 2022. Pourquoi un tel engouement pour des produits aussi immondes que la whey et les barres Gerlinéa ?

par Kaleigh Rogers
19 June 2018, 2:48pm

N’importe quel végétarien vous dira qu’on lui pose régulièrement une question particulièrement stupide, « Mais comment tu fais pour bouffer assez de protéines ? », juste derrière « Le bacon, ça te manque pas, sérieux ? »

Pourtant, tout ce que nous mangeons ou presque contient des protéines, et nous n’avons pas besoin d’en absorber des quantités industrielles pour rester en bonne santé. Or, à l’époque du fitness, de l’orthorexie et de l’obsession pour un lifestyle healthy – quoi que veuille dire cette expression – les omnivores comme les vegans consacrent beaucoup de temps et d’énergie à optimiser leurs apports en nutriments. En conséquence, le marché des compléments et suppléments alimentaires a explosé, pour la plus grande joie des entreprises parapharmaceutiques et agroalimentaires qui peuvent vendre à prix d’or des produits totalement superflus.

Un rapport publié lundi montre que le marché des suppléments protéinés (utilisés pour fabriquer des poudres protéinées, des barres énergétiques ou des substituts de repas), atteindra une valeur de 58 milliards de dollars en 2022. Cela représente plus du double des projections concernant le marché du cannabis. Avec la popularité des régimes hyperprotéinés comme le régime Atkins ou le régime paléo, la protéine est devenue la poule aux oeufs d’or de l’industrie agroalimentaire.

Nous sommes complètement obsédés par les protéines : les Américains s’accaparent certes 80% du marché, mais selon le rapport, les pays européens vont rapidement rattraper leur retard.

Pourtant, notre goût pour les protéines n’améliore pas nécessairement notre santé. Nous consommons déjà bien suffisamment de protéines, et parfois, dans des pays comme les Etats-Unis, deux fois trop. En outre, les barres protéinées contiennent parfois autant de sucre qu’un milkshake ou une barre chocolatée classique. La Clif Bar, par exemple, affiche 22 grammes de sucre au compteur, autant qu’un Kit Kat.

« Ce ne sont, en fait, que des bonbons enrichis en protéines », déclare le Dr Yoni Freedhoff, un médecin basé à Ottawa tenant un blog sur la nutrition et l’alimentation.

Freedhoff m’explique qu’à chaque fois qu’un nouveau produit healthy est mis sur le marché, il s’amuse à analyser ses ingrédients et valeurs nutritionnelles. la déconvenue ne se fait pas attendre : de nombreux produits protéinés estampillés « fitness » possèdent des niveaux de sucre étonnamment élevés.

Les protéines font partie des nutriments essentiels au bon fonctionnement de notre corps. Elles servent à former et maintenir la masse musculaire, à créer des cellules sanguines, à faire pousser les ongles et les cheveux. Mais nous n’avons pas besoin d’en absorber toute la journée comme des bodybuilders angoissés avant une compétition : un homme adulte moyen a besoin de 56 grammes de protéines par jour en moyenne, et une femme, en moyenne 46 grammes. Une alimentation saine et équilibrée suffit largement à fournir les apports nécessaires. Nul besoin de suppléments protéinés.

Selon Freedhoff, cette obsession pour les protéines vient probablement d’une mauvaise compréhension des mécanismes de la perte de poids.

« Les repas trop faibles en protéines ne fournissent pas une sensation de satiété satisfaisante, c’est vrai », explique-t-il. « Mais plutôt que de se préoccuper de la quantité de protéines absorbée au quotidien en valeur absolue, il vaut mieux s’assurer que chaque repas contient une proportion de protéines satisfaisante et privilégier les plats et aliments frais plutôt que les immondices en poudre. »

Si vous ne pouvez vraiment pas vous passer de votre shaker du matin ou de vos barres protéinées du goûter, lisez au moins l’étiquette du produit. Tous les suppléments ne sont pas égaux, et beaucoup dissimulent du sucre, des huiles végétales de qualité médiocre et autres saloperies. Oh, et n’oubliez pas de checker le prix, il risque d’être salé.

Cet article a été initialement publié sur Motherboard

Pour plus de Vice, c’est par ici.