Avec ceux qui ont marché contre les violences sexuelles à Anvers

« J'ai une amie qui a été violée. Elle a déposé plainte à la police mais rien n'a été fait. Le coupable est toujours en liberté et c'est loin d'être un cas isolé. »

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14 May 2019, 5:50am

Plus de 15 000 personnes ont participé à une marche silencieuse ce dimanche 12 mai dans le centre d’Anvers avec pour mot d’ordre : enough. Autrement dit, trop c’est trop. La participation massive à cette marche en mémoire de l’étudiante anversoise Julie Van Espen exprime un besoin de briser le silence autour des violences sexuelles faites aux femmes.

Les chiffres ne mentent pas. En 2017, 3 067 rapports de viol ont été signalés en Belgique (les tentatives de viol n'y sont pas comptabilisées et les témoins ou victimes déposent rarement plainte) - soit une moyenne de 8 viols par jour. Selon une étude européenne de 2015, 30% des Belges de plus de 15 ans ont été victimes de harcèlement sexuel au cours de l'année dernière.

Nous avons pris part à la marche et demandé aux participants ce qui, selon eux, pourrait être fait pour lutter contre les violences et intimidations sexuelles.

Guusje (19 ans)

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VICE : Hey Guusje, que ferais-tu pour lutter contre les violences sexuelles ?
Guusje : Il faut que l’on comprenne que « non », c’est non. J’ai eu mes propres expériences et parfois je me demande si tu te fais vraiment comprendre au bout du 21ème « non ». J’espère qu’après cette journée, les hommes, les femmes et tout le monde comprendra réellement le sens du mot « non » et sera capable de le mettre en pratique.

« Il faudrait des témoignages de victimes de violences sexuelles à l’école. Une histoire vraie a plus d’impact sur des jeunes qu’un cours ennuyeux. »

Où faudrait-il enseigner ces valeurs ?
Tout commence à l’école primaire, quand les filles deviennent sexuées et que les petits garçons le découvrent. Ils ne sont pas prêts pour ça. Quand ils grandissent, personne ne leur a jamais expliqué clairement quelles sont les limites à ne pas franchir ni où se trouvent ces limites. Pour moi, ça devrait être le travail des enseignants. Évoquer des témoignages de victimes de violences sexuelles en cours. Une histoire vraie a plus d’impact sur des jeunes qu’un cours ennuyeux.

Mara (27 ans)

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VICE : Bonjour Mara, selon toi, que devons-nous faire pour lutter contre les violences sexuelles faites aux femmes ?
Mara : Il faudrait faire en sorte que les plaintes déposées à la police soient prises au sérieux et que les policiers réagissent directement et de manière adéquate.

« Les policiers doivent être formés pour faire face aux cas de violences sexuelles. »

À ton avis, comment ça se fait que ça ne se passe pas encore de cette façon ?
J’ai une amie qui a été violée. Elle a déposé plainte à la police et rien n’a été fait. Le coupable est toujours en liberté et c’est loin d’être un cas isolé.

Les policiers doivent être formés pour faire face aux cas de violences sexuelles. On pointe beaucoup trop facilement du doigt le fait qu’une femme n’aurait pas dû boire ou se promener si tard dans la rue. C’est extrêmement pénible pour les victimes, surtout quand tu te rends compte à quel point il est difficile de trouver le courage de franchir la porte d’un commissariat pour raconter ce genre d'histoires.

Jef (23 ans)

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VICE : Hey Jef, que ferais-tu pour combattre les violences sexuelles ?
Jef : Pour commencer, je supprimerais la possibilité d’avoir une peine avec sursis. Si tu dois aller en prison, c’est que tu le mérites. Surtout pour les délinquants sexuels.

« Le gouvernement doit veiller à fixer correctement ses priorités lorsque des peines de prison sont prononcées. »

Comment gérer la surpopulation des prisons ?
Je pense qu’on peut trouver une solution, surtout pour ce genre de crimes. La fraude, c’est grave, mais ça ne blesse personne. Les autorités devraient revoir leurs priorités quand il s’agit de prononcer des sentences. Il faut être plus sévère avec les délinquants sexuels et accorder de l’importance au suivi psychologique afin d’empêcher les récidives.

Jens (23 ans)

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VICE : Salut Jens, que changerais-tu pour empêcher la violence sexuelle ?
Jens : Il faudrait plus de conseils et d’accompagnement dans les écoles. Et les nouveaux arrivants, par exemple, devraient être mieux informés sur les normes et les coutumes des femmes flamandes. Soyons clairs : je ne veux pas stigmatiser les nouveaux arrivants. Ils sont souvent suspectés de violence sexuelle alors que ce genre de chose se produit partout.

« Les médias déclarent régulièrement que les réfugiés arrivent souvent ici sans comprendre comment la Flandre fonctionne, mais j’aimerais bien voir plus de transparence dans la manière dont ils sont accompagnés et guidés. »

Pourquoi est-ce important que les réfugiés soient informés ?
Les cultures sont parfois vraiment différentes. Les femmes se comportent différemment ici que dans certaines cultures musulmanes, et donc les hommes appartenant à ces cultures traitent également les femmes de façon différente. Quand une telle personne vient ici, elle peut avoir l’impression que les femmes qui se montrent et se découvrent se prostituent. Les médias déclarent régulièrement que souvent, les réfugiés qui viennent ici ne comprennent pas le fonctionnement de la Flandre, mais je souhaite voir plus de transparence dans la manière dont ils sont guidés. Pour le moment, c'est un gros point d'interrogation pour moi.

Sabrina (43 ans)

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VICE : Bonjour Sabrina, que changerais-tu pour prévenir les violences sexuelles ?
Sabrina : Il devrait vraiment y avoir plus d’informations dans les écoles. Et les enseignants devraient prendre le temps d’avoir des têtes-à-têtes avec leurs élèves.

Pourquoi ?
Parce que ce qui est arrivé à Julie, ça n’a pu se produire que parce qu'un malade se promenait en liberté. Quelqu'un qui a été malade pendant longtemps et qui faisait partie d’un réseau où il n'a pas été aidé quotidiennement. Et pas à l'école non plus. Nos écoles n’ont actuellement pas les compétences pour traiter de tels problèmes.

« Les enseignants et le personnel enseignant devraient être formés de façon à pouvoir réaliser rapidement que quelque chose ne va pas chez un enfant. Et ce même s'il n’en parle pas. »

Comment est-ce que tu changerais ça ?
À l’heure actuelle, de nombreux accompagnements sont offerts en matière d’étude et d’éducation, mais du point de vue soutien psychologique, on est encore loin. Les enfants qui ont des problèmes ne sont aidés que lorsqu'ils viennent eux-mêmes s'en plaindre. Les enseignants et le personnel enseignant devraient être formés de façon à pouvoir réaliser rapidement que quelque chose ne va pas chez un enfant. Et ce même s'il n’en parle pas. S'il n'y a pas de communication avec les parents, il faut s’assurer d'avoir une conversation avec l'enfant.

Joran (18 ans)

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VICE : Salut Joran, qu’est-ce qui pourrait être fait pour lutter contre les violences sexuelles ?
Joran : J’aimerais que l’on encadre davantage les auteurs de ces violences. Ils sont malades dans leur tête et ils doivent être suivis pour pouvoir guérir.

Comment pourrait-on les encadrer ?
Un centre fermé pourrait être une option. Je pense qu’avec les bons outils, on peut venir en aide aux gens. Mais ça dépend aussi de leur propre volonté de changer. Beaucoup de choses découlent de leur passé. C’est pourquoi je pense que des enfants qui ont vécu des expériences traumatisantes devraient être suivis par un psychologue dès le début.

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