Culture

Tous ces groupes qui vont devoir changer de nom (et rapidement)

De Black Madonna à Joey Negro en passant par The Dixie Chicks, de nombreux artistes renoncent à leurs noms jugés trop offensants. La question, c'est qui seront les suivant·es ?
28 July 2020, 8:09am
Black Madonna, Burger Records, Joey Negro
Black Madonna aux Nuits Sonores © Marion Bornaz

En début de semaine, la DJ américaine The Black Madonna changeait de nom de scène et se renommait The Blessed Madonna, suite à une pétition publiée sur Change.org lui demandant de ne plus pratiquer l’appropriation culturelle envers ses prochain·es afro-américain·es - précisons, à toutes fins utiles, que The Black Madonna est blanche. Le DJ anglais Joey Negro a rapidement suivi (mais cette fois l’initiative est venue de lui-même), indiquant vouloir désormais œuvrer sous son nom de naissance, Dave Lee, ne se sentant plus trop à l’aise avec son patronyme initial - une contraction de ses deux artistes préférés, Pal Joey et J Walter Negro.

Quasiment au même moment, un nombre non négligeable d’artistes et d’employés du label de garage rock américain Burger Records se faisaient accuser d’agressions sexuelles, de promouvoir une certaine culture du viol ainsi que d’une masculinité toxique au sein de leur structure. Le label californien fut démantelé dans la foulée, toutes ses sorties sur les plateformes de streaming retirées. L’un de ses boss Sean Borhman s’est fendu d’un long post en forme de mea culpa doloriste, pour en venir à la conclusion que le label devait avant tout sérieusement réfléchir à se « rebrander » - avant de laisser tomber l’idée pour fermer définitivement.

À l’image de toutes ces grandes marques qui préfèrent nettoyer leur devanture plutôt que l’arrière-boutique, on peut se demander si tous ces changements de noms successifs répondent réellement à des questions d’émancipation et de justice sociale, ou s’ils ne pratiquent pas encore et toujours le même art de la diversion : le bétonnage de communication. Mais comme c’est visiblement la même chose, permettez-nous de prendre les devants, et de vous suggérer ici quelques groupes qui devraient rapidement changer de nom (ou de marque, c’est pareil) s’ils ne veulent pas s’attirer des emmerdes et continuer à se sentir woke à peu de frais, et surtout sans avoir à réfléchir quant aux causes profondes du problème. Qui sait, peut-être même que ça leur permettra de relancer leur carrière dans certains cas - coucou, Chris.

Ceux dont le nom est politiquement un peu olé-olé

Alors certes, nous ne vivons plus à l’époque bénie où des groupes pouvaient s’appeler Someone Still Loves You Boris Yeltsin, The Hitler-Had-Some-Good-Ideas Funk & Soul Orchestra, The Misogynist Construction Workers ou encore Jon Cougar Concentration Camp et s’en laver les mains, mais ça n’empêche pas que certain·es contemporain·es risquent d’être rapidement considéré·es comme rédhibitoires.

Outre les inénarrables noms en « 88 » (tous les groupes qui sonnent comme Bunker 88, Ludwig Von 88, etc…) qui devraient rapidement passer à la caisse, si l’on considère le public comme un gros enfant ne pouvant faire la différence entre le contenu et le contenant, toutes les couleurs devraient suivre.

Tous les groupes en « black » avec des Blanc·hes dedans seront appelés à dégager (ça en fait un paquet, des Black Lips en passant par Black Rebel Motorcycle Club, Black Angels, Black, etc…), ainsi que les groupes en
« white », pour éviter tout soupçon de velléités suprémacistes. Pour finir, les noms en « pink » seront également sujets à réflexion (pour éviter le pinkwashing, pardon à tous les Ariel Pink et Pink Martini de ce monde). Les noms en « yellow » pourront continuer d’exister, car comme chacun·e sait, c’est pas vraiment du racisme si c’est contre les Asiatiques.

Et si l’on pousse la réflexion un peu plus loin, a-t-on vraiment besoin des groupes en « King » ? Est-ce vraiment l’idéal politique de démocratie représentative dans laquelle on a envie d’élever nos potentielles futures progénitures ? Allez ouste, dehors King Doudou, Kings of Leon, Kings of Convenience, King Krule, Royal Trux, Gipsy Kings, Queens of The Stone Age, King Diamond, etc.

Ceux dont le nom ne respire pas vraiment la bienveillance envers leur prochain·e

Si on veut vraiment adresser le problème en profondeur, alors tous les groupes qui ne comptent pas spécialement œuvrer pour les bienfaits de l’humanité devraient sincèrement songer à se réinventer. Ainsi, une grande partie de la scène grindcore, thrash metal (bye bye, Toxic Holocaust !), metal, black metal, norwegian black metal, speedcore, breakcore, noisecore, power electronics, hardcore, epic doom, devrait rapidement passer à la casserole, sous peine d’excommunication définitive et impossibilité de pouvoir remettre un seul orteil dans une salle de spectacle subventionnée. Ce qui ne devrait objectivement pas changer grand-chose vu la période qui arrive.

Ceux qui devraient en profiter pour également changer de métier

Au hasard, et dans le désordre : The Black Keys.

Ceux qui, à ce stade de la compétition, sont difficilement récupérables

Je ne suis pas totalement certain que Viol, Diarrhea Planet, Guili Guili Goulag, Jaune, Violence Conjugale, Sida, Pissed Jeans, Le Chômage, Coke Asian, Bathtub Shitter, M.A Beat ou encore DJ Pute Acier sont encore en activité à l’heure actuelle, mais il n’est pas impossible qu’au moment où j’écris ces lignes, leur raison d’exister soit fortement remise en cause. Pardon à vous, mais vous l’avez bien cherché. Il fallait vivre avec son époque. La bonne nouvelle, c’est qu’on ne risque pas de se retrouver avec une reformation de Dick Delicious and The Tasty Testicles sur les bras de sitôt.

Suivez VICE Belgique sur Instagram.

Cet article a été publié sur VICE FR.