Drogue

Pourquoi certaines personnes ne tiennent-elles pas la weed ?

Si la consommation de cannabis est généralement associée à la détente, elle peut aussi être source d’anxiété et de paranoïa.

par Spencer Macnaughton
24 May 2018, 1:17pm

Illustration : Lia Kantrowitz

Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait, mais elle était loin d'imaginer ce qui l'attendait. Ellie Reid, étudiante de 26 ans à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, a passé l'une des pires nuits de sa vie après avoir mangé un brownie à la weed. « Je n'avais aucune notion du temps. Je tremblotais. C'était presque de l'ordre de l'expérience extracorporelle », se rappelle Reid, qui a préféré que son vrai nom ne soit pas divulgué pour des raisons professionnelles.

Reid, qui n'avait jamais eu de crise de panique ou d'angoisse auparavant, s'est sentie perdre tout contrôle. « Chaque minute durait trois heures. J'avais l'impression d'être prise au piège », raconte-t-elle. « Je suis restée assise dans une salle de bains pendant un bon moment parce que j'étais effrayée. »

L'expérience de Reid peut sembler surprenante, sachant que l'un des facteurs qui favorisent la consommation répandue de cannabis est la recherche de détente mentale et de bien-être. Mais vous connaissez probablement tous quelqu'un comme Reid – une personne qui perd la tête dès qu'elle fume un peu ou qui ne supporte pas la drogue parce qu'elle la rend paranoïaque ou angoissée. Pour quelles raisons ?

D'un point de vue scientifique, l'association entre le cannabis et l'anxiété a fait l'objet de peu d'études, malgré le fait que le cannabis est la drogue illicite la plus consommée dans le monde et que l'anxiété est le trouble mental le plus répandu. La majorité des études réalisées sont basées sur des auto-évaluations, où les participants déterminent comment leur consommation affecte leur niveau d'anxiété. Alors que certaines recherches indiquent des effets positifs du cannabis sur la santé mentale, de plus en plus de preuves suggèrent que les effets d'amélioration de la drogue sur l'anxiété et la panique méritent de plus amples études.

Une étude parue en 2009 dans le Human Psychopharmacology Clinical and Experimental Journal a révélé que les réactions d'angoisse et les attaques de panique sont les symptômes aigus les plus fréquemment associés à la consommation du cannabis. « En ce qui concerne la science du cerveau et le cannabis, il est facile de se faire avoir par des preuves anecdotiques », explique le Dr Ruben Baler, spécialiste de la santé au National Institute on Drug Abuse. Mais le cerveau est une machine complexe, et la moindre différence dans la chimie du cerveau d'une personne peut entraîner des différences importantes sur sa manière de réagir au cannabis, explique le Dr Baler.

Quand les humains consomment de la weed, elle stimule leur système endocannabinoïde, qui joue un rôle clé dans la régulation de notre réponse à la récompense, au stress et aux émotions. « Le système endocannabinoïde trouve le juste équilibre entre l'excitation et l'inhibition dans notre cerveau », poursuit le Dr Baler. Mais lorsque les substances chimiques contenues dans la weed, comme le THC, pénètrent le système endocannabinoïde, elles perturbent la capacité du système à agir de façon synchronisée, ce qui peut perturber notre capacité à réguler notre réponse au stress et donc provoquer l'anxiété.

« Les stimuli de peur que nous pouvons généralement supporter peuvent devenir ingérables sous les effets du cannabis, parce que notre réponse combat-fuite est perturbée, explique le Dr Baler. Il se peut alors que vous ne puissiez pas garder ces stimuli sous contrôle parce que votre système endocannabinoïde est brouillé à cause de tout le THC », poursuit-il.

Chelsea Wind, aide-soignante de 46 ans originaire d'Anderson, en Californie, a consommé de la marijuana à usage thérapeutique tous les jours au cours des six dernières années pour atténuer ses douleurs. Un soir, elle a été prise d'une attaque de panique alors qu'elle était chez un ami. « Il m'a encouragé à fumer toujours plus et à être aussi défoncée que possible, explique Wind. J'ai eu l'impression que je ne pouvais plus respirer. J'ai paniqué et lui ai demandé d'appeler les secours. »

L'expérience de Wind peut être liée à la quantité de weed qu'elle a fumé. Le Dr Mohini Ranganathan, professeur adjoint de psychiatrie à l'université de Yale et spécialiste de la recherche sur les cannabinoïdes, avance que les personnes qui consomment de plus petites doses de weed ont plus de chances de profiter de ses effets anxiolytiques. « Mais plus la dose augmente, plus vous êtes susceptible de ressentir de l'angoisse et de la panique », affirme-t-il.

Cela s'explique en partie par le fait que le THC agit en tant qu'agoniste partiel, ce qui signifie que lorsqu'il se lie à un récepteur, il produit seulement certains des effets de la drogue, la rendant moins puissante que certaines variétés synthétiques comme le Spice ou le K2, qui sont des agonistes complets. « Mais une grosse dose de cannabis se rapproche de ces drogues synthétiques », déclare le Dr Ranganathan.

Si vous consommez une grosse quantité de THC, il est donc logique que vous commenciez à ressentir certains des effets psychotiques provoqués par le K2 ou le Spice, tels que l'anxiété, la paranoïa et les hallucinations, selon le Dr Ranganathan.

Mais qu'en est-il de ceux qui ne réagissent jamais de la même façon à la weed ? Selon le Dr Baler, ces réactions changeantes ne sont pas surprenantes, car la plasticité du cerveau se transforme au fil du temps. « Des différences très faibles peuvent entraîner d'énormes différences dans la manière dont le cerveau répond au cannabis », déclare-t-il.

Les facteurs environnementaux peuvent changer la structure du système de traitement de la peur du cerveau.

Matt Folliot, comédien de 33 ans originaire de Toronto, a commencé à fumer de l'herbe à l'âge de 14 ans. « Pendant longtemps, ça a été une activité relaxante, amusante et sociale. J'ai pris beaucoup de plaisir à fumer avec mes amis », raconte-t-il. Mais tout a changé au cours de sa vingtaine. « J'ai toujours eu un problème d'anxiété, et quand je fume aujourd'hui, [la weed] contribue souvent à me rendre paranoïaque, anxieux, ou me donne le sentiment d'être débordé, d'avoir beaucoup trop de choses à faire alors même que je n'ai rien à faire », déclare-t-il, faisant écho aux sentiments de beaucoup d'anciens fumeurs.

Les facteurs environnementaux, comme les expériences traumatiques précoces ou le stress chronique, peuvent changer la structure du système de traitement de la peur du cerveau. Situés dans l'amygdale et l'hippocampe, ces zones sont particulièrement sensibles au cannabis, ce qui explique pourquoi certaines personnes développent des réponses mentales contrastées au cannabis, affirme le Dr Ranganathan.

Selon Folliot, ses expériences de vie ont eu un impact majeur sur son changement de réaction à la weed. « J'ai dû gérer beaucoup de décès dans ma famille et parmi mes amis. J'ai presque observé ma mère mourir et j'ai mis des années à m'en remettre. »

Tout comme les facteurs environnementaux, la variété de weed que vous fumez peut également avoir un impact majeur sur les niveaux d'anxiété.

« Quand les gens parlent de marijuana, ils ne distinguent pas les différents composants du cannabis », explique le Dr Ranganathan. Les deux principaux composants du cannabis sont le THC et le cannabidiol (CBD). Selon les recherches, ces composants ont des effets contrastés sur le niveau d'anxiété. « Grâce aux études menées sur les animaux, nous savons que lorsque la concentration de THC commence à augmenter, elle est susceptible d'intensifier l'anxiété », alors que de petites doses de CBD ont tendance à la réduire.

L'expérience de Wind reflète les conclusions du Dr Ranganathan. Selon elle, les variétés de cannabis Sativa, qui ont des doses relativement plus élevées de THC, exacerbent son anxiété sociale. « Dès que je fume du Sativa, je me mets à ruminer et je repense à une situation sociale embarrassante. Je me dis : "Mon Dieu, je n'aurais jamais dû dire ça !" », explique Wind. « Je deviens même parano à force de me demander ce que mon colocataire pense de moi. » Mais une autre variété peut produire l'effet inverse. « Je peux être plus sociable et détendue si c'est de l'Indica », déclare-t-elle.

Bien sûr, les choses ne sont pas si simples. Il existe plus de 65 cannabinoïdes dans le cannabis, mais des données substantielles n'existent que sur le THC et la CDB. « Avec aussi peu de recherches, il est impossible de bien comprendre les effets psychologiques que le cannabis peut avoir sur les niveaux d'anxiété d'un individu », explique le Dr Ranganathan.

Folliot est du même avis. « C'est un peu comme chercher le comprimé qui va vous faire sentir mieux dans votre boîte à pharmacie, explique-t-il. Mais c'est un peu comme la roulette russe, vous ne savez pas exactement ce que ce comprimé va vous faire. »

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