Culture

Balade pittoresque à Gand avec le duo queer de Johannesburg FAKA

« On trouve que Bruxelles est wild, et que Gand est mignonne. »

par Souria Cheurfi ; photos Antoine Grenez
13 August 2019, 12:47pm

FAKA à Gand. Toutes les images par Antoine Grenez.

Ce week-end, Buyani Duma et Thato Ramaisa, aka FAKA, se sont produits au festival Different Class à Gand. FAKA, prononcé faga, est un terme zulu qui signifie percer, pénétrer. Leur musique est fortement influencée par le gqom, un genre musical ayant émergé à Durban, Afrique du Sud, au début des années 2010. Leur EP Bottom’s revenge, sorti en 2016, a connu une réel succès et leur a permis de se produire à travers toute l’Europe, de Londres en passant par le Berghain à Berlin. Depuis, Buyani et Thato ont enchaîné les tournées et découvrent sans cesse de nouvelles villes et cultures. On les a emmenés dans les rues pittoresques de Gand pour parler de choc culturel, de communauté queer et de ségrégation, toujours présente en Afrique du Sud.

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VICE : Hello FAKA, c’est la première fois que vous venez à Gand ?
FAKA : Non, en fait c’est notre quatrième passage en Belgique. On a déjà performé deux fois à Gand et une fois à Bruxelles, mais c’est la première fois qu’on se promène vraiment dans la ville. C’est mignon.

Vous avez pu visiter Bruxelles aussi ?
Un peu. Si je me souviens bien, on a terminé dans un club après notre show, c’était dingue !

Quelle impression avez-vous de ces deux villes belges ?
Je dirais que Bruxelles est wild, et que Gand est mignonne.

C’est un bon résumé. Vous venez tous les deux de Johannesburg, comment est la scène nightlife là-bas ?
Géniale. Si la fête était un pays, ce serait l’Afrique du Sud ! On sort souvent au Kitcheners; la programmation est éclectique, intéressante et plutôt alternative. Le truc c’est que la musique sud-africaine est bonne, donc pas besoin de sortir en club pour s’amuser. Le bar du coin de ta rue joue de la bonne house et du gqom. C’est peut-être pas l’endroit le plus cool, mais c’est fun !

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Comment est né FAKA ?
On s’est rencontrés en 2010 à un festival. Ensuite on a commencé à traîner ensemble et faire la fête. On ne s’est plus lâchés depuis; on se voyait tous les jours. On a commencé à faire de la musique en 2013. On était tous les deux dans le monde de l’art, mais on était encore jeunes à l’époque.

Johannesburg est connue pour sa scène culturelle épanouie. Comment ça fonctionne ? Y a-t-il des aides, de la compétition ?
Il n’y a aucune aide. Tout le monde fait son truc, mais c’est difficile car il n’y a pas beaucoup de moyens. Beaucoup de talents n’arrivent pas au niveau qu’ils devraient atteindre. C’est une ville créative mais le gouvernement ne fait rien pour soutenir cette scène, et encore moins les artistes dits alternatifs, qui sont moins pris au sérieux que les artistes mainstream.

Vous êtes aussi passionnés de mode, un secteur célébré en Belgique. Comment est l’industrie de la mode à Johannesburg ?
On adore la mode, mais c’est très compliqué en Afrique du Sud. Il y a beaucoup de talent, mais l’industrie du pays a vécu un déclin. Il y avait beaucoup de manufactures de mode dans les années 1980 et 1990, et quand le gouvernement s’est ouvert à l’import international, l’industrie locale n’a pas survécu et cela a affecté nos designers, car ils n’avaient plus les moyens de produire leurs créations. Donc même s’il y a beaucoup de talents, la réalité est qu’ils ne peuvent pas s’épanouir.

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Du coup vous êtes plus inspiré par la mode internationale que locale ?
C’est surtout l’Afrique du Sud et sa culture qui nous inspirent. Mais on suit beaucoup de mouvements et de cultures inclusives à travers le monde.

Vous avez une fanbase considérable en Europe. Comment est votre public est Afrique du Sud ?
Il est aussi présent qu’ailleurs, mais on le ressent plus comme une communauté parce qu’on connaît la plupart des gens. Notre public est fort et grand.

Mykki Blanco vous avait rendu visite pour découvrir cette scène. Vous êtes toujours en contact?
Oui. On est vraiment devenus amis. Le sentiment de communauté n’a pas de frontières.

Vous êtes surtout présent au sein de la communauté queer. Johannesburg est safe pour les personnes queer ?
Oui... Enfin, ça dépend des endroits. L’Afrique du Sud est une société très inégale. Tu peux passer par une zone super sectaire, et un kilomètre plus loin, ce sera complètement libre et safe.

Ça s’applique aussi aux autres villes ? Le Cap est connue pour être bien plus ségréguée. Vous y performez également?
Oui. C’est fun parce qu’on a une communauté là-bas aussi. La scène queer y est très présente. Et leur scène électro est probablement la plus grande d’Afrique du Sud. Donc on aime jouer là-bas, mais on ressent la différence d’un point de vue racial et économique: Le Cap est comme une petite province raciste. Ils ont maintenu le suprémacisme blanc et les noirs et les autres personnes racisées sont mises de côté.

Comme s’il y avait deux villes en une ?
Oui… La ville est toujours divisée en un quartier blanc et un quartier noir, qui se trouve à 45 minutes du centre et connaît des problèmes d’électricité, de logements et de pauvreté. Tous les deux mois il y a des émeutes pour protester contre les inégalités. Beaucoup de gens y ont perdu la vie. Et un peu plus loin, tu as le centre: boujee et blanc. C’est complètement l’inverse à Johannesburg, où il y a plus de noirs au centre.

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Quand vous jouez au Cap, c’est dans le quartier noir, en dehors du centre, ou dans le quartier blanc ?
On se produit dans la ville, la partie blanche et boujee !

Donc le public est aussi blanc ?
Non, c’est ça le truc. Il y a quand-même une minorité de jeunes noirs plus affluents qui vit au Cap. C’est une minorité, mais dans les endroits où on se produit, ils sont en majorité.

La ségrégation est-t-elle moins présente à Johannesburg ?
Oui et non. Au final, les blancs fréquentent les endroits de blancs, dans les banlieues nord.

Vous avez voyagé à travers l’Europe. Avez-vous ressenti du racisme ici aussi ?
Oui, plusieurs fois. C’est très différent bien sûr, mais on a eu quelques incidents à l’aéroport, ou même dans la rue notamment à Londres. Je pense que le racisme est présent partout, à des degrés différents.

Triste mais vrai. Merci Buyani et Thato, on se voit sur le festival !
Oui, t’as intérêt à danser devant !

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