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Drogue

Un dealer étudiant nous montre comment tourne le business de dope à l’université

Fêtes d'étudiants et tranquillisants pour chevaux : dans le cerveau d'un jeune dealer d'unif.

par Jake Kivanc
15 October 2018, 12:29pm

Des MST aux syllabi en passant par les TD et l’assiette de pâtes au ketchup, VICE plonge dans la vie étudiante. Retrouvez nos articles dans le Guide VICE de l'étudiant.

Avouons-le : l'unif n'est pas seulement faite pour étudier et entreprendre un brillant parcours académique. Elle existe aussi, et en grande partie, pour nous faire découvrir qui nous sommes en tant qu'individus. Quels genres de trucs nous aimons, ce que nous attendons de la vie, quels types de gens on a envie de baiser. Et quels types de drogues nous réussissent pendant que d'autres types nous invalident sur une chaise pour les trois prochaines heures.

Cette question est cruciale pour quiconque a traîné ses baskets dans un campus, puisque les années d'unif sont en général la seule période où vous pouvez essayer ce « matos » que votre pote vous a filé en soirée, et qui va vous laisser en position fœtale dans un lit souillé de votre propre pisse quelque part à 4 heures du matin.

C'est la raison pour laquelle un étudiant doit pouvoir compter sur son dealer. Et c'est encore mieux lorsque son dealer, c'est soi-même. Je connais un type respectable qui va dans une unif à Toronto et qui a bien voulu me parler de son expérience, autant sur le plan mercantile qu'académique.

Le dealer, qui se fait appeler Robbie, est un type plutôt malin : étudiant en science, il a intégré un bon cursus et réussit assez bien dans celui-ci. Le mois dernier, je l'ai appelé pour qu'il revienne sur les détails de sa double vie.

VICE : Commençons par le début. Comment t'es-tu retrouvé dealer de ta fac ?
Robbie :
En fait, j'ai commencé à fumer quand j'étais au collège. Naturellement, je me suis mis à dealer en petites quantités, petit à petit. J'ai continué en secondaires, en vendant toujours plus. C'est là que j'ai réalisé que je pouvais me faire pas mal de fric. Aujourd'hui, j'ai toujours un truc en stock. Ça arrange mes finances, on va dire.

De combien on parle ?
Je fais ça un peu différemment de la plupart des dealers. Mon fournisseur me la donne sur rendez-vous – environ 150 g à la fois – et je vends ça en deux semaines. Je garde entre 500 et 600 euros, en fonction de l'argent que je dépense dans la livraison, et je lui rends le reste.

Tu dis toujours en avoir avec toi. Tu ne vends que de la weed ?
Presque que ça, mais je vends aussi d'autres trucs des fois. De la coke de temps en temps, de la MD, des anxiolytiques – des trucs comme ça. Mais c'est plus risqué de les avoir sur moi, et la demande n'est pas si élevée que ça. Mais dès qu'on m'en demande, je vais voir mon grossiste.

À quoi ressemble ta clientèle ?
Je fournis pas mal de monde en vrai. C'est cool parce qu'aujourd'hui, presque tout le monde achète de la dope ; les mecs se défoncent pour différentes raisons et différentes sommes.

C'est-à-dire ?
C'est-à-dire que la plupart des gens veulent juste acheter de la weed, de la coke ou autres pour faire la fête, mais en réalité ce n'est pas aussi simple que ça. Par exemple, le Vyvanse se vend super bien pendant les exams, parce que ça t'aide à te concentrer et optimise tes chances de réussite. Ce n'est pas juste pour la défonce, tu vois ? Il y a pas mal d'intellos qui en prennent pour se concentrer.

Le fait que tu sois dealer impacte-t-il ta vie universitaire ?
Pas du tout. Dealer de la dope, ce n'est vraiment pas très difficile. Ça me prend 15 minutes pour tout emballer dans des pochons et tenir une semaine. Le plus difficile, c'est de s'organiser en fonction de l'emploi du temps des autres – mais ça va, ce n'est pas un problème à proprement parler.

Quel est le plus gros problème, alors ?
Ne pas toucher à ma marchandise. J'adore fumer de la weed, mais j'essaie de ne pas trop piocher dans mon matos – c'est une route dangereuse. Mes notes sont un peu descendues à cause de l'herbe, c'est pourquoi je ne prends pas trop d'autres trucs.

Ça arrive que des filles ou des mecs te fassent des avances pour payer ?
Tout le temps. Une fille vient juste de me tailler une pipe pour que je lui file de l'herbe gratos. J'ai parfois l'impression d'être un roi.

À l'instant ?
Ouais, juste avant que tu m'appelles. Pour de vrai.

Tu utilises la thune que tu te fais pour bouffer ?
Ouais, j'achète presque tout avec cette maille. Je la dépense pour me nourrir, sortir, m'acheter des fringues, des livres, pour les loisirs aussi. Tout ce qui n'est pas de l'ordre des frais de scolarité. Ça, mes parents s'en occupent.

Tu te fais plus de fric à l'unif qu'en humanités ?
Carrément. J'habitais dans une résidence universitaire au dernier semestre, du coup c'était plutôt simple de se rencontrer – les mecs venaient frapper à ma porte pour choper leur dope, il y avait des soirées tout le temps. J'étais constamment sollicité. Beaucoup de gens achetaient de la weed là-bas, mais les prescriptions que je vendais avaient pas mal de succès aussi. Je peux vendre une plaquette de pilules qui coûte 60 euros en pharmacie – Vyvanse, Adderall, Xanax, etc. – pour l'équivalent de 300 ou 400 euros.

Et maintenant ?
C'est un peu plus lent. C'est le début de l'automne et les gens viennent juste de revenir sur le campus ; ne pas être en résidence ne facilite pas les choses. Je sais que je ne me ferai pas autant d'argent cette année. Mais de toute façon, j'essaie d'arrêter – donc c'est sans doute mieux pour moi.

Tu te retires de la partie ?
Ouais mec. Je ne veux pas faire ça toute ma vie. Je me sens mal de faire ça pour vivre, même si ça me rapporte pas mal. Je veux montrer à mes parents que je peux faire des choses respectables. C'est déprimant de voir cet argent et de se dire que c'est tout ce que j'ai à montrer.

Tu es assez proche de tes clients. Tu n'as pas peur de te faire voler ?
Si, ça m'arrive de flipper à propos de ça – c'est déjà arrivé par le passé – mais je ne vends plus aux gens que je ne connais pas. Il est hors de question que je vende plus de dix grammes à un inconnu.

Tu vends à des types qui n'ont jamais acheté ? Des mecs qui n'y connaissent rien, genre ?
[Rires] C'est arrivé hier. Un pote de pote ne savait pas quelle quantité il aurait pour son prix. J'aurais pu le pigeonner. Je ne l'ai pas fait, mais l'opportunité est là, avec les première année, souvent.

As-tu des noms de code débiles ? J'imagine que tu reçois beaucoup de « t'as du truc ? », etc.
Tout le temps. C'est trop drôle. Un mec me dit tout le temps qu'il veut « de la pâture » pour parler de weed. Les mecs ont des requêtes étranges, aussi. Souvent, on me demande du LSD. Et une fois, des mecs ont voulu choper des tranquillisants pour chevaux ; un truc bien pété.

Pourquoi ça ?
Ils ne m'ont pas dit. Mais pourquoi les gens veulent-ils de la drogue, à ton avis ? Les tranquillisants pour chevaux doivent être cool, j'imagine.