Drogue

Avec les consommateurs de GHB en Belgique

« En festival, les pipettes de GHB c’était matin, midi et soir. »

par Marie Pilette
06 September 2019, 2:04pm

PHOTO VIA

Selon la dernière étude publiée par le VAD (centre d’expertise flamand sur l’alcool et autres drogues), la consommation de GHB a bel et bien baissé en soirées. Pourtant, vous pouvez voir circuler ces petites fioles transparentes dans certains milieux.

Le gamma-hydroxybutyrate (GHB) est un composant se trouvant naturellement dans les cellules humaines comme dépresseur du système nerveux central. Synthétisé et introduit en médecine en 1960, le GHB était un anesthésique populaire dans les années 1960, mais a vite été abandonné à la suite de la découverte de ses effets analgésiques. L’American Addiction Center indique qu'à faible dose, le GHB inhibe la libération de dopamine, favorisant la libération et donc la sensation du plaisir. Il augmente également le renouvellement de la sérotonine (désinhibition de l'activité sexuelle) et inhibe la libération de noradrénaline (augmente le reste cardiaque et l’excitation). Désormais loin de son utilisation médicinale, il est de nos jours plus connu pour être consommé récréativement, de manière à ressentir ses effets euphoriques et sédatifs. Nous avons discuté des effets de cette substance, mais aussi de ses risques, avec trois consommateurs et avons également consulté l’avis professionnel de Jochen Schrooten, membre du VAD.

GHB vs. GBL

Le GBL peut facilement être confondu avec le GHB puisqu’il se présente sous la même forme liquide. Il s’agit en réalité d’une des composantes du GHB. Après l’absorption dans le corps, le GBL se transforme en GHB, et procure les mêmes effets, mais avec bien plus d’intensité. Étant un solvant comme le white-spirit, le GBL est également utilisé par certaines entreprises pour nettoyer les jantes de voitures, ce qui indique clairement la toxicité du produit.

Modes de consommation

Jochen nous explique que la consommation de GHB a principalement lieu dans le cercle privé, pourtant Julian* (19 ans) prend du GBL en boîte depuis deux mois. La drogue est souvent vendue dans des petites fioles et se consomme avec une pipette. Julian nous explique qu’il prend du GBL « parce que c’est une drogue rentable, qu’elle se prend facilement et que ses effets sont ressentis très rapidement. » Baptiste* (20 ans), quant à lui, nous raconte qu’il ne prend du GHB qu’en soirée appart’. Consommer cette drogue en boîte ne l'intéresse pas car il trouve qu’elle ramollit le corps et crée des somnolences. La première fois que Baptiste en a pris, c’était en mars dernier : « Cette drogue a une super mauvaise réputation, mais mes ami·es m’en avaient dit du bien, et en plus, c'est abordable. On dilue le GHB dans un grand verre d’eau et on se le passe pour prendre chacun quelques gorgées. » Plusieurs types de consommations de cette drogue sont possibles. La plus connue consiste à être en possession d’une pipette et de diluer le liquide visqueux dans une boisson. Il existe également des cachets, bien que moins populaires. Consommateur depuis cinq ans, Joseph* (24 ans) rappelle que cette drogue est à manipuler avec énormément de précaution. Tous les consommateurs que nous avons rencontrés disent en prendre en groupe. Julian* confirme que la plupart des gens de son cercle d’amis·es en prennent également : « c’est de plus en plus répandu en soirée. Pour preuve, c’est la drogue qu’on a le plus consommée à Dour, et de loin. On avait pris 200 ml, soit l’équivalent de 180 doses. » Ce qui est bien au dessus des doses recommandées.

Effets

Julian nous explique que « tout est plus drôle et tu ressens des fourmillements dans les bouts des membres de ton corps. Tu tangues aussi pas mal, comme si tu étais bien bourré et euphorique. Les effets durent en moyenne quarante minutes à une heure. » Cela rejoint à peu près l’explication de notre spécialiste, Jochen, qui nous explique que les effets du GHB sont plus ou moins les mêmes que ceux de l’alcool, mais beaucoup plus intenses. Une petite dose permet au consommateur de se sentir détendu, mais à forte dose, vous perdrez le contrôle de la parole, de l’équilibre etc. et risquez, dans les cas extrêmes, de tomber dans le coma. Julian se souvient notamment d’un pote qui s’est endormi sur le sol de Dour. « Les pipettes à Dour, c’était matin, midi et soir », nous dit-il. Comme Julian, Josef avait 19 ans lorsqu’il a pris du GHB pour la première fois : « Ça devait être il y a six ans et le GHB était bien moins répandu que maintenant. Pour être honnête, ça me faisait même assez peur. En plus, la réputation de cette drogue est horrible. Pour beaucoup encore, c’est la drogue du violeur. Les années sont passées, et j’en prends désormais de temps en temps. »

Fréquences de consommation

Moins cher que certains alcools et que la cocaïne, le rapport qualité-prix est un élément qui revient à plusieurs reprises lors des différents témoignages. Julian en prend à peu près toutes les deux semaines : « Maintenant, quand je sors en boîte, je prends du G plutôt qu’une autre drogue. » Baptiste n’en a pris que deux fois dans sa vie, et la drogue ne l’a pas réellement charmé : « Je préfère mettre un peu plus cher et me prendre de la cocaïne ou de la kétamine car je préfère leurs effets. Le G a tendance à vite te transformer en légume. » Mais pour les autres qui ont commencé le GBL ou GHB il y a plus longtemps, des habitudes sont plus au moins installées : « À Berlin je prenais du G tous les dimanches. Ici à Bruxelles je fais des pauses, mais je dirais que j’en prends tout de même une fois par semaine, » nous confie Joseph. En effet, il nous explique que la drogue est bien plus populaire là-bas qu’ici à Bruxelles : « À Berlin tout est cadré et arrangé de sorte que la consommation se passe de manière attentive. Les gens ont des minuteurs, la sécurité est au taquet, bref c’est une autre organisation. »

Addiction

Jochen souligne que le principal danger du GHB, c’est son caractère addictif, qui est bien plus élevé que celui de l’XTC par exemple. Il souligne que les consommateurs réguliers sentent très vite le besoin d’en prendre pour se sentir mieux, et que leur tolérance augmente rapidement, les poussant à en consommer de plus en plus, et parfois trop rapidement, alors que la drogue procure encore ses effets. La descente présente aussi des symptômes de sevrage tels des tremblements, de l'anxiété, l'insomnie, et des crampes musculaires. Lors de son année en Allemagne, Joseph et ses potes sortaient au Berghain et y prenaient pas mal de GHB : « J’aime les effets. Ça procure une sorte de chaleur dans tout le corps, » nous dit-il, « tu entres vite dans un état de transe, et c’est très agréable. Contrairement à une pilule, tu sais beaucoup mieux doser ta consommation. Le problème avec tout ça, c’est l’addiction. J’en connais pas mal qui sont réellement accros et qui essayent tant bien que mal d’arrêter. »

Le G-hole

La surconsommation de GHB, ou l’association de GHB et d’alcool entraînent des risques de faire un G-Hole, c’est-à-dire une perte de conscience plus ou moins importante pouvant aller jusqu’au coma. Ce genre de situation est assez traumatisante et c’est l’une des raisons pour lesquelles les propriétaires de clubs ne sont pas très ouverts à cette drogue, nous explique Jochen. Julian a vu beaucoup de monde en tester pour la première fois à Dour, et même si la sensation est agréable selon lui, il ne faut pas pour autant oublier que c’est dangereux. Il lui est déjà arrivé de faire un G-hole et s’endormir contre un mur lors d’une soirée en boîte. « Normalement tu le vois venir, » nous dit-il, « donc tu ne t’évanouis pas brusquement, mais il faut faire attention aux doses. » En mettant l’accent sur les précautions à prendre, Josef nous déclare qu’il n’a encore jamais fait de G-hole, car garder le contrôle est important pour lui. Josef nous raconte également que lors de soirée connues des oiseaux de nuit Berlinois, il s’occupait des gens qui faisaient des G-holes. « Perso, je ne vais jamais au dessus de 1.5 ml, c’est ma limite et c’est important de la connaître, » explique-t-il. Les dosages dépendent évidemment d’une personne à l’autre, mais les scientifiques recommandent de ne pas consommer plus de 2 à 5 ml de GHB liquide, et 1 à 2 ml pour le GBL. Dépendant également de la quantité ingurgitée, il est recommandé de laisser passer 2 à 3 heures entre chaque prise de GHB (d’où l’utilité des minuteurs).

Mauvaise réputation

Malgré cette utilisation récréative, le GHB garde une image de drogue sombre, notamment à cause de son surnom de drogue du viol. Joseph ajoute: « On utilise les mots seringue et pipette. Direct, ça fait un peu peur. Alors je comprends que ça ne soit pas pour tout le monde. » Après avoir assisté à de nombreux malaises, Joseph a décidé de faire de la prévention à Berlin. Il était équipé d’un talkie walkie et appelait la sécurité dès qu’il voyait des personnes partir dans un état excessif. « Le G, c’est une défonce violente, différente des pilules. » Josef le sait, cette drogue intrigue car elle est associée au trash et à la fête. « Mais n’oublions pas que c’est une drogue vraiment dégueulasse » affirme-t-il, « et puis franchement, elle a un goût ignoble. Mes potes de teuf en prennent tous pour la plupart, mais certains d’entre eux n’en ont jamais pris et trouvent ça super bizarre. J’ai déjà eu des commentaires du style “dégage avec ton vieux truc”. Honnêtement, je comprends que cela puisse choquer. »

Précautions

  • Ne buvez pas d’alcool. Jochen nous explique que puisque le GHB présente les mêmes effets que l’alcool, mais de manière beaucoup plus intense, la combinaison des deux est beaucoup trop difficile à gérer pour le corps. En vous limitant au GHB, vous pouvez au moins mesurer vos doses de manière exacte.
  • « En fait, ne le mélangez avec aucune autre drogue, » conseille Jochen. Ça a le mérite d’être clair.
  • Ne laissez pas traîner votre verre, pour éviter qu’une personne n’en consomme par mégarde.
  • Vérifiez bien si il s’agit de GHB ou de GBL et ajustez vos doses en fonction.
  • Équipez-vous d’une pipette et d’un minuteur afin de ne pas dépasser la limite prescrite.
  • Ne consommez pas de manière régulière pour éviter les effets addictifs.

* Les noms des personnes citées ont été changés pour préserver leur anonymat.

Avertissement : VICE n'encourage pas l'utilisation de drogues, quelles qu’elles soient. InforDrogues fournit des informations complémentaires sur la législation et les risques liés à l’usage de drogues.

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