Avec l'anversois qui gère le café préféré d'Iron Maiden et court 250 km

« Si vous vous entraînez pour un marathon dans le désert, mieux vaut ne pas se réveiller tous les jours avec la gueule de bois. »

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janv. 10 2019, 1:36pm

Souhaitez la bienvenue à « LAST CALL », une série dans laquelle nous passons du temps avec des barmans expérimentés afin de profiter de leurs leçons de vie. De comment surmonter un cœur brisé à ce qu'il ne faut absolument pas commander pour éviter de se couvrir de ridicule, ils nous racontent.

Au comptoir de Kid's Rhythm 'N' Blues Kaffee, il y a un peu de monde, mais ce lundi soir est relativement calme. Je demande à un barman très tatoué où se trouve le propriétaire, Kid Van Thienen. « J’en sais rien, mon garçon, je ne suis pas baby-sitter », me répond-il. Quelques minutes plus tard, Kid entre dans la pièce. « Ils ont juste enlevé toutes les lumières de Noël ici. Ça ressemble exactement à un repaire de brigands. » Ce repaire de brigands sur la Grote Markt à Anvers est depuis des années le lieu de rencontre de tous ceux qui aiment le blues, le rock'n'roll et tout ce qui touche aux guitares. Kid tient ce café depuis 23 ans déjà, il y a 14 ans il a arrêté de fumer et commencé à courir des marathons. Le week-end dernier, il a organisé sa course annuelle du Nouvel An. « C’est la course des bonnes résolutions. L'idée est née lors d'un marathon. La plupart de mes bonnes idées me viennent en courant.

Je me suis installé dans le bar avec Kid pour discuter des Harleys à Herenthout, de ses longues courses dans le désert et de sa moustache récompensée.

« Je faisais du karaté. À vingt-cinq ans, je brisais facilement sept tuiles. Par après j'ai arrêté le sport, je me suis concentré sur mon business et je fumais deux paquets par jour. »

VICE : Salut Kid, as-tu toujours été aussi sportif ?
Kid : Oui, j'ai pratiqué le karaté pendant longtemps. Quand j'avais vingt-cinq ans, je brisais facilement sept tuiles. J’ai alors arrêté pour me consacrer entièrement au business, je n'ai plus fait de sport. À cette époque, je fumais deux paquets par jour, mais il fallait que je me retrouve moi-même. Je l'ai fait en courant des marathons.

Avez-vous des conseils pour les personnes qui veulent arrêter de fumer - maintenant que la nouvelle année a commencé ?
Arrêter de fumer, d'Allen Carr. J'ai commencé à le lire exactement le 1er janvier 2005. Juste après, j’ai arrêté et me suis immédiatement fixé un objectif : le marathon de New York, le plus chouette du monde. Dix mois plus tard, c'était le grand jour et depuis cette époque, je l'ai déjà parcouru dix fois.

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Le wall of fame sportif de Kid

Était-ce un rêve d'ouvrir un café ?
J'avais toujours dit que je n'ouvrirais jamais de café. Et maintenant, me voilà propriétaire depuis 32 ans. La vie dans l’horeca m'a été mise dans la bouche avec une petite cuillère. Mes parents travaillaient dans un grand café dansant, un baancafé comme on l'appelait à l'époque, avec un site de camping et je-sais-quoi-tout. J'ai été élevé là-bas.

« Si je devais commencer maintenant, j'ouvrirais une affaire à Chicago ou à New York. »

Pourquoi avez-vous ouvert un café vous-même ?
En fait, c’était un accident. Dans ma ville natale, Herenthout, il y avait un tout nouveau café à reprendre qui n'aurait convenu à personne d'autre que moi. J'ai ensuite ouvert le Kid's Kroegske en 1986. Ça a eu l’effet d’une bombe. C'était aussi très populaire auprès des motards, parce que je suis moi-même pilote Harley. Tous les jours devant le café, la rue était pleine de motos. Une chose en a conduit à une autre et dans l'intervalle, je suis toujours tenancier de café. Je suis venu à Anvers parce que je voulais faire des affaires et organiser des choses. C’est plus facile à faire dans une grande ville que dans un petit village. Si je devais commencer maintenant, j'ouvrirais une affaire à Chicago ou à New York.

Avez-vous une panse à bière comme beaucoup de tenanciers de café ?
Heureusement, je ne suis pas réellement ce qu’on pourrait appeler un buveur de bière invétéré. Au top de ma forme, je pèse nonante kilos pour un mètre nonante, en gros je suis un ours un peu enveloppé. Si je veux me débarrasser de cinq kilos pour le Marathon des Sables, par exemple, je vais devoir faire un réel effort. Le métabolisme change également avec l’âge, je ne vous apprends rien. Il suffit que je regarde un paquet de frites et je prends deux kilos.

« Maintenant il suffit que je regarde un paquet de frites et je prends deux kilos. »

Vous travaillez beaucoup, est-ce que du coup vous buvez beaucoup aussi ?
Je viens de boire quelques verres de vin, mais au fond pourquoi pas ? Cela dit, si vous vous entraînez pour un marathon dans le désert, mieux vaut ne pas se réveiller tous les jours avec la gueule de bois. Mais je ne suis pas plus saint que le Pape non plus, hein.

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À quoi pense-t-on lorsqu’on participe à un concours aussi extrême que le Marathon des Sables ?
À tout. Vous vous retrouvez face à vous-même, vous savez. Vous vous êtes bien entraîné pour ça, mais vous ne savez quand même pas à quoi vous attendre. Vous n’avez pas pu vous entraîner sous 52 °, ni sur le sable. Les montagnes qui sont là-bas, vous ne pouvez pas vous entraîner dessus non plus.

« Je préfère ramper sur la ligne d'arrivée plutôt que de m'asseoir dans la voiture-balai. À propos, au Marathon des Sables, ce n’est pas une voiture, mais deux dromadaires. »

Y a-t-il des moments où vous songez à abandonner ?
Haha, non, jamais. Je suis un dur. J'ai déjà continué à courir avec des blessures assez graves. Je préfère ramper sur la ligne d'arrivée plutôt que de m'asseoir dans la voiture-balai. À propos, au Marathon des Sables, ce n’est pas une voiture, mais deux dromadaires.

Après un tel marathon, vous vous octroyez une pinte de la victoire ?
Ça arrive parfois. À Chicago ou à New York, je bois habituellement un Sam Adams. Mais c'est toujours la même histoire : tout le monde veut toujours aller boire des pintes après la course. Oui, oui, ok. Si vous avez pris une douche et buvez une pinte dans un restaurant, vous vous endormez presque. Donc on n’en boit jamais beaucoup. Et dans le désert, y a pas vraiment de bière non plus.

Comment vos habitués réagissent-ils à vos exploits sportifs ?
Mes photos sont accrochées au bar, alors ils ne peuvent pas vraiment passer à côté. Et ça a déjà inspiré pas mal de clients à se mettre à la course. Le Marathon des Sables fait appel à l’imagination et beaucoup de gens se disent : « Bon Dieu, si Kid y arrive, alors je devrais pouvoir le faire. » Tu vois ? Mais beaucoup ont commencé puis vite abandonné. J'ai même amené des clients avec moi, mais peu ont réussi.

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Le wall of fame musical de Kid.

Qui est votre client le plus spécial ?
Le truc le plus dingue que j'ai jamais eu ici, c’est la visite de Bruce Dickinson d'Iron Maiden. Ils sont restés assis ici tous les jours pendant trois semaines d'affilée car ils étaient descendus au Hilton. Ils répétaient à Anvers et de là, ils allaient à Paris pour enregistrer un disque. S'ils sont à Anvers, je sais que le Kid's sera toujours l’endroit où se rendra Iron Maiden. Quand les gens apprennent qu'ils sont ici, le café déborde de fans naturellement.

« Ici, ce n’est pas un café branché, mais si on programme un groupe comme SONS, ça se remplit de mecs en pantalons trop courts. »

Vous en avez beaucoup, de ces clients célèbres ?
Ils sont tous passés ici. Le Cirque du Soleil, Eels, Joe Bonamassa, pour n'en nommer que quelques-uns. Ce dernier a d’ailleurs joué son premier concert à Anvers au Kid’s. Maintenant, il fait un Sportpaleis sold-out. Ce genre de musiciens, ça ne va pas vraiment vers les soirées technos. Ils finiront automatiquement ici.

Votre moustache aussi est une célébrité locale.
En 2004, le Antwerp Moustache Club m’a élu Moustache de l'année. C'était très cool. Le président, Ronny, est toujours l'un de mes meilleurs amis. Lors du « Linker Oevert », le marathon que j'organise tous les ans en octobre, c’est le Antwerp Moustache Club qui remet les médailles. C'est du folklore, bien sûr.

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Qu'est-ce que ce métier vous a appris ?
Qu'on n'est jamais vraiment prêt. Peut-être que j'aurais du opter pour un travail administratif pour terminer tous les jours à quatre heures. Aussi, il faut rester actif tout le temps. Vous devez essayer de vous renouveler sans trop changer pour autant. Vous devez rester au courant de ce qui se passe sur le plan musical et être ouvert à ce genre de choses. Il y a aussi pas mal d’hipsters qui viennent au Kid’s. Vous voyez soudainement une horde d’hommes avec des pantalons trop courts. Ici, ce n’est pas un café branché, mais si on programme un groupe comme SONS (gagnant de New Lichting du Studio Brussel l'année dernière, ndlr), ils viendront automatiquement. Vous devez suivre ce qu’il se passe, mais restez fidèle à qui vous êtes. Là on entend Robert Gray par exemple, qui ne va jamais changer.

« Je viens d'un vrai village de carnaval. Et j'en suis parti juste à temps. »

Quelle est la décision de votre vie que vous regrettez le plus ?
Je ne regrette aucune décision, du tout. On peut toujours penser par après : merde, j'ai mal investi ou merde, j'ai épousé la mauvaise femme, mais pendant la période où vous avez eu des relations sexuelles avec elle, vous ne le pensiez pas. C’est juste pas de chance, point. Je ne prends pas souvent de mauvaises décisions. Vous savez, je viens d'un vrai village de carnaval. J’en suis parti juste à temps, sinon je serais sans doute devenu Prince du Carnaval. Et puis voilà, vous restez comme ça pour le reste de votre vie.

Et la meilleure décision ?
Haha, commencer les marathons.

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Dit artikel is oorspronkelijk verschenen op VICE BE.

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