Drogue

Les histoires de drogue les plus débiles de ces 100 dernières années

Des hippies qui tentent de faire léviter le Pentagone au mème « 10-Guy », voici notre liste des incidents liés à la drogue les plus stupides du siècle dernier.

par Max Daly; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
12 March 2020, 12:51pm

Illustrations : Pamela Guest

La drogue et la connerie sont de vieilles copines. Au cours du siècle dernier, alors que de plus en plus de drogues étaient fabriquées, vendues, consommées et interdites dans le monde entier, la connerie n'était jamais loin derrière.

Mais je ne dis pas que la consommation de drogues est une chose de facto stupide à faire : il existe de nombreuses études qui suggèrent qu'une consommation responsable de drogues peut aider à réduire le stress et que la MDMA, par exemple, pourrait être utile pour traiter le syndrome de stress post-traumatique. Et n'oublions pas que la raison pour laquelle la plupart des gens se défoncent n'est pas pour échapper à la douleur ou pour devenir de meilleures personnes, mais plutôt pour être insouciant·es l'espace d'un temps et faire n'importe quoi, parfois. Et s'iels prennent de l'acide, ça sera pour un long moment.

Non, la majorité des bêtises et des mauvaises décisions vient de personnes qui ne prennent probablement pas de drogues du tout, à moins que celles-ci ne soient du type légal. En fait, l'utilisation de certaines plantes et de certains produits chimiques a, tout au long de l'histoire moderne, suscité des réactions assez stupides de la part d'êtres humains et de pays. Certaines sont ridicules, d'autres choquantes, et d'autres encore sont tout simplement stupides.

1936 – Reefer Madness

Sorti dans les salles américaines un an avant l'introduction de nouvelles lois contre le cannabis – le commissaire de la prohibition de l'époque qui a dit un jour : « Si Frankenstein, monstre ignoble, se retrouvait face à face avec le monstre Marijuana, il tomberait raide mort, tétanisé par la peur » – ce film de propagande débute par un médecin qui met en garde les parents contre les méfaits de la weed. Cinq enfants n’en tiennent pas compte, et à la fin du film, Jimmy envoie un piéton à l’hôpital avec sa voiture, Jack tire sur Mary, Blanche se suicide, Ralph devient fou et frappe Jack à mort. Tout cela parce qu'iels ont fumé un peu d’herbe.

1953 – La CIA, le LSD et les bordels

Dans le cadre de son opération « Orgasme de Minuit » menée à New York et à San Francisco, la CIA payait des prostituées pour qu'elles administrent à leurs clients des boissons contenant du LSD et que les agents puissent observer les effets de la drogue sur ces personnes. Cette pratique illégale, qui a fait un grand nombre de victimes pendant 13 ans, a été découverte par un inspecteur de la CIA en 1963, et l'opération a été arrêtée en 1966.

1966 – La Scientologie lance son programme antidrogue

Narconon est « un réseau mondial qui partage le but unique de libérer les gens de l’emprise de la dépendance, une fois pour toutes. » Cela semble assez légitime, comme un genre de Narcotiques Anonymes. Mais une recherche rapide sur Google révèle une chose pour le moins intéressante. Narconon, qui gère des centres de désintoxication et dispense des cours sur la drogue dans les écoles, est soutenu et géré par l'Eglise de Scientologie. En d'autres termes, ce sont les dernières personnes sur Terre vers qui vous chercheriez de l’aide pour sortir de la drogue.

Sans surprise, une étude réalisée sur les méthodes utilisées par la Scientologie et Narconon pour traiter la dépendance a trouvé peu de preuves de leur efficacité. Une série de livrets publiés par la Fondation pour un monde sans drogue, un groupe lié à l'Église de Scientologie, comprend une série d'affirmations ridicules. Il va sans dire que les organisations caritatives et les autorités en matière de drogue se sont empressées de les discréditer.

1967 – Des hippies défoncé·es tentent de faire léviter le Pentagone

En octobre 1967, environ 50 000 manifestant·es contre guerre défilent devant le Pentagone pour protester contre l'implication des États-Unis dans la guerre du Vietnam. Mais ce n'est pas une manifestation ordinaire : un groupe de hippies dopé à l’acide tente d'exorciser le Pentagone et de le « soulever à 92 mètres dans les airs ». Le bâtiment ne quittera jamais le sol, mais la marche, représentée dans The Armies of the Night de Norman Mailer, deviendra un moment déterminant dans le mouvement de la contre-culture.

1967 – La bananadine

Saviez-vous que si vous faites chauffer des peaux de bananes, vous pouvez en extraire une substance appelée la « bananadine » et que si vous la fumez, elle vous défonce ? Ce n'est pas vrai, mais ce qui a commencé comme un canular dans un article du Berkeley Barb, un magazine underground californien, est devenu une sorte de légende urbaine. Le canular a même inquiété la Food and Drug Administration américaine qui a décidé d’enquêter sur « les potentiels effets hallucinogènes des peaux de bananes ».

1980 – L’étoile bleue

L'un des premières rumeurs effrayantes au sujet de la drogue était celle de « l'étoile bleue », qui disait que les trafiquant·es de drogue trempaient des autocollants en forme d’étoile dans du LSD et les vendaient à des enfants. Elle puiserait son origine dans un prospectus distribué par une communauté d'adventistes du septième jour du New Jersey et se serait propagée dans les écoles, les commissariats de police et les hôpitaux à travers les États-Unis et le Royaume-Uni.

Elle a donné naissance à d’autres mythes tout aussi infondés, comme celui de « Strawberry Quik », selon lequel de la méthamphétamine parfumée à la fraise était vendue aux enfants comme des bonbons, ce qui a conduit les sénateurs à rédiger une nouvelle loi, jamais promulguée, visant à augmenter les peines de prison pour les trafiquant·es pris·es en train de vendre de la drogue conçue pour ressembler à des bonbons.

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1987 – Voici votre cerveau sous l’emprise de drogues

C’est probablement l'une des pires métaphores sur la drogue de tous les temps. Cette publicité antidrogue du gouvernement américain mettait en scène un homme qui tenait un œuf (« Ceci est votre cerveau », disait-il aux téléspectateur·ices), puis montrait du doigt une poêle à frire (« Ceci est de la drogue »), avant de casser l'œuf dans la poêle chaude. Alors que l'œuf grésille, il approche la poêle de la caméra et dit : « Voici votre cerveau sous l’emprise de drogues. Des questions ? » Ce à quoi la plupart des Américain·es ont répondu : « Mais putain, de quoi tu parles ? »

1992 – « E’s are good »

Au début, la BBC et les personnes de plus de 30 ans ne pensaient pas grand-chose du fait qu'une chanson intitulée « Ebeneezer Goode » avait atteint la première place des charts britanniques. Iels n’avaient pas écouté attentivement. À l'époque où la MDMA (aussi appelée « E » ou ecstasy au Royaume-Uni) était l'ennemi public numéro un, le refrain de la chanson, « Eezer Goode, Eezer Goode » – à l’oreille, on entend « E’s are good », soit « Les ecstasys sont bons » – est devenu un running gag : les paroles de la chanson parlaient d’à quel point cette drogue est géniale.

Ça a fait tilt et la chanson a été interdite par la BBC. Les Shamen, qui l'ont interprétée dans l'émission Top of the Pops de la BBC, ont été qualifiés de « honteux » pour avoir propagé cette vibe pro-drogue.

1997 – Piégés par le « cake »

En voyant le battage médiatique qui entoure chaque nouvelle drogue qui apparaît sur la scène, l'émission satirique britannique Brass Eye a convaincu un député et des célébrités de faire campagne contre une drogue fabriquée de toutes pièces et appelée « cake ». Aveuglé·es par leur propre ignorance, des personnalités publiques ont été amenées à approuver les groupes antidrogue fictifs B.O.M.B.D. et F.U.K.D. et à raconter avec sérieux aux téléspectateur·ices l'histoire d'une jeune consommatrice de cake qui « pleurait toute l'eau de son corps » et d'une autre qui « vomissait son os du bassin ».

1998 – « Un monde sans drogue, nous pouvons le faire »

Tel était le slogan d’un événement organisé en 1998 par les Nations unies et dont l’objectif était de débarrasser le monde des drogues d'ici 2008. Plus de 20 ans après, les drogues sont plus accessibles et diverses que jamais.

2002 – Mauvaise drogue

Des chercheur·ses en médecine de l'université Johns Hopkins de Baltimore ont publié dans la revue universitaire Science une étude affirmant que la MDMA pouvait causer la maladie de Parkinson, ce qui a suscité de vives inquiétudes. Un an plus tard, les mêmes chercheur·ses ont réalisé que les singes qu'ils avaient testés s’étaient vus administrer de la méthamphétamine, et non de la MDMA, et ont dû publier une rétractation.

2003 – Mon fils, ce dealer

Dans un article publié dans le tabloïd britannique Sunday People, le journaliste Stewart Fowler racontait que « Rev », un trafiquant de drogue « vêtu d'un jean déchiré et d'une veste en cuir », avait été filmé « essayant de vendre des pilules aux jeunes ». Mais il s'est avéré que Rev était en fait le fils adolescent du photographe du journal, ce dernier ayant été entraîné dans l’arnaque de Fowler. La mère du garçon l'a reconnu et a appelé le journal pour se plaindre. Fowler et le photographe ont été renvoyés.

2005 – Des écureuils sous crack

Les histoires d'animaux drogués sont comme de l'herbe à chat pour les humains. Mais cet article en première page du South London Press, autrefois l'un des plus grands journaux londoniens, expliquant qu’une escouade d'écureuils de Brixton étaient dépendants au crack qu'ils volaient dans les réserves des dealers, était malheureusement une blague trouvée sur un forum Internet.

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2011 – Le même « 10-Guy »

Cette photo d’un jeune homme manifestement sous l’influence du cannabis est devenue un mème viral nommé « 10-Guy » d’après le chiffre le plus élevé sur l’échelle d'intoxication de 1 à 10 des forums Reddit. Les sous-titres décrivent des comportements stéréotypés de personnes droguées, comme « T’inquiète je suis pas roulé, je peux bourré » ou « Tu savais que l’anagramme de féconder, c’est défoncer ».

2015 – L’Irlande légalise accidentellement la drogue

En mars 2015, le gouvernement irlandais a accidentellement légalisé un tas de drogues pendant 24 heures, dont la kétamine, l'ecstasy et le crystal meth. L'erreur, célébrée dans les clubs de tout le pays mais rectifiée par la suite par une législation d'urgence, est survenue après que les juges ont décidé que la principale loi sur la drogue du pays était inconstitutionnelle.

2018 – Les fausses expulsions liées à la méthamphétamine en Nouvelle-Zélande

Plus de 1 000 locataires ont été expulsé·es à travers la Nouvelle-Zélande après que le gouvernement les a accusés à tort de cuisiner ou de consommer de la méthamphétamine. Cette énorme bavure, dans laquelle des locataires de logements sociaux ont été expulsé·es sans leurs biens, certain·es se retrouvant sans-abri, s'est produite en raison de tests défectueux de leurs maisons.

2018 – J’irai sniffer un trait sur la tombe de Pablo Escobar

Cela semblait probablement être une bonne idée à l'époque, mais sniffer de la cocaïne sur la tombe de Pablo Escobar s'est avéré être stupide. Le touriste britannique Steven Semmens a déclaré l’avoir fait en « signe de respect », mais après qu’une vidéo de l'incident a tourné, il a été expulsé de Colombie et a reçu des menaces de mort sur Facebook.

2019 Des équipes de décontamination pour traiter les overdoses de fentanyl

Dernière hystérie en date autour de la drogue, des équipes de décontamination sont envoyées dans tous les États-Unis pour traiter les overdoses suspectées de fentanyl, malgré l'insistance des scientifiques qui estiment qu'il est très peu probable qu’une overdose de fentanyl soit contagieuse.

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Cet article a été publié sur VICE US.

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