Identité

Méditer pour la paix (intérieure et extérieure)

La pratique ancestrale séduit des acteur·ices dans le show-business, la mode, le sport, et propose un ancrage spirituel hors des injonctions narcissiques de notre époque.

par Alice Pfeiffer
14 May 2020, 8:30am

Courtesy of Gisele Bundchen

« La méditation est bénéfique dans votre routine quotidienne. Elle vous apporte d’énormes transformations. Vous en sortirez avec plus confiance en vous, plus de bonheur, plus de franchise. Croyez en vous. » écrit RZA, rappeur du groupe Wu-Tang Clan sur Instagram, accompagné d’une photo d’un moine Shaolin. Il y tagge le Shaolin USA Temple, qui inspire un album en 2008, Shaolin Temple et avec lequel il collabore depuis les années 1990. En février, le musicien dévoilait un EP de cinq chansons de méditation guidée, Guided Explorations.

La pratique ancestrale, qui puise ses racines dans l’histoire du bouddhisme et de l’hindouisme, entre autres, séduit de nombreuses personnalités d’aujourd’hui. On remarque un mouvement global, de Hollywood à la mode au sport. Katy Perry ne jure que par la méditation transcendantale, dérivée d’une pratique spirituelle indienne, également adoptée par Oprah Winfrey, Karlie Kloss, Stella Mc Cartney, Gisele Bündchen pour ne citer qu’elles.

Le rappeur Kendrick Lamar chante « Meditation is a must, doesn’t hurt if you try. See you thinking too much, worried about your career, ever think of your health? » sur son titre Untitled.3 de l’album Untitled Unmastered (« La méditation est un must, ça ne coûte rien d’essayer. Tu te vois en train de trop réfléchir, inquiet pour ta carrière, t’es-tu déjà préoccupé de ta santé ? »). Miley Cyrus révèle au Elle US qu’elle médite avant chaque interview ; Angelina Jolie et Emma Watson sont adeptes de la méditation dite pleine conscience, où l’attention est ancrée dans le moment présent.

L’application Calm réunit les voix apaisantes des acteurs Matthew McConaughey et Eva Green et du basketteur Lebron James. Ce dernier a loué la pratique pour ses bénéfices hors et sur le terrain, qui l’aurait aidé dans sa performance, sa prise de décisions et sa persévérance.

Et la David Lynch Foundation For Consciousness-Based Education and World Peace ou DLF (ou la Fondation David Lynch pour une éducation fondée sur la conscience et pour la paix mondiale) est une organisation qui finance l’apprentissage de la méditation transcendantale aux groupes défavorisés.

Pour certain·es, la méditation a mené à une véritable révélation : Imran Ahmed, fondateur de la plateforme Business of Fashion, dit avoir lancé son site après avoir suivi un stage intensif de méditation, qui l’a poussé à réaliser qu’il était malheureux dans son poste de l’époque, à le quitter et à se lancer dans la mode. Aujourd’hui, en pleine période de pandémie, c’est une façon de retrouver naturellement un sentiment de sérénité face à un sentiment généralisé de perte de contrôle.

Juste « être »

« Des angoisses découlent de la situation externe qui nous dépasse : le changement climatique, le COVID-19, les gouvernements autoritaires, les inégalités – la méditation nous apprend à penser aux autres, ce n’est pas une pratique égoïste mais altruiste, qui n’est pas basé autour de l’optimisation de soi » dit Maria Schönhofer, consultante dans la mode et professeur de yoga qui pratique quotidiennement la méditation et y voit un potentiel de connectivité à soi comme aux autres. Elle y voit « un mode d’appartenance à un autre système qui donne des repères » et qui lui permet « d’être, tout simplement. De m’extraire de mes tâches et de mes responsabilités un court instant et d’être juste là. »

C’est ce même lien entre les gens qui pousse Dani Morla, directeur artistique de l’agence de communication Morla Creation, à participer à une session de méditation mondiale au début du mois d’avril. « Je crois que nous sommes tou·tes connecté·es, et ce qui affecte l’un de nous affecte nous tou·tes. » Au quotidien, il pratique aussi bien la méditation guidée que transcendantale, pleine conscience ou sa branche hindouiste du Kundalini, ainsi que des exercices de respiration. « Ça m’apporte de l’orientation, de la paix, de la clarté et de la stabilité. » dit-il.

Dans une culture de mise-en-scène de soi perpétuelle, frappée de plein fouet par une crise globale, la méditation apporte une rigueur et un ancrage hors des cadres narcissiques habituels. Pour John James, fondatrice de la marque de bijoux talismaniques Honor Thy Lover qui propose des séances de méditation et de tarot, « les personnes qui se tournent actuellement vers la méditation réfléchissent sur elles-mêmes, réévaluent leurs vies et comment elles veulent dépenser leur énergie. Ce confinement nous a montré que les structures à l’intérieur desquelles nous opérons ne fonctionnent pas dans l’unification de notre bien-être émotionnel, spirituel, mental et physique. La méditation offre un calme, une pause pour les gens puissent ajuster le cours de leur vie vers là où ils veulent aller. »

Un engouement dans les médias

Cette pratique passe aussi par une véritable vague d’information dans les médias : le Vogue US donne des conseils de méditation pour apaiser les angoisses autour du Coronavirus, Le Monde livre ses meilleures applications pour méditer en pleine conscience, et le Vanity Fair conseille la méditation pour remédier aux insomnies.

« C’est l’aboutissement d’un processus de bien-être, de la nécessité de prendre soin de soi, du bonheur dans toutes ses dimensions. Les magazines vont essayer d’apporter des clés de la relation à soi. La méditation est un levier qui active plusieurs courants dont le yoga, la santé, la psycho ; on peut le faire à distance, ça ne nécessite pas de tuteur·ice présent·e, donc fonctionne avec la situation de confinement » dit Claire Blandin, professeur en histoire de médias à l’Université Sorbonne Paris Nord.

Comment faire ?

« On peut s’assoir en observant son souffle, et laisser les pensées venir et repartir. Le but est de se mettre dans une position où on laisse les pensées passer sans s’y accrocher ou chercher à les analyser. Je chante des mantras, ça m’aide à me déconnecter de me concentrer sur le texte et la mélodie, je rentre dans une sorte de transe et ne vois plus le temps passer. » Maria Schönhofer

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Cet article a été publié sur i-D FR.

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