Culture

La Belgique est une terre de jazz, et sa nouvelle scène est prometteuse

Ces quatre bands sont là pour en témoigner.
07 July 2020, 1:33pm
Jazz belge Echt! et Margaux Vranken

Si on a tendance à considérer les States du siècle dernier comme l'épicentre et le berceau du jazz, il est bon de rappeler que la Belgique aussi y a mis son grain de sel. Dans les années 1970, Heist-op-den-berg était un vivier pour le jazz. Des légendes comme Chet Baker, Bill Evans et même Sun Ra y sont passés pour se produire au Hnita Jazz Club, fondé par Juul Anthonissen, un héros local qui, après avoir entendu un enregistrement de Charlie Parker, a décidé de fonder ce club de jazz et est entré dans l'histoire.

La plupart des artistes américain·es de l'époque savaient à peine mettre la Belgique sur un carte, mais connaissaient Juul et Heist-op-den-berg. Heureusement, sans minimiser le mérite de Juul, la situation est différente maintenant. Dans le cadre du Gent Jazz Fest, on met en avant quelques artistes de jazz belge. Et vous pouvez aussi en découvrir davantage sur le Hnita Jazz Club dans le documentaire belge « Juul's Ears ».

Commander Spoon

Sammy Wallens et Pierre Spataro de Commander Spoon – Photo : Arthur Brouns.

Malgré un large éventail d'influences, Commander Spoon est parvenu à mettre en place un fil conducteur cohérent dans sa musique. Dans ce projet collectif, les quatre membres ; tous actifs comme dans d'autres groupes, se concentrent sur le jazz instrumental. Un choix conscient, puisqu’ils veulent se présenter comme quatre membres d’une clique sans hiérarchie, où la lumière est mise sur chaque membre.

Bien sûr, les potentielles collaborations avec des chanteur·ses ne sont pas exclues. Après s’être fait remarquer sur la compilation « Jazz Cat » de Lefto, sortie sur SDban Records, et avec 4 albums au compteur, ils se sont définitivement fait leur place dans la scène jazz bruxelloise. Leur dernier album, « Spooning », est sorti en février sur Werf Records. Le projet présente différentes ambiances qui découlent de leurs influences contemporaines mélangées à du jazz moderne. On le recommande vivement.

Echt!

Florent Jeunieaux, Dorian Dumont et Martin Méreau de Echt! - Photo : Arthur Brouns.

Echt! est un quatuor qui puise ses bases dans la musique électronique. Au fil des années; les avancées technologiques, notamment les boîtes à rythmes, ont permis de développer un nouveau son qui a découlé sur un courant. Echt! cherche à fond les possibilités et les limites de cette démarche.

Au départ, leur musique consistait exclusivement en une espèce de réinterprétation de la musique électronique, dans laquelle ils ont imité le son des boîtes à rythmes pour le produire dans un set up de groupe live - pensez aux rythmes footwork typiques de DJ Rashad avec ses accords jazzy. L'homme a créé la machine, la machine produit un son, et l'homme réinterprète à nouveau la machine.

Pour chaque projet, ils tentent de travailler avec un·e producteur·ice afin d’analyser son son de manière intensive et de le décoder pour le traduire avec leur propre set-up. Le batteur/producteur de Leaving Records, Deantoni Parks – qui qualifie tout ça de « re-engineering » – est un bon exemple de cette démarche. Parks est connu pour ses rythmes précis et complexes, également inspirés des boîtes à rythmes, et qu'il associe avec sa batterie pour créer son propre son hybride moderne. Echt! a déjà sorti un premier projet sur SDban records et travaille actuellement sur une nouvelle production.

Margaux Vranken

Photo : Arthur Brouns.

Récente titulaire d'un master en interprétation contemporaine du jazz décroché au prestigieux Berklee Global Jazz Institute de Boston, Margaux Vranken a notamment eu comme enseignant John Patitucci, le bassiste de Chick Corea. Elle est ensuite restée aux Etats-Unis un an de plus pour y travailler en tant qu’arrangeuse freelance pour des chorales. Margaux a ensuite eu la chance d'enregistrer son premier album à New York avec l'ingénieur son John Davis, lauréat du Grammy du « Meilleur album de jazz instrumental » avec Brad Mehldau en 2020.

Son projet « Purpose » est le résultat d’une collaboration avec la chanteuse Farayi Malek et sortira en décembre prochain. Avec des influences allant d’Oscar Peterson aux Beatles, on peut s’attendre à un single positif sur le potentiel de la musique à rassembler les gens.

Avant ça, la jeune Belge a aussi travaillé sur la B.O. du documentaire « Les Liberterres », et elle a joué dans divers formations telles que Pinto ou 4TET. Cette année, elle a obtenu un visa de 3 ans pour retourner aux Etats-Unis. On est curieux·ses de savoir ce qu'elle nous ramènera.

De Beren Gieren

De Beren Gieren ne sont pas des novices dans la scène du jazz, mais à l'occasion de leur nouvelle sortie « Broensgebuzzes », on a trouvé pertinent de les mentionner. À la base, les « Broensgebuzzes » étaient de petites interludes sur leurs précédents projets. Pour célébrer le dixième anniversaire du groupe ainsi que leur cinquième album, ils les ont développées, retravaillées et regroupées dans un nouvel EP.

De Beren Gieren explore en profondeur différentes sonorités, mélodies et rythmes, les expérimentant et les travaillant ensuite à leur guise. Sur ce disque, ils se sont principalement concentrés sur les possibilités sonores, et ont donc décidé de se produire dans des églises tout au long de leur tournée. On attend avec impatience leurs prochains projets.

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