Publicité
Drogue

Comment mettre fin à votre consommation occasionnelle de cocaïne

Adam Winstock, fondateur de la Global Drug Survey, a quelques conseils pour celleux qui veulent réduire leur consommation.

par David Hillier; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
13 January 2020, 11:57am

Il n'y a rien d'aussi ennuyeux qu'un homme qui vous dit, avec beaucoup de sérieux et une verve linguistique inhabituelle, qu'il en a marre de prendre de la cocaïne et qu'il arrête définitivement, avant de vous passer un boîtier DVD de Memento poussiéreux parsemé de rails. Je n'ai guère de patience pour ce genre de mec – en grande partie parce que j'ai moi-même été cette personne, et que je connais très bien le brouillard trompeur dans lequel il erre.

Londres et Bristol ont récemment été désignées comme les capitales européennes de la coke, ce qui est dû à une augmentation de la pureté et de la disponibilité du produit au Royaume-Uni. La Global Drug Survey de 2019 a révélé que 41 % des consommateur·ices de cocaïne voudraient en prendre moins, alors j'ai appelé son fondateur, le psychiatre spécialiste de la dépendance Adam Winstock, pour qu’il me donne des conseils sur la façon dont il faut s’y prendre.

VICE : Bonjour, Adam. A quel moment une consommation occasionnelle de cocaïne devient-elle habituelle ?
Adam Winstock : La majorité des gens consomment modérément. Par modérément, j’entends un demi gramme une fois par mois ou moins. Ce n'est pas sans risque, mais il s’écoule suffisamment de temps entre les prises pour qu'il y ait une sorte de contrôle et que la quantité consommée ne soit pas trop préoccupante. Au-delà, cela commence à se transformer en une perte de contrôle potentielle.

« C'est trop facile de dire : "J'avais pas prévu d'en prendre, mais tout le monde en prenait autour de moi, alors que pouvais-je faire – dire non ?" »

Selon la Global Drug Survey, quel est le pourcentage de personnes qui consomment plus que ça ?
Environ 20 %, et dans certains pays comme l'Écosse, 30 %. Si vous consommez une fois par semaine, vous êtes dans les 5 % des plus gros·ses consommateur·ices.

Pourquoi pensez-vous que tant de gens consomment de la cocaïne aujourd’hui ?
Dans le passé, il fallait s’y prendre un peu à l'avance pour obtenir de la coke. Mais aujourd'hui, elle est moins chère, plus pure et très facile à obtenir. Cela contribue à normaliser la consommation.

C'est assez difficile pour certaines personnes d’arrêter, étant donné que la cocaïne fait partie intégrante de la vie sociale le week-end.
Ça l'est, en effet, à moins que vous ne soyez vraiment motivé·e. Vous pouvez avoir de grandes intentions, mais c'est trop facile de dire : « J'avais pas prévu d'en prendre, mais tout le monde en prenait autour de moi, alors que pouvais-je faire – dire non ? »

Dans ce cas, il vaut mieux éviter de sortir complètement ?
Si vous sortez toujours avec les mêmes personnes et que vous savez que le vendredi soir, elles prennent de la coke, dites-leur simplement que ça devient trop pour vous et que vous ne les verrez pas pendant un certain temps. Si ce sont de vrai·es ami·es qui se soucient vraiment de votre bien-être, iels devraient vous soutenir.

Quelle importance les partenaires peuvent-iels avoir dans ce processus ?
Iels peuvent être très important·es. Il est plus socialement acceptable de dire : « Je reste avec ma copine ou mon copain ce week-end » que « J’ai peur de craquer et d'acheter de la coke ». Faites des projets avec votre partenaire – dîner, cinéma, peu importe. Vous ferez sans doute des économies. C'est ça, qui est génial : la plupart des plaisirs dans la vie coûtent moins cher que la cocaïne.

Et si j’efface le numéro de mon dealer avant de sortir ?
Mouais… Beaucoup de dealers vous enverront un message sur WhatsApp de toute façon, et si vous êtes avec un groupe d’ami·es, il y en a toujours un qui aura un numéro.

Et si je sors plus tard pour éviter de trop boire ?
Eh bien, ça marche dans les deux sens. Si vous sortez tôt, vous aurez déjà bu deux ou trois pintes à 21 heures, puis vous allez dire : « Oh ça va, il n'est que 21 heures – il n'est pas si tard pour en prendre. » Mais si vous sortez plus tard, en pensant que ça réduira votre consommation d'alcool et la probabilité de prendre de la coke, vous en arriverez au même point à 23 heures et vous finirez juste la soirée plus tard. Donc je ne pense pas que sortir plus tard soit la solution.

Selon vous, à quel moment faut-il demander de l'aide ?
Il faut vous demander si vous consommez plus de cocaïne que prévu, plus souvent que vous ne le souhaitez, et si vous continuez à en consommer malgré le fait que vous gâchez votre samedi et que vous vous sentez mal le lundi. Si vous reconnaissez ces problèmes mais que vous n'êtes toujours pas capable de dire non ou de faire une pause, alors vous devriez probablement en parler à quelqu'un.

Que recommandez-vous ?
Quelques séances avec un·e psychologue pour comprendre quelles sont les bonnes stratégies à adopter pour éviter la cocaïne. Même si nous en avons abordé quelques-unes ici, les causes de votre consommation sont peut-être plus profondes. Peut-être que vous vous sentez socialement anxieux·se ou inintéressant·e, ou peut-être que vous êtes déprimé·e et qu'il se passe autre chose.

Que faire si un·e ami·e en prend trop et que l’on veut intervenir ?
Il faut avoir la bonne conversation au bon moment. Les principes sont les suivants : faites-le dans un endroit tranquille lorsque vous êtes tou·tes les deux sobres ; faites-lui savoir que c'est une conversation vraiment difficile à avoir ; donnez des exemples concrets des raisons pour lesquelles il en prend trop ; ne vous disputez pas, et faites preuve de patience et de gentillesse – votre ami·e doit savoir que vous faites ça parce que vous tenez à elle ou à lui, et non parce que vous jugez.

Suivez VICE Belgique sur Instagram.

Cet article a été publié sur VICE UK.

Tagged:
consommation