Sexe

#FuckAFan, la tendance porn qui offre exactement ce que son nom promet

Grâce aux réseaux sociaux, la distance entre les stars du porno et leurs fans n’a jamais été aussi mince.
17 January 2019, 9:06am
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Illustration: Esme Blegvad; Photo: Stas Vulkanov / Alamy Stock Photo

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En novembre dernier, Roddy*, fan invétéré de foot et de porno, s'est rendu dans un appartement de Londres pour un rendez-vous un peu spécial : une rencontre intime avec l'une de ses performeuses favorites. Roddy n'avait rien payé - en fait, pas tout à fait - et Roddy n'était pas non plus un acteur qui se pointe pour un tournage. Il était invité pour une toute autre raison : il avait gagné un tirage au sort en ligne.

Dans le monde du porno en ligne, cette expérience s'appelle #FuckAFan et fonctionne généralement comme suit : une actrice porno poste sur les médias sociaux un concours pour lequel elle invite les clients à acheter des billets. L'heureux gagnant pourra avoir des relations sexuelles avec ladite star, le tout filmé.

L'idée de fans qui apparaissent dans un porno n'est pas nouvelle : entrez cette combinaison de mots, ou ses variantes, dans n'importe quel site Web pour adultes, et vous y trouverez une multitude de vidéos qui mettent en scène des amateurs chanceux d'enfin connaître intimement leurs stars préférées. Un réalisateur américain du nom de Jim Powers a même tourné un film intitulé Fuck a Fan en 2009; qui en a d'ailleurs engendré une quinzaine d'autres.

Bien que les studios fassent de leur mieux pour maintenir le fantasme en vie, un coup d'œil rapide sur les films en eux-mêmes suffit à faire fondre le rêve : à en juger par leurs attributs physiques, les fans dans les films de Powers semblent être aussi vraisemblablement de réels fans que l'actrice principale de The Hitchhiker semble être une réelle backpackeuse démunie en recherche d'un lift.

Après des années de rumeurs, le concept a soudainement pris forme : en juin 2018, l'actrice Gaby Quinteros, basée à San Diego, a annoncé la création d'un concours #FuckAFan sur Twitter. Les participants ont été invités à s'inscrire sur le site Web de Gaby afin de participer à un tirage au sort mensuel. Depuis lors, d'autres stars américaines lui ont emboîté le pas.

Cette tendance commence maintenant à gagner du terrain au Royaume-Uni. Au cours des deux derniers mois, un petit nombre d’entertaineuses britanniques a commencé à organiser ce qu’elles considèrent comme de véritables compétitions.

Une performeuse à qui j'ai parlé, qui tient à rester anonyme, a expliqué comment elle avait mis en place un #FuckAFan en novembre dernier. En tant que nouvelle venue dans l'industrie du porno, et donc cherchant à se faire connaître, elle était curieuse de voir comment ça aller se passer : elle facturait 50 £ par billet d'entrée au concours et limitait la concurrence à dix participants. Via une messagerie privée, elle expliquait aux potentiels candidats qu’ils devaient être en mesure de démontrer leur bonne réputation auprès d’Adultwork : une plate-forme d’escort qui fonctionne sur un système de critiques de confiance de type Airbnb. Sur Twitter, j'ai parlé à Roddy, l'un des participants au concours.

« J'étais ravi quand j'ai appris que j'avais gagné », m'a-t-il confié dans un message privé, expliquant qu'il suivait l'artiste depuis des mois sur les réseaux sociaux.

Il m'a dirigé vers son compte sur OnlyFans (en gros, une sorte de Snapchat payant où les followers reçoivent des mises à jour explicites des performeuses qu'ils ont choisies), où j'ai pu voir une vidéo de lui recevant une fellation - bien que, à sa demande, le visage de Roddy n'apparaisse pas dans la vidéo.

Quand j'ai posé la question évidente, à savoir, s'il avait été stressé à l'idée d'être filmé, les choses sont devenues un peu plus intéressantes. Il s'est avéré que ce n'était pas la première fois que Roddy était filmé. En fait, il a reconnu être lui-même un performeur amateur. Néanmoins, il a insisté sur le fait que la compétition était belle et bien réelle : il avait payé pour participer et avait été sélectionné au hasard.

Mais même si Roddy ne correspond pas à l’image de monsieur-tout-le-monde, soudain projeté dans la célébrité pornographique, c’était peut-être à prévoir. Alors que les stars du porno en ligne réunissent régulièrement des armées d'adeptes, il est probable que seule une petite minorité de ces fans ait vraiment envie de prendre part à l'action.

Sasha Paige

La semaine dernière, Sasha Paige - une productrice fétichiste basée à Manchester qui se présente comme une « escorte transexuelle »- a lancé son premier concours, offrant aux fétichistes la chance de participer à une vidéo. Dans les conditions d’inscription, elle précise que les participants doivent être prêts à être filmés et doivent signer un formulaire de décharge à cet effet - s’ils veulent garder l'anonymat, ils peuvent porter un masque.

La fiction est-elle devenue réalité ? Est-ce que ce #FuckAFan existe-t-il vraiment ? Plus je me suis penché sur la question, en m'adressant à des acteurs britanniques et américains, plus j'en ai été convaincu, même si une mise en garde importante s'imposait. Les acteurs à qui j'ai parlé avaient tous une chose en commun : ce n'était pas la première fois qu'ils vendaient du sexe.

Encore une fois, ce n’est pas surprenant : l’un des grands changements dans le secteur pour adulte a été le flou progressif entre le porno lui-même et le monde de l’escorte, en grande partie grâce aux plates-formes en ligne qui permettent aux artistes en solo de se connecter et de contrôler leurs clients d'une manière beaucoup plus facile et plus sûre qu'auparavant.

Le contrat tacite qui se cache derrière le #FuckAFan semble être le suivant : en participant aux compétitions, les joueurs ont la possibilité de rencontrer leurs artistes préférés à un coût bien moins élevé. En retour, les acteurs filment l'interaction (ou au moins une partie de celle-ci) et l'utilisent pour leur marketing - une technique qui semble bien fonctionner.

«Je pense que mes fans ont trouvé ça super chaud, la vidéo de moi en train de sucer sa queue », a expliqué la performeuse du concours auquel Roddy a participé. Elle raconte que la vidéo a suscité un grand intérêt et généré de nombreux fans affamés pour sa prochaine vidéo. Son nombre d'abonnés a également dépassé la barre des 5000 en quelques mois.

En ce qui concerne ceux qui ne gagnent pas, les actrices à qui j'ai parlé ont tenu à préciser qu'ils ne restent pas les mains vides : tout du moins, ils obtiennent du nouveau matériel visuel via OnlyFans. Certains ont même reçu des prix défiant toute concurrence (l'un des rivaux de Roddy, par exemple, a reçu une culotte usagée de l'actrice, un produit de choix pour les amateurs de ce genre de choses).

Quelle que soit la vérité, #FuckAFan est, à tout le moins, une étude de cas intéressante sur la manière dont Internet a bouleversé la relation entre les acteurs du porno et les téléspectateurs. Alors que, dans le passé, les stars du porno étaient des objets de fantaisie lointaine, les artistes les plus performants d’aujourd’hui utilisent Internet pour communiquer directement avec leurs fans. À l'instar des vloggers ou des « influenceurs », l'objectif est de créer un plus grand sentiment de confiance et d'intimité - et ensuite, si possible, de transformer tout ça en argent.

Et ça semble bien sûr fonctionner : deux performeuses différentes m'ont assuré que leurs propres concours étaient sold-out en quelques jours. D'autres avaient été approchés par des amies dans l'industrie qui désiraient elles aussi s'y essayer. Pour les Roddys de ce bas monde, les choses risquent bien de devenir de plus en plus excitantes.

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Cet article a été initialement publié sur VICE UK.

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