Sports

Une soirée de rêve dans les tribunes de l'Union Saint-Gilloise

« C’est la première fois qu’il y a autant de gens qui cherchent des places et n’en trouvent pas. Si tu veux, je te prends sous mon manteau. »

par Timour Sanli; photos alexis vander linden
30 January 2019, 1:24pm

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Ce mardi 29 janvier, en bas du parc Duden à Bruxelles, se jouait une petite parcelle d’histoire : celle de l’Union Saint-Gilloise, un club qui rêvait d’atteindre à nouveau la finale de la Coupe de Belgique. J’ai passé la soirée en compagnie des fervents supporters. Entre les voisins du stade et les Union Bhoys (aka les fans de la première heure), chacun attendait avec impatience le coup d’envoi de cette demi-finale historique USG-Malines, leur permettant une potentielle qualification pour l’Europa League.

Il faut dire que l’Union Saint-Gilloise, club de division 1B, avait déjà réussi à faire rêver en battant Anderlecht, le rival princier des clubs bruxellois, sur le score sans ambiguïté de 3-0. Entre le Wiels et le parc Duden, le soutien était partout, des établissements « quiche bio » aux cafés les plus unionistes.

Le suspense et la promesse d’ambiance étaient tels que des supporters sont venus de Bruges, non pour s’asseoir dans les tribunes mais pour s’en approcher, via l’écran télévisé d’un des bars voisins. « On est venus pour voir ça de plus près » me confie Jos. Le match de ce mardi était attendu par tous et les places sont parties comme des bières lors d’une mi-temps. J’ai d’ailleurs croisé un nombre assez important de personnes qui en cherchaient, comme Ahmed et son fils de huit ans. Il m’avoua qu’il avait même hésité à céder à l’offre insensée d’acheter un billet 60 euros (sachant que le prix initial est de 10 euros). Comme quoi, c’était une soirée où tout était possible.

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Moi non plus en fait, je n’avais toujours pas de billet et je commençais à envisager de rester dans le club house de l’Union. Un club house légendaire, où l’on aperçoit un tas de supporters aguerris, pas mal de novices et même quelques anciens joueurs se ruer vers le bar pour commander une bière. J'aperçois notamment Ignazio Cochierre, tranquillement installé en trench coat et écharpe bleue et jaune, poursuivi par le chant des Union Bhoys dans la section Apache : « Viva Ignazio, viva Ignazio, il préfère le stoemp au pesto ». Il faut savoir que « Apache » était le surnom d’un groupe de malfrats violents à Paris au début du siècle dernier. Les joueurs de la saison 1902 ont repris ce surnom, pour le côté combatif et populaire. D’autres fans de l’USG me racontent l’époque plus récente où les joueurs du club, encore en D3, venaient boire des coups après le match. L’un d’eux m'explique que sa grand-mère lui avait tricoté un bonnet aux couleurs du club. Soudain, les autres entonnent :

« Bruxelles,
Ma ville,
Je t’aime,
Je porte ton emblème,
Tes couleurs dans mon cœur,
Et quand vient le week-end,
Au parc Duden,
Je chante pour mon club,
Allez l’Union »

L’ambiance s’échauffe. Pendant ce temps-là, on est encore pas mal à chercher des places. « C’est la première fois qu’il y a autant de gens qui cherchent des places et n’en trouvent pas. Si tu veux, je te prends sous mon manteau » me propose gentiment un habitué. Je le remercie, mais je préfère chercher encore un peu. Les blagues du style « pour 100 boules je lâche ma place » et les coups de fils angoissés résonnent un peu partout. À côté, la détermination et l’enthousiasme des supporters grandissent. « Ici c’est Saint-gilles » commence-t-on à chanter.

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Un homme crie « qui veut une place ?! » Moi bien sûr ! 15 euros plus tard me voilà dans les gradins.

C’est vrai qu’ici c’est Saint-Gilles, même si précisément nous sommes à Forest. Ici c’est Saint-Gilles parce qu'ici le club de l’Union existe depuis plus d’un siècle, a déménagé, a occupé le trop grand stade Baudoin pendant un temps et est enfin revenu à la maison, au stade Marien. Entre temps, il a traversé le succès en 1914 puis la redescente et se trouve aujourd'hui en piste pour la remontée. En parlant de remontée, dans le club house, alors que mes yeux se tournent doucement vers la TV pour assister au coup de sifflet initial, un homme crie « qui veut une place ?! ». Moi, bien sûr ! 15 euros plus tard me voilà dans les gradins. Comme quoi ce soir tout est possible. Coup de chance, je me retrouve dans le gradin des Union Bhoys. On lève bien haut nos bières et on entonne :

« On reste au bar
On tient ce putain de comptoir
Et on va continuer à boire
Et on va chanter
sans jamais rien lâcher
Allez, allez, allez USG »

Le match démarre. Le public saute, la bière coule à flot et sur le terrain, on sent une certaine tension tandis que dans les gradins monte une effervescence combative. Les supporters de Malines, un peu esseulés, se font plus discrets. Il y a bien un ou deux fumigènes de leur côté, mais il y en a beaucoup plus de celui de l’Union Saint-Gilles. Bien sûr, on siffle quand un joueur adverse tombe trop facilement, quand l’arbitre punit un joueur, mais le principal réside dans l’énergie collective qui se dégage de cette tribune unioniste. On s’interpelle, on rit, une grande famille qui partage son amour pour le club, la ville, la bière et qui parfois jette son gobelet sur le terrain en signe de mécontentement. « La dernière fois, en déplacement, on a été puni pour ça » me raconte l’une des femmes tenant le bar du club house avant le match.

Soudain, à la 29ème minute, Storm centre, De Camargo reprend. 0-1 pour les visiteurs. C’est à eux de faire un peu de bruit. En tribune Saint-Gilloise on bat un peu moins fort le drapeau. Mais très vite, on se reprend. « Ici c’est Saint-Gilles ». À la mi-temps on tire les bières, on se dit que c’est un mauvais scénario mais on ne baisse pas les bras.

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Dès le retour des joueurs sur la pelouse, le stade s’enflamme à nouveau. Presque littéralement d’ailleurs. Les joueurs sont d’attaque. Malgré quelques occasions assez sérieuses pour l’Union, Malines, réaliste, inscrit le 2-0.

Et c’est aussi dans la défaite que l'on peut voir l’âme d’un club. Un peu comme lorsqu’on voit les supporters de Liverpool entonner « You’ll never walk alone » dans la pire des situations. Les Union Bhoys entraînent tout le stade dans leur élan. On ne lâche rien. Sur le terrain non plus. Lemoine concrétise et sauve l’honneur dans les arrêts de jeu. Une minute plus tard, les pompiers éteignent un début de brasier sur le côté du terrain, et puis c’est autour de l’arbitre d’éteindre un autre type de feu en sifflant la fin du match.

Les supporters sont tristes mais ne rentrent pas tout de suite chez eux. L’Union Saint-Gilles, le plus bruxellois des clubs était à deux matchs de l’Europa League et c’est déjà immense. Et comme tout le monde le chante en chœur : « On reste au bar. On tient ce putain de comptoir. Et on va continuer à boire ».

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