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Santé

Perdre du poids, mais ne pas le reprendre après

Dix mois sont passés depuis que j’ai tenté d’avoir des abdos découpés en 80 jours. Voici ce qui s’est passé ensuite.

par Graham Isador
29 October 2018, 11:59am

Toutes les photos sont de l’auteur

L’article original a été publié sur VICE Canada.

Il y a à peu près un an, quelqu’un a pris une photo de moi en soirée. J’étais avec des amis autour du bar. La photo ne me désavantageait pas particulièrement. L’éclairage et l’angle étaient bons, mais, tout de même, quand je l’ai vue publiée sur internet, elle m’a embarrassé. J’étais plus gros que je voulais l’être. Presque toute ma vie, j’ai dû composer avec deux à cinq kilos en trop, et à mon insu j’étais de nouveau plus proche de cinq que de deux. Je n’aurais pas dû être surpris, car je me vois tous les jours. Il est impressionnant de voir à quel point on peut nier la réalité, jusqu’à ce qu’on ne le puisse plus.

Je ne pourrais cependant pas dire que c'est cette photo qui a déclenché ce qui deviendrait la tentative d’une vie de me sculpter des abdos. En fait, je ne me souviens pas du moment exact où l’idée m’est venue. Ce sont probablement plusieurs moments qui se sont accumulés, chacun me rapprochant de cette grande idée. Je voulais voir si je pouvais jouer le tout pour le tout. Si je délaissais tout au profit du conditionnement physique, arriverais-je à vaincre le statu quo? Il semblait y avoir matière à rédiger un essai personnel et assez de motivation pour réussir.

Mon expérience est documentée dans un texte sur VICE intitulé J’ai passé 80 jours à essayer de me sculpter des abdos et ça a ruiné ma vie. En un sens, ça a été un succès, mais aussi un échec. J’ai perdu 7 % de masse grasse, mais je n’ai pas eu d’abdos découpés. De tous les articles que j’ai écrits c’est celui qui a été le plus lu, mais il a mis sens dessus dessous ma vie personnelle. Il a aussi fait surgir plusieurs fantômes de mon passé que je n’étais pas tout à fait prêt à affronter.

Les commentaires au sujet de l’article étaient partagés. Pour chaque personne qui me faisait un compliment sur l’article ou ma transformation, une vingtaine m’envoyaient des insultes. Une dame a même écrit que j’avais du sang sur les mains. Elle soutenait que les gens qui liraient mon article décideraient de ne pas faire de sport. Et quand ils mourraient, ce serait de ma faute.

Toutefois, dans les commentaires, il y a une chose que je n’avais pas prévue. Une poignée de gens m’écrivaient pour me demander comment j’avais procédé. Ils avaient donc lu à quel point j’avais été dans un état lamentable pendant ces 80 jours et à quel point mon approche pour perdre du poids avait été mauvaise, et ils voulaient tout de même connaître mon régime et mon programme d’entraînement en détail. Des messages étaient longs, ils étaient de personnes qui me disaient à quel point leur corps leur paraissait un fardeau. Je ne savais pas quoi leur répondre. Je ne suis pas un expert, et, à peine sorti de mon projet, je n’avais déjà plus la certitude que je pourrais éviter de reprendre petit à petit mes bonnes vieilles habitudes.

Dans la minute qui s’est écoulée depuis la publication de mon article (en réalité ce sont dix mois), et, avec des changements d’habitudes et les conseils de Geoff Girvitz, le propriétaire de Bang Fitness à Toronto qui a supervisé mon expérience, je suis parvenu à ne pas reprendre le poids perdu. J’ai même perdu quelques kilos de plus. Mon approche est beaucoup moins extrême aujourd’hui que l’ont été les 80 jours de l’expérience et, bien que je ne sois pas expert, j’ai le sentiment d’avoir appris quelques leçons sur le sujet. Assez pour avoir envie d’en parler. Voici les quelques plates vérités compilées avec l’aide de Geoff que j’ai découvertes au sujet de la perte de poids et du maintien de son poids ensuite.

1. Il y a probablement une différence entre ce que vous considérez comme une alimentation saine et une réelle alimentation saine.

Quand j’ai commencé l’expérience, je croyais honnêtement que je mangeais sainement. Je mangeais peu de collations. La consommation de bière était limitée à une ou deux occasions par semaine. Je mangeais de vrais légumes. Mais l’une des premières choses que l’on m’a demandé de faire a été de noter dans un journal tout ce que j’avalais. L’exercice a été éclairant.

« Très souvent, quand on demande aux gens de noter tout ce qu’ils mangent, même s’ils ne montrent pas le journal à qui que ce soit, ils en viennent à s’alimenter plus sainement, me dit Geoff. Noter tout ce qu’on mange permet d’avoir une vraie vue d’ensemble de nos choix. »

De petites choses, au fil d’une semaine, poussent le total de calories vers le haut. Les sauces, entre autre. Je buvais plus que je le pensais. Mes grignotages de fin de soirée contenaient parfois autant de calories qu’un repas complet. Le journal a révélé l’asymétrie entre ce que je mangeais et ce dont j’avais besoin de manger pour avoir le physique que je voulais. Mais, même avec l’information sous les yeux, j’ai eu plus de mal que je l’aurais imaginé à sortir de ma routine. J’ai eu besoin de temps pour trouver des stratégies efficaces.

Pour moi, séparer la nourriture en deux catégories, le bon et le mauvais, n’a pas aidé. À la place, je me demandais si ce que je mangeais était loin ou proche de mon objectif, et faisait des choix en conséquence. Chaque fois avant de manger je me demandais si j’avais la possibilité de faire un choix légèrement plus sain. C’était assez simple : vinaigre balsamique plutôt que vinaigrette de salade César, café noir plutôt que latté, produits frais plutôt qu’aliments transformés. Cette question, combinée à un journal de tout ce que je mangeais, m’a amené à réellement avoir les habitudes alimentaires que je voulais.

2. La constance est plus importante que les grands efforts.

L’une des raisons pour lesquelles j’étais dans un état lamentable tout au long des 80 jours, c’est que j’ai adopté des changements draconiens sans délai. Je suis passé de deux entraînements par semaine à deux par jour. Manger pour me réconforter n’était plus possible. J’avais besoin de dormir plus que jamais dans ma vie. La combinaison de ces changements a exigé beaucoup d’énergie mentale.

« Très souvent, les gens commencent par se demander jusqu’où ils peuvent aller, ce qu’ils sont capables de supporter. C’est sombre, comme perspective, dit Geoff. Le conditionnement physique, c’est censé contribuer au bonheur. Alors, pourquoi l’envisager en s’attendant à être vaincu ? À la place, pensez à ce que vous êtes capables de faire avec constance. C’est moins excitant que l’approche “tout ou rien”, mais c’est la façon de se donner la chance de réussir. »

Ce que je faisais était insoutenable à plus long terme. Sans le cadre et la pression du projet d’article, j’aurais abandonné très rapidement. Quand on commence un nouveau régime, il y a toujours une tentation d’aller vers l’extrême, mais si au départ vous êtes de ceux qui sont légèrement étourdis quand ils se lèvent trop vite, peut-être serait-il plus sage de commencer doucement. Qu’est-ce que votre horaire vous permet réalistement de faire? Comment pouvez-vous en faire une priorité? Je me suis engagé à aller au sport quatre fois par semaine, mais, si je ne peux y aller pour quelque raison que ce soit, j’ai des poids à la maison. Parfois, je vais courir.

3. En soi, l’exercice physique ne suffit pas pour produire des changements physiques majeurs.

Ce qu’une personne peut consommer tout en restant mince varie. Mais, somme toute, à l’exception des problèmes de santé, la perte de masse grasse dépend de la différence entre les calories brûlées et les calories absorbées. C’est tout. En général, on a tendance à surestimer les calories brûlées pendant une activité physique. Le résultat, c’est parfois l’absence de progrès, même si on travaille fort.

« J’ai vu assez vite non seulement que tu ne suivais pas le régime alimentaire, mais aussi que tu n’étais pas dans l’état d’esprit nécessaire pour adopter des changements — ou même écouter. Tu étais trop stressé, me dit Geoff. Ce n’est qu’à mi-chemin que tu as commencé à comprendre. »

Si vous voulez voir des changements physiques, vous devrez changer votre alimentation. Ça ne veut pas nécessairement dire que vous devrez manger moins. Je mange plus maintenant qu’avant le début du projet, mais le type d’aliments a changé. Il me faut une tonne de salade pour me sentir aussi comblé qu’avec du pain. Il me faut beaucoup de blanc de poulet pour arriver au même nombre de calories qu’un burger.

Mes repas sont tous des variantes d’un plat de protéines faibles en gras accompagné de légumes. Pour les collations ? Un fruit. Des noix. Encore une fois, la constance est la clé : les régimes minceur intensifs vous amèneront peut-être là où vous voulez être, mais vous n’y resterez pas.

4. Se fixer un but, faire un plan, noter ce qu’on fait, c’est chiant mais utile.

Les photos « avant-après » peuvent faire peur. Le nombre sur le pèse-personne peut faire souffrir. Noter les exercices que vous avez faits et leur durée, c'est ennuyeux. Même chose pour ce qui est de noter ce que vous mangez. Mais sans tous ces renseignements, vous ne savez pas bien ce que vous avez réellement fait ni si les moyens que vous avez pris marchent ou non.

« On ne peut pas faire des progrès de calibre professionnel avec un plan amateur », m’explique Geoff.

Se fixer un but mesurable, plus précis que d’être plus beau tout nu, est utile. Peut-être que c’est de perdre X kilos. Peut-être que c’est un pourcentage de masse grasse. Qu’importe. Ce n’est pas que les nombres ont tant d’importance, mais plutôt qu’ils sont mesurables, contrairement à d’autres sortes d’objectifs : 200 kilos, c’est 200 kilos.

Si vous ne savez pas où commencer et que vous pouvez vous le permettre, faites quelques recherches pour trouver un expert (en conditionnement physique ou en nutrition) qui vous mettra sur la bonne voie. Si ce n’est pas possible, vous trouverez beaucoup de ressources gratuites sur internet.

5. Maintenir ses buts devient un mode de vie.

Treize mois et 15 kilos séparent la photo « avant » et la photo « après » au haut de cet article. Si on entre dans les détails, on voit aussi que ma posture, mon teint et l’éclairage sont meilleurs dans la deuxième photo. Quand j’ai commencé l’expérience pour avoir des abdos découpés, j’étais naïf. Je m’étais imaginé être à 5 ou 7 kilos d’un physique comme ceux des superhéros. Après avoir perdu les cinq premiers kilos, j’ai été surpris et déçu de voir que je n’étais qu’une version légèrement plus belle de moi-même. Même constat quand je suis parvenu à la barre des 10 kilos perdu. Ce n’est seulement qu’après que j’ai vu combien les changements étaient majeurs.

Après l’expérience, je devais prendre une décision. Je pouvais reprendre mes anciennes habitudes, autant en ce qui concerne l’alimentation que l’activité physique, ce qui aurait fait disparaître les fruits de mes efforts. Je pouvais aussi essayer de poursuivre l’expérience jusqu’à ce que j’aie des abdos découpés, et ce, même si ce que je m’étais imposé m’avait amené à me chier dessus deux fois. Ou je pouvais trouver un équilibre : une nouvelle normalité compatible avec les autres choses que je voulais dans ma vie. C’est ce que j’ai fait, et je suis dans une plus grande forme physique qu’à la fin de l’expérience, bien que ce ne soit toujours pas le physique que j’avais imaginé au départ. La différence, c’est que les fondements de ce que je fais aujourd’hui sont infiniment plus solides qu’avant, de sorte que maintenir cette base n’exige plus autant d’effort. Si je décidais de faire une autre tentative de transformation physique, je serais en meilleure posture.

« Il y a de nombreuses voies pour atteindre le sommet de la montagne. Mais ce que je suggère, c’est de trouver ce qui requiert le moins d’effort de votre part pour l’intérioriser, dit Geoff. Vous ne devriez pas avoir à faire de la callisthénie mentale. Si c’est simple, c’est probablement bon pour vous. Si un programme s’intègre bien à l’organisation de votre vie déjà en place, vous avez plus de chance de le suivre. Une fois que ce programme fait partie de votre vie, vous pouvez toujours l’ajuster. »

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