Publicité
Sexe

Avec les gens qui fantasment sur des plâtres

« J'aime l'image de la victime sans défense et je veux l’aider. Lui faire à manger, l’aider à marcher, enfiler des chaussettes sur ses pieds froids… »

par Richard Greenhill; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
19 November 2018, 12:42pm

Captures d'écran de YouTube, via Cast Planet.

Si vous pensiez connaître toutes les paraphilies possibles, il n’en est rien. En voici une nouvelle : le fétichisme des plâtres. Oui, le fétichisme des plâtres existe et non, pas seulement dans la pornographie. Il existe toute une communauté en ligne qui aime regarder des vidéos de personnes immobilisées et discuter de l’esthétique orthopédique.

Nous avons rencontré Piotr, 25 ans, programmeur informatique polonais, et amateur de plâtres, pour qu’il nous en dise un peu plus sur cette étrange passion.

VICE : Bonjour, Piotr. Pour les non-initiés, comment définirais-tu le fétichisme des plâtres ?
Piotr : Pour moi, cela consiste en plusieurs choses. Tout d’abord, il y a l'attirance pour une personne portant un plâtre orthopédique. Ensuite, il y a l'attirance pour la partie du corps immobilisée dans une coquille dure. Puis il y a le désir d'encourager, de réconforter et d’aider une personne impuissante. Enfin, sur le plan sexuel, il y a la volonté de surmonter les difficultés posées par le plâtre.

Mais c’est plus que ça. C’est en fait assez complexe et chaque fétichiste a ses préférences. Je pourrais écrire un essai sur les détails et les combinaisons d'accessoires. Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte : plâtre en fibre de verre ou en gypse, blanc ou coloré, angle d'immobilisation, béquilles, fauteuils roulants… Les options sont nombreuses.

Je voudrais toutefois souligner que, pour la grande majorité des fétichistes des plâtres, le plaisir n’est pas lié à la douleur. Il n’y a que le côté visuel qui entre en jeu. Et la personne qui porte le plâtre. Comme quand on voit une personne attirante en tenue sexy. Il y a aussi le fait de savoir que la personne qui porte le plâtre a besoin d'aide pour toutes sortes de petites tâches. C’est l’effet « demoiselle en détresse », bien que cela puisse s’appliquer tout aussi bien aux hommes. De plus, le fétichisme des plâtres s’accompagne souvent d’autres fétichismes similaires – la domination, le bondage, le fétichisme pour certaines parties du corps et j’en passe. Mais je crois que c’est le plus souvent associé au fétichisme des jambes et des pieds.

Quand as-tu compris que ça te branchait ?
Lorsque j'avais 13 ou 14 ans, une fille de ma classe s'est blessée au bras. Elle l'avait enveloppé dans un bandage et le maintenait à l'aide d'une écharpe. Nous étions assis à côté en cours et elle m'a demandé si je pouvais l'aider à prendre des notes. J'ai dit oui. Aussi bête que cela puisse paraître aujourd’hui, je pense que c'est la première fois que je me suis vraiment senti attiré sexuellement par quelqu’un. Le fait qu'elle soit assise là, me demandant de faire son travail, tout en ayant l'air jolie et impuissante avec son bras « inutile », incapable de saisir son stylo… Ça me rendait fou, mais je ne comprenais pas encore vraiment de quoi il s'agissait. Puis, vers l'âge de 15 ans environ, j'ai lu le livre de Alistair MacLean, The Way to Dusty Death. Il y avait la description d'une jeune femme avec une jambe cassée. En la lisant, je me suis senti excité et coupable à la fois – « Pourquoi je réagis comme ça ? Ce n’est pas marrant de se casser les os ! » J'ai ensuite tapé « jambe dans le plâtre » sur Internet, je suis tombé sur le fétichisme… Et tout a commencé.

Qu’est-ce qui t’attire particulièrement là-dedans ?
Je pense que ce qui m'excite, ce sont les contrastes. Pour ne donner que quelques exemples, le contraste entre la chaleur du corps et le froid du plâtre. Le contraste entre la rondeur du membre et la rigidité du plâtre. Le contraste entre une démarche maladroite et une démarche gracieuse. Les orteils ou les doigts qui sortent de cette prison sans vie… Mais ça, ce n’est que le côté visuel. La partie psychologique est encore plus importante. J'aime l'image de la « victime » sans défense et je veux l’aider. Lui faire à manger, faire ses courses, l’aider à marcher ou, s’il s’agit d’un bras cassé, faire un travail manuel, enfiler des chaussettes sur ses pieds froids… C’est vraiment difficile de tout décomposer en quelques phrases.

C’est tout de même un fétichisme difficile à mettre en pratique « dans la vie réelle » – tu ne peux pas souhaiter à quelqu’un de se casser le bras. Comment fais-tu au quotidien ?
Non, bien sûr, je ne demanderais jamais à quelqu'un de se casser un os pour réaliser mes fantasmes ! Tout dépend du partenaire. Ma copine l’accepte, même si elle ne comprenait pas au début. Mais après quelque temps, l’idée a mûri dans sa tête et maintenant, nous sommes tous les deux très heureux et à l'aise avec ça. Pour intégrer ce fétichisme à la vie érotique, il y a différentes manières ! Les jeux de rôle médecin-patient ou maître-esclave, les massages. Ou même dessiner sur le plâtre. Des façons créatives de gérer ces inconvénients inhabituels, comme découvrir de nouvelles positions sexuelles. Et avoir des relations sexuelles avec un plâtre peut être très amusant ! Ça pousse à trouver de nouvelles positions.

Il existe un certain nombre de sites et de forums dédiés aux photos, aux vidéos et aux discussions sur le fétichisme des plâtres. Quel type de relation entretiens-tu avec cette communauté ?
J'achète parfois des photos ou des vidéos sur des sites fétichistes, car je sais que les plâtres y sont « récréatifs », comme le dit la communauté : il n'y a aucune blessure en jeu. De plus, les photographes et les modèles connaissent le fétichisme et savent quoi montrer pour le rendre le plus attrayant possible. Je ne suis pas très branché forums, mais je sais qu’il en existe en effet où les gens discutent de leurs préférences, publient des images de leurs plâtres, racontent ou inventent des histoires, font la promotion de produits rémunérés, etc.

Avant notre interview, tu as évoqué un côté plus sombre de ce fétichisme – les soi-disant « stalkers de plâtres » qui repèrent des blogueurs/YouTubeurs emplâtrés et les harcèlent de messages demandant des photos. Ces individus constituent-ils une grande partie de la communauté ? Comment la communauté les gère-t-elle ?
Comparés à la taille de la communauté, ils sont presque inexistants. Je dirais même qu’ils ne font partie de la communauté, car ils en sont tenus à distance. Sur les forums, ils sont rapidement bannis. Même si notre fétichisme est inhabituel, il est inoffensif et nous ne voulons pas être associés à de telles personnes. Moi-même, je trouve cela inacceptable. Je peux accepter que quelqu'un trouve et enregistre une photo déjà publique sur Instagram, par exemple. Mais c’est une autre chose de déranger une personne qui ne porte sans doute pas un plâtre pour le plaisir. D’autant plus que ces personnes ne savent pas de quoi il s’agit et que cela les effraie. Le sadisme ne fait pas partie du fétichisme des plâtres.

J'ai moi-même essayé de limiter leurs actions. Il y a quelques années, j'ai recherché des vidéos et je suis tombé sur une vignette intéressante, alors j'ai cliqué dessus. C’était une très jeune écolière avec une jambe cassée qui montrait son plâtre. J'ai remarqué qu’il y avait beaucoup de commentaires en dessous. Ils étaient gentils et réconfortants, certains lui demandant de faire plus de vidéos. Ensuite, j’ai vu qu’elle avait posté d’autres vidéos de son plâtre, toutes avec des commentaires similaires. J’ai reconnu certains pseudos présents sur d’autres vidéos de plâtres. C’était choquant et dégoûtant. Ces personnes utilisaient l’innocence de cette jeune fille pour assouvir leurs fantasmes, et elle n’en avait aucune idée. Je lui ai écrit un message pour lui expliquer la situation et lui ai demandé de montrer mon message à ses parents. Sa chaîne a disparu peu de temps après. J'étais assez fier de moi, mais la situation dans son ensemble a soulevé quelques questions et doutes quant à l'acceptation de mon fétichisme. Je ne voulais pas être assimilé à de telles personnes aux yeux de qui que ce soit.

D'accord, j'imagine que cette petite minorité de personnes ruine l’image de la communauté. Y a-t-il des idées fausses que tu aimerais éclaircir ? Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, ce n’est pas une question de douleur. Nous ne voulons casser les os de personne. Même si nous aimons faire semblant (ou regarder quelqu'un faire semblant), c'est juste pour le jeu de rôle. Après, ce n'est pas grave si une personne avec un plâtre se rend compte de l'existence de ce fétichisme et aime l'attention qu'elle reçoit – il existe de tels cas. La seule condition est que ce soit agréable pour les deux parties. Et si vous rencontrez un jour un creep qui vous demande des photos de votre plâtre, ignorez-le et ne nous jugez pas. Nous sommes des gens plutôt normaux et le fétichisme ne constitue qu’une infime partie de nous.

VICE Belgique est aussi sur Twitter, Instagram, Facebook et sur Flipboard.

Cet article a été initialement publié sur VICE Canada.