Publicité
Dating

Comment gérer une demi relation

Se situant entre le plan cul et le couple, la demi relation peut se définir comme « l'happy hour » de ce dernier.

par Violante Segal
18 July 2019, 3:52pm

Illustration de Louis Bolla

Le couple n’est pas fait pour tout le monde mais sa conquête persiste. Pourtant nos comportements socioprofessionnels et sentimentaux ne sont plus du tout adaptés au modèle classique du couple traditionnel : deux personnes seules, qui se choisissent pour pratiquer une activité sexuelle exclusive, s’évader en week-end dans des villes européennes dont tout le monde se fout. Y claquer leurs économies accumulées à force ne pas foutre un pied dehors, au bénéfice d’une nouvelle série Netflix.

Cette perspective m’a écartée avant même que je puisse l’envisager. Longtemps, par aigreur, je convoitais toutes ses promesses de sécurité, d’ancrage social et d’affection assidue. Mais alors que j’ai récemment caressé son potentiel du bout des doigts, j’ai compris que j’avais aménagé ma vie pour n’y héberger que des demi relations.

Se situant entre le plan cul et le couple, la demi relation peut se définir comme l’ « happy hour » de ce dernier.

C’est lorsqu'un mec m’a demandé pour la deuxième fois de la journée et la quatrième fois du week-end ce que je voulais bouffer, iPad entre nos deux corps affalés sur le canapé, yeux inertes rivés sur Deliveroo, que j’ai pigé que cette vie allait avoir raison de moi. Ça faisait une semaine que j’avais accepté de ne plus voir d’autres mecs et je sentais que tout le monde le savait. Des serveurs dans les restaurants aux harceleurs de métro, j’étais invisible, tranquillisée par la dépendance, mal habillée par la résignation. La demi relation me narguait à chaque fois que je me regardais dans le miroir, « vêtue » d’un opiniâtre survet blanc, l’air exténué d’avoir trop dormi et le ventre gonflé. Ce n’est pas pour moi.

Se situant entre le plan cul et le couple, la demi relation peut se définir comme l’ « happy hour » de ce dernier. Plein de sexe, la conversation sur l’exclusivité n’a pas encore eu lieu, notre vie n’est pas canalisée sur notre relation et les soirées passées ensemble sont dehors, avec ou sans du monde. Jusqu’à ce que quelqu’un d’autre prenne le relai de cette « heure » faute d’avoir croupi dans le « happy ».

Voilà comment accueillir une demi relation dans la plus idéale des configurations.

Accepter de revoir ses exigences à la baisse

Pour une raison obscure, être en couple rend fier. Sans doute, le fait d’être aimé par une personne qu’on aime et qu’on fait semblant d’avoir sélectionné libère assez de dopamines pour supporter quelques heures de plus par jour.

La demi relation n’assure pas cette fierté. On se vante peu ou pas de sa demi relation. Souvent réservée aux individus solitaires, en free-lance ou en transition psychologique, elle est censée occuper une place subalterne par rapport aux autres activités. Donc elle ne garantit pas d’échanges frénétiques de textos à longueur de journée, des soirées passées au téléphone, ou des samedis entiers chez Ikea. Tout ce que vous aurez, c’est du sexe, de l’affection et des conversations tout en vous préparant à voir disparaître la personne d’un jour à l’autre sans craindre cet abandon ni une perte de moral. Ce qui est déjà énorme.

Vous apprendrez plus ou moins à cultiver un certain détachement en prenant, petit à petit, goût à votre délicieuse indépendance. Socialement, l’expliquer sera laborieux mais pensez-y comme un défi ludique. L’objectif est d’en parler de la façon la plus neutre et factuelle possible. Évitez d’imaginer que les autres pensent à vous comme quelqu’un d’incasable ou de vous soucier de représenter une menace pour les couples fragiles.

Ce sera sans doute le cas mais l’auto-justification n’aide en rien.

Ne pas choisir quelqu’un qu’on domine

Il y a quelques années, un mec ultra-moche draguait ma pote Maud. Fille qui aurait pu être mannequin si elle voulait se simplifier la vie mais qui a un trop gros complexe d’infériorité. Il galérait vraiment depuis longtemps et il a fallu qu’elle rompe avec son mec le soir du Nouvel An, se prenne la cuite du siècle et n’ait pas envie de dormir seule, pour qu’au bout de trois ans d’acharnement, il triomphe et puisse la pécho. Comme il l’avait un peu secourue des abimes de la consternation, elle est sortie avec lui et il était content. Deux ans et demi se sont écoulés et le mec, devenu confiant avec elle, a voulu sauter dans le grand bain. Il a fini par la tromper à l’infini et l’a quittée pour une autre.

Dans une demi relation, les règles sont plus floues, et la cruauté davantage à portée de main. Les dominés voient leurs dominants comme des expériences, de précieux tremplins sociaux. Généralement mal dans leur peau, ils traduisent leur manque d’assurance par d’incessantes flagorneries qui vous feront tôt ou tard tomber amoureux d’eux. En fait, ces compliments leur servent à réaliser que quelqu’un de mieux qu’eux peut les aimer. La confiance gagnée, grâce à vous, ils quittent le nid et vous lâchent comme une merde.

Vous qui n’éprouvez aucun besoin de vous comparer pour vous évaluer, privilégiez quelqu’un qui vous domine sur au moins un aspect – physique, professionnel, intellectuel. Vous ne pouvez pas vous permettre d’accuser une blessure narcissique, vous devez enchaîner avec quelqu’un d’autre.

Ne pas aborder le sujet de l’exclusivité

Parce que j’étais ivre, j’étais amoureuse l’espace d’un instant. Et par vulgaire pulsion de me sentir possédée, j’ai demandé au mec que je voyais si je pouvais m’en taper d’autres. Si sur le moment, le voir s’inquiéter m’avait absolument excitée, le sujet a été remis sur la table dès le lendemain, ce qui m’a fait basculer sur l’autoroute du couple à brûle-pourpoint.

L’empathie et autres accès d’attachement et d’intégrité sont nocifs pour la demi relation. Si vous mettez des capotes, vous pouvez vous taper n’importe qui.

Se mentir de manière générale

Quelqu’un qu’on aime bien avec qui on couche mais dont on ne tombe pas amoureux, c’est une sorte d’ami. Alors on est tenté, comme dans toute relation complice, de porter à bout de bras des valeurs de sincérité et de transparence. Dans ce cas, j’estime que la demi relation doit être inspirée du couple. L’honnêteté est une jolie idée en théorie mais il est urgent de porter à la connaissance de tous qu’elle est responsable des plus grands maux de ce monde.

C’est en identifiant et en incarnant une réalité xénophobe que Donald Trump a été élu. En représentant une immense partie de la population, il l’a décomplexée alors qu’elle subissait certes, mais dans le silence, un gouvernement social-démocrate. Le couple occidental se doit d’être soumis à la même injonction diplomatique que les pays occidentaux encore raisonnables. À force de tout se dire, on teste les limites de notre orgueil à coup de « elle te plaît cette fille ? », « tu aimes mes amis ? » et « tu me dis jamais que je suis belle, tu ne me trouves pas belle ? ».

Une personne normalement constituée ne peut pas entendre « tu n’es pas belle dans l’absolu mais tu me plais beaucoup » ou bien « tes amis sont hypercons ». Ce genre de remarques barbares seront plus destructrices qu’elles ne le paraissent. Au sein d’un couple, elles génèreront jalousie et rancœur, au sein d’une demi relation, elles affecteront la victime de cette franchise par un mécanisme cher aux romans classiques et injustement inexploré par la science. Le gage de désintérêt de quelqu’un avec qui on fait du sexe rend amoureux. Or la demi relation tient à cela : en changer avant que ça n’arrive.

Ne ratez plus jamais rien : inscrivez-vous à notre newsletter hebdomadaire et suivez VICE Belgique sur Instagram.