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La métrosexualité, c’est fini (et vous m’en voyez ravi)

Le phénomène majeur des années 2000 a aujourd'hui – bizarrement (et heureusement) – disparu. Pourquoi ?

par Anders Christian Madsen; photos Piczo
01 June 2018, 10:47am

Comme la vie est belle pour les jeunes hommes de la génération 2000. La chance, d’être nés à la fin d’une révolution masculine qui leur a permis de grandir sans se demander : est-ce que je peux utiliser de la crème hydratante ? Est-ce que je suis gay parce que j’ai envie de me faire une teinture ? Est-ce que je suis gay parce que je me demande si je suis gay ? Avant David Beckham, Jared Leto et Zac Efron, l’ambiance était toute autre. Les ados à la puberté florissante se foutaient secrètement du citron dans les cheveux et s’exposaient au soleil pour tourner blonds. Ils allaient s’acheter en cachette des produits pour la peau. Pas les mêmes que les femmes, non, mais les boîtes un peu plus cliniques, qui ressemblent plus à des médocs qu’à du maquillage. Finalement le produit était le même, mais donner la possibilité de ne pas dévoiler au monde un supposé bagage sexuel encore confus, ou pas.

La métrosexualité est le phénomène horrible qui a changé tout ça. Horrible, parce que lorsque les pontes de la pub ont jugé le terme “bankable” et digne de circulation, ils offraient aux conformistes un nouveau mot, un peu fun, pour dire “gay” – mais pas trop. D’un coup, tous les mecs propres, apprêtés et crémés de la planète étaient estampillés métrosexuels plutôt qu’homos. On avait créé une nouvelle boîte dans laquelle entreposer sagement un type de beauté masculine sans passer par la case homo (trop compromettante). Au lieu de laisser la masculinité suivre son cours et évoluer, les hommes furent une fois de plus divisés en différents degrés d’homosexualité. Après tout, pourquoi un hétérosexuel qui se respecte irait investir dans des produits de beauté, des soins pour les cheveux et une manucure ? Il est forcément sexuellement déviant, d’une manière ou d’une autre… Et les femmes ont été loin de rattraper le coup, en mettant en exergue cette quête de “l’homme, le vrai”.

La vérité, c’est que la métrosexualité est un terme qui a été rendu populaire par une société qui ne pouvait pas gérer la vitesse à laquelle évoluaient les genres. D’un tour de bras, David Beckham, le jouer de foot musculeux portait un sarong ; Julia Roberts laissait apparaître ses poils et l’homosexualité était normalisée aux heures de grandes écoutes via Will & Grace, Buffy contre les vampires et l’émission d’Ellen DeGeneres. Les détaillants ont rapidement réagi à la demande masculine de soins pour la peau et Jean Paul Gaultier a même lancé Le Beau Male, sa collection de maquillage pour homme. Pour la foule mainstream, le changement était trop fort pour tenter d’y résister et puis la métrosexualité était une nouvelle zone (floue) de confort.

Pendant des années, ce terme était incroyablement commun dans les sociétés occidentales. Ces derniers temps, après qu’on se soit unis (dans le fracas – pas tous) pour faire passer le mariage gay, après le visionnage des storylines progressistes de Glee,les manifestations contre Poutine, le nouveau féminisme et les photos d’Elton John et David Furnish baignant dans un bonheur innocent, la métrosexualité semble une relique d’un passé déjà lointain. Ne vous méprenez pas, je pense que la métrosexualité a cependant produit quelques bonnes choses pendant son “mandat”. Des bonnes choses qui ne sont plus d’actualité. Ce dont nous avions besoin pour changer la perception sociétale des hommes, de leur virilité et de leur sexualité, ne pouvait se résumer à des produits de beauté haute gamme. La nécessité d’un mot comme métrosexuel a disparu une fois que la société a compris qu’il n’y a rien de grave à être associé au mot “gay”. Même quand vous réglez vos produits de beauté à la caisse.

Ces jeunes, qui sont nés dans les années 2000, deviennent maintenant des adolescents et forment l’une des générations les plus intéressantes à observer. Ils sont les premiers jeunes hommes post-métrosexualité à grandir sur des fondations sociales plus tolérantes et à explorer leur masculinité comme ils le souhaitent, sans la honte des générations précédentes. Imaginez l’éclat de leur peau quand ils atteindront 30 ans ! Et peut-être qu’un jour, alors qu’ils seront posés en classe avec leurs cheveux teints et leur baume à lèvres, un prof viendra leur raconter qu’un temps, les hommes n’achetaient pas de produits de beauté parce qu’ils avaient peur d’être étiquetés homos. Pensez à ça la prochaine fois que vous faites la queue pour un soin Lancôme.

Credits

Texte Anders Christian Madsen
Photographie Piczo

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