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Identité

Ce que l'on ressent quand on vit avec une personne en dépression

« Tout ce que vous pouvez faire, c'est comprendre que peu importe à quel point vous aimez cette personne, vous ne pouvez pas la guérir. Elle ne peut se soigner que par elle-même. »

par Louise Mapleston
12 February 2020, 4:17pm

Cet article traite de la dépression. Vous vous demandez ce que vous pouvez faire si votre partenaire est dépressif·ve ? Vous trouverez ici quelques conseils pratiques. Mais rappelez-vous : vous êtes un·e partenaire, pas un·e travailleur·se social·e ; des professionnel·les sont là pour vous aider.


Je plaisante parfois en disant que seuls les hommes dépressifs tombent amoureux de moi. Tous les hommes avec lesquels j'ai eu une relation de longue durée entrent dans cette catégorie. Je n'ai jamais été avec quelqu'un qui n'était pas sous antidépresseurs ou qui n'avait pas de psychiatre. Je n'ai connu que ce genre de mec sombre, lugubre et replié sur lui-même.

Je pense que, parce que j'ai moi-même lutté contre l'anxiété et la dépression, j'ai toujours eu une grande capacité d'empathie. Je suis du genre attentionnée : je prends toujours soin des autres, j'aime essayer de résoudre les problèmes et je mets les gens en contact avec des institutions qui peuvent les aider. En ce moment, j'étudie pour devenir travailleuse sociale.

Je ne veux pas mélanger mes expériences en tant que partenaire d'une personne dépressive avec celles de quelqu'un qui souffre de dépression, mais ayant été avec des gens qui ne pouvaient probablement pas m'aimer comme je les aimais, j'ai appris des trucs qui peuvent être utiles. Je fais partie de ces personnes qui ont dû assister en silence à un naufrage ; celui de son partenaire qui ne mange qu'une fois tous les deux jours parce que c'est la brume dans sa tête, et qui a des douleurs musculaires à force de rester au lit toute la journée ; le seul endroit où il se sent en sécurité.

Si vous aimez une personne dépressive, vous vous sentez spécial·e parce que votre présence transforme ses mauvais jours en bons jours. Et vous vous jurez dès lors de ne jamais la voir réduite à sa maladie, mais plutôt comme la personne intelligente, dynamique et réfléchie qu'elle est vraiment.

Mais ça marche aussi dans l'autre sens : sa maladie peut vous affecter. Ses mauvais jours deviennent vos mauvais jours. Au lieu d'aller au cinéma ou au restaurant, vous allez rester dans le lit à vous câliner pendant trois heures, en plein milieu de l'après-midi. Parce que c'est de toute façon toute l'énergie qu'il peut donner.

Dormir devient plus difficile. Il y a des nuits où vous fixez le plafond, vous vous inquiétez du fait que, plus tôt dans la journée, il vous a dit ne pas savoir s'il veut encore vivre. Vous ne dormez pas, parce que penser à une vie sans la personne que vous aimez semble encore plus atroce que la douleur que vous ressentez pour elle.

Votre anxiété peut devenir compulsive : si vous ne pensez pas assez souvent à votre moitié, à sa maladie ou à la façon dont vous allez vous en occuper, vous vous dites que de mauvaises choses vont se passer. Vos réflexions ne portent que sur la manière dont vous pouvez les aider.

Si vous êtes amoureux·se d'une personne dépressive, vos appels téléphoniques peuvent parfois durer plusieurs semaines juste pour fixer un rendez-vous avec le psychiatre par exemple. Assurez-vous qu'iel se présente à ses rendez-vous médicaux. Vous êtes son pilier, parce que vous l'aimez.

Une fois, alors que j'étais en vacances, je me suis rendue compte que j'étais tellement obsédée par la dépression de mon partenaire que je n'osais pas quitter l'hôtel au cas où il essaierait de me joindre. J'ai eu une crise de panique quand j'étais à Vancouver parce que je n'avais pas de ses nouvelles. J'étais convaincue qu'il allait se faire du mal.

Rétrospectivement, il est évident que la façon dont j'ai essayé de gérer les souffrances de mes partenaires n'était ni saine ni durable. À la fin de ces relations, j'étais complètement vidée. Mais personne ne vous apprend à prendre soin de vous. Dès le plus jeune âge, surtout en tant que femme, on nous apprend qu'il faut penser aux autres d'abord.

La vérité est que l'on ne peut pas aider quelqu'un qui se noie si l'on ne sait pas nager.

Vous ne pouvez pas soutenir quelqu'un si votre propre état mental est affecté par la dépression de quelqu'un. J'ai récupéré après avoir suivi un cours de douze semaines sur la pleine conscience pour réduire mon stress. Cela m'a aidé à gérer l'anxiété grave et paralysante qui s'était emparée de moi en essayant de gérer la dépression de mon ex.

Je regrette de m'être engagée dans ces relations sans limites fermes ni réseau de soutien. Mais je n'ai jamais regretté d'avoir une relation avec quelqu'un qui souffre de dépression. Surtout parce que leur maladie n'a jamais été ce qui les rendait attirants pour moi. Malgré les symptômes, la dépression n'est pas une maladie solitaire ou égoïste. Elle peut toucher tou·tes celleux qui les aiment, mais on ne peut pas y remédier. Ce n'est la faute de personne.

Tout ce que vous pouvez faire, c'est comprendre que peu importe à quel point vous aimez cette personne, peu importe combien d'heures vous vous câlinez, vous ne pouvez pas la guérir. Elle ne peut se soigner que par elle-même.

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Cet article a été publié sur VICE NL.

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