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Sport

Pause bien-être : voici le yoga-doom metal

Oui, ça existe.

par Emma Garland; photos Imogen Freeland; traduit par Nazanine Sadeghi
20 June 2018, 2:55pm

J’adore le yoga. Je le pratique même chez moi, devant des vidéos Youtube. Ça m’évite d’avoir à sortir de mon appartement, et puis, c’est aussi l’une des rare choses, avec la dépression, qui permet de passer 30 minutes allongée sur le sol ­en ayant le sentiment de faire du sport.

En ce moment, ma pratique consiste principalement à m’asseoir les jambes croisées dans ma chambre tous les soirs, à faire des exercices de respiration et à me regarder dans le miroir. C’est une expérience solitaire. Alors, quand j’ai reçu un mail m’invitant à assister à un cours de « yoga doom metal », j’étais un peu sur la réserve. La dernière fois que j’ai essayé faire du sport en groupe, c’était une séance de vélo en salle animée par une Australienne qui n’arrêtait pas d’hurler « PÉDALEEEZ » sur fond de Drum and Bass. Ça m’a énervé. Et j’ai arrêté de pédaler.

Mais ce jour-là, il faisait 18 degrés et j’aurais tout donné pour ne pas être au bureau. Et puis : le doom metal. J’y suis allée.

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DO.OMYOGA est dirigé par Kamellia Mckayed. Sanna Charles, photographe et cinéaste, l’aide à trouver la musique et à l’adapter à sa pratique, décrite comme « du yoga lent, d’inspiration vinyasa, pratiqué sur une sélection de musiques provenant de la gamme la plus vibratoire du spectre musical ». DO.OMYOGA promet une « expérience intense et immersive de doom metal ». En d’autres termes : on fait la posture du chien tête en bas en écoutant Pallbearer.

Ce n’est pas le premier cours du genre, et le format tend à se populariser. Le yoga, emporté dans un tourbillon d’hashtags – #healthy, #pleineconscience – et balayé par le mainstream, voit, en réaction, émerger de petites communautés marginales. Certaines semblent plus légitimes que d’autres – par exemple, le yoga- Drake ou le noise yoga existent déjà, mais de toutes les associations improbables, le doom metal est la plus spectaculaire. Le doom metal et les énergies cosmiques inexpliquées, ça donne une certaine vibe à la chose.

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J’étais donc sur le point de faire du yoga-metal et mes fesses étaient en sueur. Comme je l’ai mentionné plus haut, je ne suis pas une grande fan de l’effort physique. Je n’ai donc strictement aucun habit en lycra, juste une paire de leggings, des Adidas vieilles de six ans et des tas de shorts de foot que j’ai volés à différents copains.

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Une photo de mes fesses

Pour commencer, on est restés assis pendant plusieurs minutes les yeux fermés tandis que Kamellia nous parlait de sagesse et de médiation. La musique était exactement ce à quoi je m’attendais : une sorte de mantra répétitif et un tempo très très lent. À un moment donné, Kamellia nous a encouragés à nous concentrer sur l’espace entre nos yeux, mais aussi à regarder notre nez, ce qui donne le sentiment d’être presque hors de son corps. Comme promis, l’exercice était principalement basé sur du vinyasa. Le vinyasa est une séquence de trois poses : la planche (comme le début d’une pompe), le chaturanga (vous vous abaissez un peu après une pompe) et le cobra/chien-tête-en-haut. Il y avait aussi quelques poses de guerriers, et beaucoup de chiens-tête-en-bas.

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Finalement, la musique rend la chose plus facile : vous finissez par vous synchroniser inconsciemment­ ­­avec le rythme de fond, plutôt que de vous concentrer sur la position et d’émettre un gros « HOOOOSH » parce que vous avez oublié d’expirer pendant une minute et demi.

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« C’est la vibration, les guitares et la basse. Je ne sais pas ce que c’est, mais il y a une certaine magie là-dedans », me dit Kamellia. « Le soulagement que vous ressentez lorsque quelqu’un met la main sur vos épaules – Je pense que c’est un peu la même chose avec le doom metal, et je pense que le paysage psychédélique du doom/stoner/sludge metal se prête naturellement à des états de conscience altérée. »

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D’habitude, les cours ont lieu dans des salles obscures, caverneuses, éclairées à la bougie, où le son semble plus enveloppant, comme une couverture sonore. Ils durent une heure et demie, au lieu des 30 minutes que j’ai pratiquée. « C’est un peu comme une longue méditation de gong », me raconte Kamellia. « Le but du yoga est l’introspection, donc c’est là que cette pratique est intéressante – toutes les conditions sont là pour que l’expérience soit très personnelle et intuitive. » C’est peut-être pour ça que j’ai parfois oublié qu’il y avait de la musique. En dépit des deux énormes amplis situés à quelques mètres de mon visage, la musique faisait partie de l’environnement, comme le vent ou les voix lointaines des passants.

La première fois que j’ai fait du yoga, il y a quelques années, mon amie Chris m’a donné un cours particulier après être revenue d’un stage en Espagne. Elle a conçu une série d’une heure qui s’est terminée par un shavasana. À la fin, allongée sur le tapis, les bras et les jambes écartés comme une araignée écrasée, ouverte et vulnérable, j’ai fondu en larmes. Je ne saurais vous dire pourquoi. C’était des larmes de soulagement, bien sûr, mais je ne sais pas d’où elles venaient.

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Kamellia Mckayed et Sanna Charles

Selon Kamellia, cela arrive souvent. « C’est très intense », explique-t-elle. « Ça fait ressortir plein de vieux noeux émotionnels ». Mais ce n’est pas juste un groupe de gothiques qui pleurent en se recroquevillant comme des enfants. Ils font aussi des cornes avec les mains.

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