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sexe

J'ai besoin de me masturber pour me réveiller le matin

À chacun sa routine.

par Isabelle Kohn; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
16 January 2019, 12:36pm

J’ai commencé à me masturber à l’âge de cinq ans. Comme la plupart des individus dont les os n’ont pas encore fusionné, je ne savais pas ce que je faisais, juste que ça faisait du bien. Je savais aussi que ça arrangeait les choses : ça m'occupait quand je m’ennuyais, ça me calmait quand j’étais nerveuse et ça rendait les événements tristes – comme le déménagement de ma meilleure amie ou le divorce de mes parents – un peu moins tristes. J'ai commencé à le faire tout le temps. Maintenant, environ vingt ans plus tard, je ne peux pas me lever du lit sans avoir joui.

Je dirais que sur une année, 360 de mes journées commencent par un orgasme. Parfois, cet orgasme est provoqué par quelqu'un, mais la plupart du temps, il est auto-administré. Même si mon partenaire est endormi juste à côté de moi, je vais me caresser avant qu'il se réveille ou pendant qu'il prend sa douche.

Ce n’est pas que je ne veuille pas de lui ou du sexe – je suis définitivement intéressée par les deux, même après avoir joui –, c’est juste que la masturbation matinale joue un rôle très important et spécifique dans ma vie. Elle me réveille, améliore mon humeur et soulage suffisamment mon stress pour que je puisse émerger de sous ma couette et devenir un être humain fonctionnel. Sans cela, je suis anxieuse, déprimée et épuisée. Mon cerveau ne fonctionne pas. Je suis un zombie jusqu’à ce que le litre de café avalé fasse effet.

Apparemment, je ne suis pas la seule. Rebecca, une chef âgée de 28 ans que j'ai rencontrée sur un groupe Facebook privé, m’explique qu'elle se masturbe elle aussi tous les matins. « C’est le must, dit-elle. Cela me donne envie de sauter du lit et de commencer ma journée. C’est comme si ça libérait mon énergie. » Elle dit que cela lui facilite beaucoup le reste de la journée.

Mes partenaires n’ont jamais vu cette habitude comme un problème, plutôt comme une fonctionnalité, mais de mon côté, j’ai toujours eu du mal à comprendre pourquoi j’éprouvais ce besoin. Pourquoi d’autres utilisent le café, les douches chaudes ou le sport comme réveil personnel alors que le mien repose sur trois à cinq minutes de bonheur clitoridien ?

Pour le savoir, je demande à la psychologue somatique et sexothérapeute Holly Richmond. Selon elle, la masturbation est une routine matinale comme les autres. Elle a des clients de tous les sexes qui se masturbent tôt le matin pour se sentir bien dans leur tête. C’est juste que le sujet est moins abordé que le yoga ou le café.

« Nous avons tendance à considérer le sexe et le plaisir comme des loisirs, ce qui est regrettable, car ils sont tout aussi bons pour la santé, sinon plus, que la plupart des autres stimulants matinaux, dit-elle. C’est un rituel comme un autre, à ceci près qu’au lieu de transpirer ou de vous bourrer de caféine, vous prenez du plaisir. »

Et beaucoup d’éléments penchent en faveur de l'orgasme.

« De un, ça me permet de me contenir en la présence de mecs hétérosexuels, et de deux, ça régule vraiment mon humeur, me dit le musicien et artiste plasticien Daniel Crook. Quiconque m’a déjà vu avant que je me sois branlé pourra vous confirmer que je suis un autre homme après. »

Charlie McGuire, un barista vivant à Silverlake, en Californie, se réveille souvent déprimé et anxieux, mais regarder du porno et se masturber le fait sortir de sa torpeur. « La première chose que je ressens à mon réveil est un mélange de panique et d'épuisement, dit-il. Le fait de me branler me calme et me réveille en même temps. C’est bien mieux qu’une alarme. »

Ceci, explique Richmond, est dû au fait que la masturbation libère un cocktail d'hormones et de neurotransmetteurs qui vous placent dans une sorte d'état d’esprit énergique et optimiste – de quoi rendre les matinées plus supportables. L'ocytocine, les endorphines et la dopamine libérées pendant l'orgasme améliorent l'humeur, apaisent l'anxiété, réduisent le doute de soi, augmentent la concentration et contribuent à créer un sentiment d'enthousiasme. En même temps, l’épinéphrine (l’adrénaline) agit comme un expresso corsé sur votre système nerveux et vous met en meilleure forme. Quand bien même vous ne finissez pas, vous masturber a souvent pour effet méditatif de connecter votre corps et votre esprit, d’augmenter votre confiance en vous et de vous préparer au mieux pour la journée. Cela fait aussi circuler votre sang.

En fait, selon la sexologue clinicienne Shannon Chavez, la petite quantité de cardio nécessaire pour se tordre de plaisir provoque un flux de sang riche en oxygène dans les muscles et les nerfs, ce qui libère le stress et la tension de la même manière que l'exercice.

« Les schémas respiratoires, les mouvements du corps et la stimulation physique que procure la masturbation réveillent le système nerveux, dit-elle. Tout comme l'exercice, cela peut augmenter votre productivité tout au long de la journée en vous faisant vous sentir bien et en augmentant votre concentration. »

De même, le combo hormones et activité physique peut également améliorer votre cognition, ce qui est essentiel pour relancer votre cerveau lorsque vous êtes fatigué au travail. Mais si se masturber le matin est aussi efficace, pourquoi tout le monde ne le fait pas ? Plus important encore, pourquoi moi, je le fais ?

Pour Chavez, tout est une question d'habitude. « Certaines personnes ont simplement développé l'habitude matinale de la masturbation, dit-elle. Ces routines sont déterminées par le conditionnement sexuel, les niveaux d'hormones et l'état mental. » En d’autres termes, il y a de fortes chances que mes collègues masturbateurs du matin et moi soyons conditionnés à nous réveiller après avoir joui parce que nous avons entraîné notre corps à se réveiller de cette manière grâce au pouvoir du renforcement positif.

Les différences dans les cycles quotidiens et mensuels de testostérone peuvent également expliquer pourquoi certaines personnes sont plus motivées que d’autres à se masturber le matin. Pour certains, la testostérone atteint son point culminant le matin (comme c’est souvent le cas chez les hommes cis). Pour d'autres, il atteint son paroxysme la nuit ou au milieu de la journée (comme c'est souvent le cas chez les femmes cis). Certaines personnes connaissent même plusieurs pics au cours d'une période de 24 heures. Selon Richmond, ces pics peuvent être influencés par des facteurs tels que le stress, les médicaments et l'humeur, et peuvent évoluer avec le temps. Toutefois, si votre routine est cohérente, votre taux d'hormones a tendance à l'être également.

Le pénis, le clitoris, les lèvres et le vagin ont tous un tissu érectile qui s’engorge lorsque la testostérone est élevée, ce qui se produit généralement au cours du sommeil paradoxal (ce pic de la circulation sanguine peut également augmenter la lubrification vaginale). Si vous vous réveillez pendant ce sommeil paradoxal, vous aurez plus de chances d'avoir une érection et d'être excité. La gaule du matin est le résultat direct de cette réaction. Les clitoris et les vagins subissent le même phénomène – il est juste un peu moins visible.

Cela dit, les hormones et les tissus érectiles engorgés ne dictent pas nécessairement le comportement. « Même si votre taux de testostérone est élevé le matin, ou si vous avez une érection, cela ne signifie pas que vous devez vous masturber pour vous lever du lit, ni même que vous devez vous masturber tout court, affirme Richmond. Il n'y a pas d'universels en matière de sexualité. »

Malheureusement, d’après mon expérience, il n’y a pas beaucoup d’échanges sur l’envie de se masturber le matin – à l’exception de quelques posts d’internautes inquiets sur Quora. Ce manque de dialogue peut rendre la pratique quelque peu inhabituelle, mais selon Richmond, il ne doit pas susciter la honte ou l’inquiétude.

« Parce qu’elle est sexuelle, la masturbation est facile à pathologiser, en particulier quand on ne peut pas s'en passer, dit-elle. Pourtant, on ne pathologise pas le besoin de faire de l'exercice, de méditer ou de boire du café pour se sentir fonctionnel. Je ne pense pas qu’il soit logique de problématiser un comportement qui fonctionne exactement comme ces choses-là. Un problème n’en est un qu’à partir du moment où il vous gâche la vie. »

C'est loin d’être le cas pour moi, alors je vais continuer à donner à mon corps ce qu’il réclame : des acrobaties clitoridiennes vivifiantes. À l’aube.

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Cet article a été initialement publié sur VICE US.

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