L'atmosphère de Vénus pourrait contenir des traces de vie

La phosphine, un gaz hautement toxique pour les humains, est présente en quantités encore inexplicable dans l'atmosphère vénusienne.
16 September 2020, 6:45am
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Photo NASA

L’atmosphère de Vénus contient d’importantes quantités de phosphine, un gaz considéré comme une biosignature par certain·es exobiologistes. Autrement dit, les hautes couches gazeuses de notre plus proche voisine abritent peut-être des êtres vivants. Telle est la conclusion de deux articles publiés lundi 14 septembre dans Nature Astronomy.

L’astronome britannique Jane Greaves est l’auteure principale des deux papiers. Dans une vidéo d’annonce de la découverte diffusée par la Royal Astronomical Society, cette professeure à l’université galloise de Cardiff présente la phosphine comme « la cousine diabolique de l’ammoniaque ». En raison de sa toxicité extrême, cette molécule a été utilisée comme gaz de combat, exterminateur de taupes et même outil d’assassinat dans la série Breaking Bad.

Difficile de croire qu’une substance aussi dangereuse puisse être associée à la vie. Pourtant, sur notre planète, la phosphine est produite de façon « naturelle » par des micro-organismes capables de vivre dans des environnements dénués d’oxygène ou « anaérobies ». Dès lors, écrivait en janvier dernier Clara Sousa-Silva, astrophysicienne moléculaire et co-auteure des articles vénusiens, ce gaz est une « biosignature potentielle » sur les planètes sans oxygène.

Le problème, c’est que la vie n’est pas qu’une affaire de gaz. À la surface de Vénus, la température avoisine les 500°C et la pression dépasse les 90 bars, de quoi vaporiser un mammifère en un instant. Cependant, cinquante kilomètres plus haut, l’atmosphère de cette planète infernale comporte une « zone tempérée » aux conditions comparables à celles de la surface de la Terre. C’est précisément dans ce petit coin douillet que Jane Greaves et ses collègues ont détecté la présence de phosphine en quantités remarquables.

D’après les informations récoltées par les radiotélescopes de James Clerk Maxwell, à Hawaii, et d'Atacama, au Chili, la concentration en phosphine de cette « zone tempérée » est plusieurs milliers de fois supérieure à celle de l’atmosphère terrestre. En dépit de leurs efforts, les auteur·es des articles ne sont pas parvenu·es à identifier l’origine d’une telle abondance de gaz : ni l’atmosphère, ni les nuages, ni la surface, ni le sous-sol, ni les éclairs, ni les volcans, ni les météorites vénusiens ne semblent capable de produire autant de phosphine. Resterait la vie.

Ce raisonnement par élimination est d’autant plus séduisant qu’il aboutit à une conclusion romantique : la vie extraterrestre aurait été là, sous notre nez, depuis le début. Cependant, comme le fait remarquer Jane Greaves dans la vidéo de la Royal Astronomical Society, même les coins les plus accueillants de Vénus sont extrêmes. « Sur Terre, nous connaissons des formes de vie vraiment résistantes, de petites bactéries qui peuvent exister dans une eau qui contient environ 5% d’acide, ce qui est assez incroyable. Sur Vénus, les nuages sont probablement constitués d’environ 90% d’acide. »

Un peu partout sur Internet et dans la communauté scientifique, quelques trouble-fêtes tentent de modérer l’enthousiasme vénusien en évoquant l’affaire du méthane martien. En 2004, quand une sonde de l’Agence spatiale européenne a découvert des traces de ce gaz essentiellement dégagé par des processus biologiques sur notre planète, la vie extraterrestre avait également semblé toute proche aux enthousiastes. Une quinzaine d’années et de sondes plus tard, nous n’avons toujours pas trouvé de créature vivante sur Mars.

La bonne nouvelle, c’est que la phosphine pourrait bien permettre à Venus de voler la vedette à Mars auprès de la NASA. L’agence spatiale américaine, qui délaisse la première au profit de la seconde depuis des décennies, avait déjà fait comprendre qu’elle pourrait bientôt se laisser tenter par une mission vénusienne en février dernier. Ces derniers événements guideront peut-être son choix. Tou·tes les scientifiques savent que le seul moyen de dissiper un doute est de travailler encore… Avec plus de moyens.

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