Amanda Knox : « Les tabloïds m'ont décrite comme un démon avide de sexe »

Dix ans après après avoir été condamnée à tort pour le meurtre de sa colocataire, celle que la presse a surnommée « foxy knoxy » dénonce l'enfer du harcèlement médiatique.

par Amanda Knox; traduit par Nazanine Sadeghi
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mai 25 2018, 2:11pm

Cet article a été initialement publié sur Broadly.

Je m'appelle Amanda Knox et je vais vous raconter comment j'ai été pointée du doigt par les médias lorsque j'ai été arrêtée et traduite en justice pour un crime que je n'ai pas commis.

En 2007, j'avais 20 ans et j'étais une étudiante comme les autres. Je faisais mes études à Pérouse, en Italie. Une nuit, un cambrioleur, Rudy Guede, a fait irruption dans l'appartement que je partageais avec trois autres filles, et a assassiné celle qui s'y trouvait à ce moment-là, Meredith Kercher. Au cours des huit années qui ont suivi, le meurtre de Meredith a fait les choux gras de la presse internationale, mais malgré l'attention portée à l'affaire, peu de gens ont entendu parler de Rudy Guede. C'est parce que les enquêteurs, les procureurs, les médias et le public ont préféré porter leur attention sur moi.

Mon petit ami Raffaele Sollecito et moi avons rapidement été arrêtés. Le parti de l'accusation et les tabloïds m'ont décrite comme une femme fatale, un démon avide de sexe ayant assassiné sa colocataire sous les effets de la drogue et/ou de la jalousie - le tout lors d'un jeu sexuel qui aurait mal tourné. Il importait peu que je n'ai aucun antécédent de violence, pas de maladie mentale ni de comportement criminel, et que les traces d'ADN retrouvées n'étaient en aucun cas les miennes. On m'a donné le surnom de « Foxy Knoxy », une figure sur laquelle les gens projetaient leurs peurs et leurs fantasmes, en particulier ceux qui touchaient à la sexualité féminine. Et cela a suffit pour nous faire condamner.

Raffaele et moi avons survécu à quatre ans de prison et huit ans de procès. En mars 2015, nous avons été déclarés innocents par la Cour suprême italienne. Encore aujourd'hui, je lutte contre du harcèlement et des attaques personnelles quotidiennes. Je m'en sors en pensant à ces forces qui nous déshumanisent ; à la façon dont ces forces affectent d'autres personnes dans des situations similaires, et à ce que nous pouvons faire pour empêcher que nos vies et nos identités ne nous soient volées.

Cet article a été publié sur VICE US.

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