Sexe

Quelques conseils utiles donnés par des adeptes du BDSM

Iels savent des choses qu’on ne sait pas.
09 June 2020, 4:26pm
Scène BDSM
Illustration par Brandon Bird

Vous n’avez pas besoin de passer beaucoup de temps avec des adeptes de BDSM avant d’être dépassé·e par le riche jargon d’initié·es. Des termes comme figging, falaka ou kinbaku, à plus forte raison sans contexte, ne sont pas à la portée des profanes. En revanche, même une personne non-initiée pourra deviner ce que signifie aftercare dans le contexte du sadomasochisme. D’ailleurs, une fois qu’on sait ce que sont le figging, la falaka ou le kinbaku, on voit instantanément pourquoi la pratique de l’aftercare s’est généralisée dans le monde du BDSM.

Le terme aftercare désigne une période de soins et de caresses que dominateur·ices et soumis·es se prodiguent l’un·e l’autre immédiatement après une séance afin de répondre aux besoins physiques, psychologiques et émotionnels. C’est en quelque sorte un retour sur Terre pour les participant·es d’une scène de BDSM, après une haute voltige physique et émotionnelle : on s’assure que tout le monde va bien. Il s’agit de contrer un phénomène bien connu chez les adeptes appelé le drop : un état de quasi-dépression – dominant·e et soumis·e peuvent se sentir épuisé·es, vulnérables, coupables après les pics d’adrénaline et d’endorphine – qui survient dans les 24 à 72 heures suivant la scène.

Vous auriez du mal à trouver un·e vétéran·e du kink qui ne voit pas l’aftercare comme une facette indispensable de toute activité sexuelle. Bien que les adeptes du BDSM poussent les interactions humaines à leur extrême, ce qu’iels ont ainsi vite appris peut bénéficier à presque n’importe qui ayant des rapports intimes avec un autre humain. Les flux et reflux neuronaux ne sont après tout pas l’apanage des amateur·ices de BDSM. Voici comment on peut bénéficier de ce qu’iels ont appris à la dure.

L’aftercare est différent pour chacun·e

« Les gens, sexuellement, ont différents besoins, et ces besoins s’étendent à ce qu’ils recherchent dans l’aftercare », dit Kenneth Play, coach sexuel globe-trotteur et fondateur de Hacienda, une communauté pro-sexe basée à Brooklyn, New York. Il explique que, pour une personne, un high five suffira, alors qu’une autre préférera qu’on la prenne dans ses bras ou qu’on s’étende avec elle pour la nuit et reste pour le déjeuner. « Je trouve que la façon la plus facile et directe, c’est de le demander sans détour, dit-il. D’habitude, je dis quelque chose comme : “Qu’est-ce que tu voudrais et aimerais après le sexe ?” »

Poser ainsi la question peut sembler trop direct pour une personne à qui les normes du kink ne sont pas familières, mais une version édulcorée que vous jugez appropriée montrera que vous avez à cœur le bien-être de votre partenaire. Qu’importe si c’est la première et dernière fois que vous vous voyez, on a tendance à être reconnaissant·e de ces attentions.

Effy Blue donne des ateliers pour aider les gens à tirer le maximum de leurs relations, en particulier celles non conventionnelles. Elle encourage les participant·es à réfléchir à ce qu’iels voudraient après une relation sexuelle et à se préparer à l’exprimer, même s’il ne s’agit que d’une relation sans lendemain. « L’aftercare devrait être négocié au préalable, tout comme l’activité sexuelle elle-même, dit-elle. Si votre partenaire n’accepte pas de se préoccuper de vous comme vous en avez besoin après le sexe, vous devriez peut-être vous demander si vous voulez vraiment de cette relation. »

L’aftercare ne signifie pas que vous cherchez à être en couple

Nous vivons à une époque où trouver une personne avec qui coucher est plus facile que jamais. Il y a multitude de partenaires potentiel·les et vous n’avez qu’à « balayer vers la droite » et flirter quelques minutes. Par contre, cette offre sans précédent a un effet collatéral : il semble que les gens ne se donnent pas la peine de montrer beaucoup de considération envers la personne à laquelle ils viennent de faire un anulingus.

« En dehors de la communauté du kink, les gens ont l’air réticents à faire preuve de gentillesse envers les partenaires avec lesquel·les ils ne sont pas en relation, parce qu’ils ont peur de commencer à éprouver des sentiments ou de donner l’impression de vouloir être en couple, dit Kenneth Play. Qu’importe comment a été le sexe, l’aftercare, c’est l’occasion d’être un être humain aimable. Être nu·e avec une autre personne, c’est être vulnérable, et, quand on se sent le plus vulnérable, la dernière chose qu’on veut, c’est faire en sorte que l’autre se sente utilisé·e ou se sentir soi-même utilisé·e. »

L’aftercare pour améliorer une relation

Il est fréquent que des adeptes du kink aient des relations sexuelles avec des personnes avec lesquelles elles ne sont pas en couple. Dans ce contexte, Effy Blue explique que l’aftercare sert à se détacher émotionnellement d’un·e partenaire et à laisser l’organisme métaboliser toutes les hormones de l’attachement qu’il vient de libérer afin de réduire la charge émotive de la séparation post-sexe.

« En couple, ajoute-t-elle, l’aftercare est une bonne occasion de se réjouir de la relation et de soutenir votre partenaire. C’est une bonne occasion de renforcer l’intimité et l’attachement. »

L’aftercare pour être un·e meilleur·e amant·e

L’aspect sur lequel on met le plus l’accent dans les communautés de kink, c’est la communication : quand quelque chose dans une scène tourne mal, c’est invariablement à cause d’un manque de compréhension de ce qu’un partenaire voulait ou ne voulait pas. Cette insistance sur la communication ne devrait surprendre personne, car c’est dans le kink qu’on a eu l’idée du safeword ou mot de sécurité. On a aussi imaginé des moyens de différencier et mesurer ce qu’on appelle la « bonne douleur » et la « mauvaise douleur », en plus d’insister non seulement sur le consentement du partenaire, mais sur son « consentement enthousiaste » au moment de commencer ou changer une scène de quelque façon que ce soit. C’est très bien résumé par un mantra très courant qui devrait être adopté par tout le monde : « Si ce n’est pas un “Oh que oui !”, c’est un “Oh que non !” »

« Que ce soit avec une nouvelle personne ou en couple, l’aftercare est l’occasion parfaite de parler de ce que vous avez aimé, de ce que vous venez de vivre ensemble, de ce qui vous a particulièrement excité·e, de ce que vous pourriez améliorer la prochaine fois, s’il y a lieu, dit Kenneth Play. C’est aussi un bon moment pour parler des limites dont vous venez peut-être tout juste de prendre conscience. »

Le sexe sans aftercare, c’est la suprême fuite à l’anglaise

Les adeptes du BDSM et du kink restent souvent bouche bée d’apprendre que des baiseur·ses conventionnel·les partent après avoir vécu une expérience intime à deux sans avoir pris quelques minutes pour faire le bilan, revenir au calme, vivre le sentiment de satisfaction. Pour Kenneth Play, après une relation sexuelle sans lendemain, l’aftercare est l’occasion d’être honnête.

« C’est très injuste de dire à une personne qu’on continuera de se voir et puis disparaître, dit-il. Généralement, une personne vous respectera si vous êtes honnête quand vous savez déjà qu’il n’y aura pas d’autres relations sexuelles avec elle. Je pense que vous devez le dire directement, avec gentillesse et gratitude pour l’expérience que vous venez de vivre avec elle. »

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Cet article a été publié sur VICE FRCA.