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Santé

Vous faites plus de chirurgie esthétique que vos parents

La faute à Instagram ?

par Marion Raynaud Lacroix
01 July 2019, 2:37pm

En France, selon une enquête menée par Le Parisien, les 18-34 ans feraient désormais davantage de chirurgie esthétique que la tranche des 50-60 ans. Le constat a de quoi surprendre : alors que leur âge les expose davantage aux rides et à la vieillesse, les baby boomers auraient moins recours au bistouri que les jeunes générations. Au palmarès des interventions les plus demandées par les 18 -34 ans figurent l’augmentation mammaire, la liposuccion, la chirurgie des paupières, l’abdominoplastie et la réduction mammaire. « Les femmes de 40 ans et plus viennent dans nos cabinets réparer les effets du temps et ne veulent surtout pas que cela se sache. Les jeunes viennent s’y "augmenter", gagner en séduction plutôt qu’en jeunesse. » pointait récemment une chirurgienne interrogée par le féminin Madame Figaro. Une évolution provoquant, peu à peu, une étrange normalisation des physiques et des fils Instragram.

Des selfies pétrifiants de photogénie aux stars de télé-réalité en passant par des chirurgiens faisant leur promo sur Instagram, les réseaux sociaux sont devenus la vitrine – souvent discrète mais de plus en plus assumée – d’une chirurgie qui cherche davantage à atteindre un fantasme de perfection qu'à combattre les effets du temps. Entre l'apparition du selfie, celle des filtres Snapchat et des applications de retouche Instagram, notre vision de nous-mêmes s'est progressivement déconnectée de sa réalité – suis-je encore totalement moi derrière un filtre chien ? La question est au coeur d'enjeux philosophiques mais aussi de conséquences réelles : les chirurgiens esthétiques se disent submergés de demandes de (très) jeunes patients cherchant à « améliorer » leurs selfies ou à ressembler à Kim, Kendall, Kourney ou Emily - des jeunes femmes elles-mêmes adeptes de filtres et de chirurgie.

La véritable nouveauté se joue sans doute ici : au lieu de plébisciter la chirurgie esthétique pour atteindre un idéal de beauté présenté comme naturel, les nouvelles générations y ont recours pour se rapprocher d'un physique connu pour avoir été retouché. Et montrent, au passage, à quel point notre rapport à la beauté s'est virtualisé. « Au Brésil, terre d’élection de la chirurgie esthétique depuis toujours, on a créé un type de femme spécifique, en prenant un peu de chaque groupe ethnique. C’est avant tout une silhouette, avec un bassin étroit, des seins moyens et haut perchés, des fesses rondes et de grandes jambes. » expliquait récemment Henry Delmar, chirurgien et coauteur d'une Philosophie de la chirurgie esthétique. Créature hybride constituée de traits caractéristiques de différents groupes ethniques, le monde moderne aurait donné naissance à une sorte de néofemme, customisable à l'envi via la magie de Photoshop ou par des interventions, définitives, de chirurgie.

Le carton annoncé de Fenty - la marque de lingerie de Rihanna axée sur différents types de morphologies - tend pourtant à montrer que les jeunes générations ne sont pas unanimement touchées par le désir de modifier radicalement leur apparence. Au contraire : malgré la banalisation des actes chirurgicaux, de plus en plus de jeunes femmes se montrent sensibles aux discours marketing les enjoignant à s'accepter telles qu'elles sont. Dans les pas du site de vente en ligne ASOS, plusieurs campagnes de lingerie privilégient l'absence de retouches pour laisser apparaître imperfections et vergetures. Une stratégie visant à séduire des « 18-24 ans particulièrement sensibles au discours des marques » et au poids des injonctions faites aux femmes. Construction marketing ou véritable engagement, ces stratégies révèlent les contradictions flagrantes des discours adressés aux nouvelles générations, prises en étau entre l'impératif de conformité et l'injonction à être elles-mêmes. S'il est encore tôt pour savoir ce que cette schizophrénie dit vraiment de nous, il n'a jamais semblé aussi urgent de lâcher un peu son portable, pour s'aimer un peu plus (et pour de vrai).

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Cet article a été initialement publié sur VICE FR.