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sexe

Coucher avec sa meilleure amie n'est pas forcément une mauvaise idée

En fait, j’ai trouvé quatre bonnes raisons de le faire.

par Violante Segal
18 April 2019, 8:09am

Illustration: Jean-Luc Morin pour VICE FR

Ça fait dix ans que je connais Lauren, huit ans que je me suis dépucelée et sept ans qu’elle aussi. Rétrospectivement, je me rends compte que j’ai eu envie de me la taper à la seconde où je l’ai rencontrée. Et j’ai été patiente puisque c’est arrivé seulement l’année dernière.

Entre nous, il y a eu instantanément une relation d’amour, d’interdépendance et de passion absolue. Si je la trouvais belle, elle me trouvait encore plus belle. Si un garçon m’avait blessée, elle me disait que personne ne pourrait m’aimer autant qu’elle. Si elle se faisait draguer, je trouvais systématiquement qu’il s’y prenait mal. Lauren, il fallait la regarder droit dans les yeux en pensant très sincèrement qu’à ce moment-là, elle était la personne la plus importante du monde. Un homme, une femme, mon père, un cochon d’Inde, une chaise, peu importe, elle aurait eu envie de vous. Et la plus sincère de tous, sans relâche, c’était moi. C’était la personne la plus fascinante que je connaissais.

Dans mon tout petit esprit de jeune fille hétéro – parce que « c’est normal », parce qu’ « aucune fille ne m’a jamais draguée » et qu’en m’offrant des poupées à la pelle quand j’étais enfant, on a souhaité que j’opère une minutieuse distinction des genres – l’homosexualité était exclue. Néanmoins, l’homosexualité avec sa meilleure amie s'envisage-elle ? Enfant, j’embrassais quelques copines et certaines de mes cousines. Il arrivait qu’on aille plus loin. On se déshabillait, on se frottait l’une à l’autre, on se caressait. C’était une orientation sexuelle par défaut. Parce qu’on se faisait confiance et que l’ignorance des parties génitales masculines avait pour effet de nous faire peur.

Ma nounou m’avait un jour surprise et avait complètement flippé, souhaitant sans doute qu’à travers son jugement exagérément prude, j’aie honte de ma sexualité, de son caractère précoce. Néanmoins, j’appris plus tard qu’en dépit du même accablement judéo-chrétien, la totalité de mes amies avaient embrassé et baisé avec leurs copines dès leurs six ans. Le refaire plus tard avec ma vraie meilleure copine n’était qu’une question de temps, une façon de boucler la boucle.

Si l’idée paraît déraisonnable et, au fond stérile, j’y ai quand même trouvé des intérêts.

Avoir une expérience lesbienne

L’un des avantages à être une fille, c’est qu’une expérience lesbienne ne vous catégorise pas directement lesbienne ou bisexuelle. Et, mine de rien, essayer sans s’attendre obligatoirement à remettre sa sexualité en question enlève un poids. Quand on a une sexualité comme la mienne – compulsive, illimitée, non exclusive – on est forcément exposée à au moins une expérience lesbienne. La première fois, c’était dans une boîte de nuit à New York. Une fille bourrée dans la queue des chiottes était derrière moi et je l’ai notamment remarquée parce qu’elle a susurré à mon oreille « I want to fuck the crap out of you ». Je l’ai regardée, apercevant dans le même temps son maquillage ruisselant et le terrain qu’avait perdu sa minirobe sur ses cuisses titubantes, mais j’ai dit « Ok ». Elle m’a sommairement léché la chatte dans un des toilettes et même si la situation comportait un potentiel scénique insensé, c’était nul.

Lorsque Lauren m’a proposé qu’on couche ensemble, c’était chez mon ex. Il était tard, il dormait déjà et je m’étais jointe à lui puisqu’elle était en train de flirter avec un de ses potes dans le salon. Elle est venue me réveiller pour me dire qu’ils essayaient de baiser mais que le mec, alcool et drogues aidant, ne bandait pas. Il avait fini par se barrer en laissant Lauren frustrée. Je suis venue dans le salon et, sans ambages, elle m’a demandé si je voulais baiser avec elle. J’ai dit oui, on a ri trois secondes, nerveusement et par protocole, puis on s’est mise au turbin. La communication portait notre rapport. « Tu veux que je te lèche ? » fut la première suggestion. Ensuite tout s’est fait très naturellement.

Assouvir ma curiosité

J’entendais ses histoires de cul depuis toujours, je connaissais presque tous les mecs qu’elle s’était tapés, je savais qu’elle plaisait et par voyeurisme mérité, je voulais savoir si elle était excitante jusqu’au bout. Pour me comparer aussi, parce qu’on sait jamais vraiment ce qu’on vaut. Avant que le terme « bon coup » devienne pour moi complètement flou et relatif aux rares ambitions d’un squatteur de salles de sport, j’avais très envie d’en être, alors c’était un peu obsédant de savoir comment baisaient les autres. Lauren aimait, à quelques détails près, les mêmes trucs que moi et j’étais soulagée de la voir très rapidement se lâcher. Elle m’orientait, me demandait de l’insulter, de la frapper, de l’évaluer à coups de « tu me trouves bonne ? ». Et je me retrouvais à la traiter de pute, de salope, de chienne. Si j’étais à court après avoir consécutivement prononcé les trois insultes, je changeais de ton ou bien je saignais toutes les combinaisons possibles grâce aux adjectifs « petite », « grosse », « sale » (tout marche), alternant claques et masturbation, tout ça dans une harmonie impeccable. Le goût de sa chatte était neutre, sa peau douce et on a joui chacune plusieurs fois.

Pouvoir le raconter

Et apprendre par ailleurs que je cède naturellement à la tentation superficielle. Celle qui consiste à vivre sa vie pour la partager. Ère du sensationnel oblige. Mais aussi parce que ma vie s’est avérée plus rasoir que prévu et qu’un peu de transgressions sans illégalité ne font pas de miettes. Baiser ma meilleure copine m’a rappelé mon premier joint, mon premier coup de pute, mon dépucelage. C’était bon de revivre, à l’âge où toutes les anciennes entorses sont tolérées, quelque chose d’un peu déconseillé. Pourquoi au fait ? Entendre qu’un rapport charnel puisse amenuiser une relation est une idée reçue. Je crois bien que c’est ce qu’on fait croire aux amis moches, dont la vie sexuelle est un désert évènementiel, pour dire non alors que la vraie raison, c’est le dégoût. Partenaire inébranlable de la camaraderie.

Lauren ne me dégoûtait pas, il n’y avait aucune raison qu’on ne le fasse pas. D’ailleurs c’était tellement anodin qu’on l’a refait une autre fois.

Consolider une amitié

Même si notre relation, son caractère unique, repose sur plein de vécu, de valeurs communes et de contentement, le partage d’un rapport sexuel a donné à cette singularité une marque tangible. Si aujourd’hui, quand je pense à Lauren, le souvenir de cette roucoulade surgit rapidement dans mon esprit, l’intimité avec quelqu’un qu’on aime donne encore plus envie de se comprendre et de se respecter.

Le lendemain, on s’est réveillé comme un jeune couple, enlacées et un peu gênées. Pour rompre le charme, on est allé déjeuner dehors et on a commandé les trucs les plus gras qu’on pouvait trouver. J’ai trouvé qu’on irait bien ensemble alors je lui ai dit. Je lui ai dit que j’aurais pu tomber amoureuse d’elle mais elle a balayé l’idée d’un revers de la main et tout est redevenu normal.

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Cet article a été initialement publié sur VICE France.