On a parlé de Woodstock 2019 à ceux qui étaient à Woodstock en 1969

« On a tous trop pris de drogues. Je ne me rappelle pas beaucoup du premier, mais je me rappelle que c’était magique. Celui-là ne me semble pas magique. »

|
11 April 2019, 1:00pm

Festivaliers à Woodstock en 1969 (Photo par Ralph Ackerman/Getty Image

Il est difficile de croire que les baby-boomers ont déjà fait partie de la contre-culture qui a défini les années 60, vivant selon le crédo « sexe, drogue et rock’n’roll », contre lesquels ils ont pesté plus tard dans leur vie. Et s’il y a un événement emblématique de la génération hippie, c’est bien Woodstock, le festival de trois jours qui a eu lieu dans les montagnes Catskill et où se sont rassemblés 400 000 d’entre eux en 1969.

Woodstock occupe une place particulière dans l’histoire culturelle américaine, et, depuis que l’industrie des festivals engrange des milliards de dollars, il n’y a rien d’étonnant à ce que ses créateurs aient tenté de reproduire la magie de ce week-end-là à quelques reprises. Alors que le cauchemar de relations publiques qu’a été Woodstock 1999 est tout sauf oublié et que les jeunes sont fatigués de voir les mêmes artistes sur toutes les affiches, les organisateurs mettent le paquet pour que le Woodstcok du 50e anniversaire, qui aura lieu du 16 au 18 août, soit retentissant. La programmation, avec des légendes comme John Fogerty et des icônes d’aujourd’hui comme Jay-Z, a circulé, et les réactions ont toutefois été mitigées. Est-ce qu’une programmation de toute évidence faite pour attirer à la fois le public de Coachella et celui de « Oldchella » peut s’aliéner les deux générations ?

Pour avoir une meilleure idée de l’effet du 50ème anniversaire, on a parlé à des baby-boomers qui étaient au Woodstock de 1969. Ils ont été heureux de donner leur opinion sur le choix des artistes, de comparer le Woodstock original à ce que pourrait être le nouveau Woodstock, et de nous dire si cette tentative de susciter la nostalgie les incitera à y participer.

« Pour être honnête, je ne sais pas du tout qui sont ces artistes. J’ai vu que Melanie était sur le line-up. Les Dead aussi alors qu'ils n’étaient même pas là lors de l’original. Country Joe y sera, mais sans Fish. Ça va attirer une autre génération.

« Les installations seront sûrement meilleures. J’espère que les jeunes vont profiter du personnel médical. Lors du festival de 1969, je boitais quand je marchais, et je savais que j’avais quelque chose dans le pied, alors je suis allée à la tente médicale et on m’a enlevé une épine dans le pied qui était déjà en train de former un abcès.

« La nourriture sera sûrement meilleure. Il n’y en avait pas assez en 69. Joan Baez avait apporté un truc au fromage bleu en coulisse et personne ne voulait le manger, alors elle l’a lancé dans la foule et tout le monde s'est battu pour avoir un morceau. Ils étaient tous affamés.

« Je ne sais pas s’ils vendent des billets VIP pour cette édition-ci. Les gens que je connais vont vouloir y aller avec un camping-car pour s'offrir plus de luxe. Je ne vais pas passer trois jours dans la boue. Je vais passer mon tour. »

-Lois Weiss, New York, New York

« Je suis assez impressionné. Dans cette programmation, il n’y a que quelques noms de mon époque que je reconnais. Santana, Robert Plant, Fogerty, Melanie. Les plus jeunes artistes ? Comme je dis, je suis à fond dans la musique. J’écoute Spotify tout le temps. The Killers, The Lumineers… OK, je connais beaucoup de ces groupes. Maggie Rogers, j’aime ça. On a Portugal the Man, Gary Clark Jr. – je l’adore. Et le troisième jour, qui ne connaît pas Jay-Z, Imaginary Dragons [sic] et Halsey ? Encore une fois, ce sont des artistes que j’écoute. J’aime beaucoup de styles différents. Certains par contre, comme Larkin Poe, je ne sais pas du tout qui c’est.

« Pour être honnête, il y a toujours un peu de baston lors des concerts. Il y avait de l’alcool là-bas [au premier Woodstock] et j’avais juste 16 ans. J’ai essayé la weed et d'autres choses. Je ne dis pas que j’étais un ange, mais je n’ai pas été plus loin en ce qui concerne la drogue. Les gens vous refilent toutes sortes de choses dans ces concerts, par contre. Mais même si vous me donnez des places gratuites, non, je n’irais pas. J’ai plus peur des jeunes d’aujourd’hui. Tu regardes quelqu’un d’une façon qu’il n’aime pas et il va vouloir se battre avec toi.

« Par contre, c’était génial, et j’espère que les gens pourront vivre ce que j’ai vécu. »

- Chuck Iasillo, West Chester, New York

woodstock 1969
Woodstock 1969. Image : Arthur Edelmann

« En regardant cette listes de noms, je vois qu’il y a bien sûr des artistes comme Miley Cyrus qui sont de grosses célébrités. Pour ce qui est des plus vieux noms, je me dis : « Wow, ils vont vraiment en être ? Ils donnent encore des concerts ? » Country Joe, Canned Heat étaient là. Il y a beaucoup d’artistes que je ne connais pas, par contre. C’est vraiment chouette qu’il y ait beaucoup d’artistes de la vieille génération à côté des plus jeunes, parce que la musique a beaucoup changé en cinquante ans. Ça, c’est sûr.

« Ce qui est chouette dans ces concerts, c’est en partie qu’on voit beaucoup d’artistes qu’on ne connaît pas. Disons que tu vas voir David Crosby and Friends, mais que tu restes pour voir les groupes qui suivent, Dawes ou Edward Sharpe and the Magnetic Zeroes. J’ai l’impression que si on aime la musique, on va aussi aimer d’autres artistes.

« Notre génération, les baby-boomers, on est nombreux, et c’est la première fois qu’on est tous sortis pour quelque chose, alors c’était une surprise totale. Personne ne savait à quoi s’attendre. Je me rappelle que j’étais assis dans mon auto et que je regardais la foule. C’était incroyable quand j'ai entendu à la radio que Woodstock était temporairement la deuxième ville la plus peuplée de l’État et qu’elle était déclarée zone sinistrée. J’ai du mal à imaginer qu'une telle chose puisse se reproduire, autant de gens qui campent quelque part.

« Je suis sûr que la nouvelle édition sera remplie d'installations dont on ne disposait pas à l'époque, surtout des installations sanitaires. Il n’y avait pas grand-chose. Après deux ou trois jours, on commençait à avoir besoin de prendre une douche. Je me rappelle avoir demandé autour de moi s’il y en avait une, et quelqu’un m’a répondu : « Non, il n’y a pas de douche, mais il y a un étang là-bas où on peut se baigner à poil. » Alors on est allés jusqu'à cet étang, et je dirai juste que j’aimerais avoir cet étang au paradis. Je n’ai jamais vu autant de femmes nues dans ma vie et je ne reverrai sans doute jamais ça.

« Je ne pense pas qu’ils distribuent des drogues aujourd’hui comme ça a été le cas dans le temps. Je me rappelle que j’étais assis dans un autobus scolaire, la moitié des sièges avaient été enlevés et il y avait des matelas à l’arrière; un gars est passé dans l’allée en énumérant ce qu’il y avait à son menu, mescaline, LSD et tout le reste. Ça a été mon premier trip. »

- Arthur Edelmann, Eugene, Oregon

woodstock
Woodstock. Image : Arthur Edelmann

« C’est une programmation impressionnante, mais je dois confesser que je ne connais pas tous les artistes. On dirait que les organisateurs ont voulu plaire à un large public.

« J’ai l’impression que c’est important d’écouter de la musique en concert, pas en streaming, alors je suis en faveur des artistes qui donnent des concerts et du soutien du public.

« Lors du Woodstock original, c’était une époque et un lieu musicalement absolument explosifs. Je ne pense pas que ça peut être reproduit, et on fait honneur à cette époque en n’essayant pas de la reproduire. À la place, on peut réfléchir à la magie que ça a été, et soutenir les nouveaux artistes qui ont quelque chose à dire à propos de nos vies et notre époque.

« Et donc, je n’irai pas à ce 50e anniversaire, mais j’affectionne mes souvenirs de mon séjour à Woodstock. J’étais une jeune fille de 14 ans qui se retrouvait sans le savoir dans cette ferme et qui se baladait seule, qui se sentait en sécurité dans l’univers de la musique et avec des personnes qui étaient tellement amoureuses de la vie, tous avec l’espoir que le monde soit prêt pour le changement. »

- Brenda Stevenson, Sturgeon Point, Ontario

woodstock
Woodstock. Photo : Jeanne Bertsch (à droite)

« Je ne connais aucun de ces nouveaux artistes, et je suis quelqu’un qui écoute toujours de la musique ! Portugal, en voilà un. Janelle Monae, je l’aime beaucoup. La plupart sont des rappeurs, non ? Je connaissais chacun des groupes au premier concert. Je les aimais tous. Là, je n’en connais peut-être même pas la moitié. J’ai 71 ans. Ce n’est pas ma génération.

« Si j’y allais, ce serait le premier jour. Le deuxième, il y aura The Dead, j’ai vécu avec The Grateful Dead et je n’étais pas une grande fan. Ils ne sont plus parmi nous de toute façon. Je me rappelle avoir dû aller à la tente des overdoses pendant un moment. On a tous fait une surdose là-bas. Je ne me rappelle pas beaucoup de la première édition, mais je me rappelle que c’était magique. Celui-là ne me semble pas magique. Ça a l’air trop planifié. Ça me fait penser à Coachella, contrairement à Woodstock. »

- Jeanne Bertsch, Los Angeles, Californie

Ne ratez plus jamais rien : inscrivez-vous à notre newsletter hebdomadaire et suivez VICE Belgique sur Instagram.

Cet article a été initialement publié sur VICE US.