Voilà ce qui arrive quand on prend 550 doses de LSD d’un coup

Les surdoses de LSD ne sont pas une partie de plaisir. Mais pour certain·es, les conséquences peuvent se révéler étrangement bénéfiques.

par Troy Farah
09 March 2020, 11:48am

Hayden Williams/Stocksy

Le 20 juin 2000, des jeunes célèbrent le solstice d’été quelque part au Canada. Vers 10 heures du soir, une vingtaine de personnes ingurgitent des verres d’eau mélangée à du LSD. Une erreur de calcul leur fait avaler 10 fois la dose prévue. Les douze heures suivantes, iels sont embarqué·es dans l’une des plus intenses expériences de leurs vies, l’une de celles qui vous change la vie à tout jamais.

Au gramme, le LSD est plus puissant que la plupart des drogues à usage récréatif. Alors que pour la majorité des drogues, comme la MDMA ou la cocaïne, on ressent les effets au milligramme, ceux du diéthylstilbestrol se manifestent au microgramme, c’est-à-dire à un millionième de gramme. En moyenne, une dose de LSD est de 100 microgrammes.

Lors d’un trip au LSD, qui peut parfois durer jusqu’à 12 heures, voire plus, la fréquence cardiaque augmente, les couleurs et les sons sont intensifiés ainsi que la perception du temps. La molécule de LSD – qui imite la sérotonine – a une sorte de « couvercle » qui se fixe sur les récepteurs de sérotonine, ce qui explique que ça peut durer des heures. C’est pour ça qu’une microdose peut être si puissante.

Comme il faut très peu de LSD pour en ressentir des effets, il est très facile de faire une surdose. Mais que se passe-t-il quand on en prend des quantités extrêmes ? C’est la question que se posent Mark Haden, directeur général de MAPS Canada, et un professeur de l’Université de Colombie britannique, dans un rapport qui examine les cas de consommation extrême de LSD. Leur étude a révélé des résultats édifiants pour la santé.

L’un des cas examinés dans l’étude de Mark Haden était celui d’une jeune fille de 15 ans aux troubles bipolaires. Elle faisait partie des 20 personnes qui ont accidentellement pris une surdose d’acide lors de la soirée du solstice d’été au Canada. Elle a pris la bagatelle de 1100 microgrammes. Pendant six heures, elle était complètement incohérente. Elle s’est allongée sur le sol en position fœtale en serrant fermement ses bras sur elle-même. Ses ami·es ont cru qu’elle faisait une crise et ont appelé une ambulance, même s’il était difficile de savoir si elle faisait vraiment une crise, si elle s’était évanouie ou si elle était perdue dans cette bouleversante expérience.

Le lendemain matin, son père est allé la voir à l'hôpital. Et c’est là qu’elle lui a dit : « C’est terminé. » Il pensait qu’elle parlait du trip à l’acide, mais elle l’a contredit. Non, pas le trip, mais la maladie bipolaire, à l’origine de ses crises quotidiennes. Elle avait l’impression d’être guérie. Une semaine plus tard, il n’y avait toujours pas de signe de ses symptômes habituels. Les docteurs ont suivi ses progrès durant une année entière, et 20 ans plus tard, elle n’avait toujours pas eu de nouveaux accès de dépression ou de bouffée délirante, mis à part une dépression post-partum. En reparlant de la surdose de LSD, elle a raconté que c’était comme si son cerveau avait été « réinitialisé ».

Haden a été fortement impressionné, non seulement par la disparition de ses symptômes, mais aussi par le fait qu’une dose aussi élevée ait pu se révéler positive. Son rapport, publié dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs, mentionne un autre cas de cette fameuse soirée du solstice. Il s’agit d’une femme de 26 ans, qui n’avait bu que la moitié d’un verre, soit 500 microgrammes de LSD. Sans le savoir, elle était enceinte de deux semaines. On n’a pas remarqué de complication lors de l’accouchement et son fils, qui a maintenant 18 ans, est un jeune étudiant tout à fait sain d’esprit.

Mais voici le cas le plus frappant de l’étude date de 2015 : une femme de 46 ans, alias CB, avait des douleurs chroniques causées par la maladie de Lyme. Un jour, elle a sniffé de la poudre blanche en pensant que c’était de la cocaïne. Quinze minutes plus tard, elle a réalisé que quelque chose n’allait pas et elle a appelé son colocataire, qui lui a appris qu’elle avait inhalé du LSD.

« Après sa surdose de LSD, non seulement sa douleur s’était évanouie, mais elle ne ressentait aucun symptôme de sevrage pour tous les opiacés qu’elle avait pris »

Bien que, d’habitude, le LSD se prenne en « papier-buvard », petit morceau de papier aspergé d’un peu d’acide liquide clair et inodore, la drogue peut aussi se trouver sous forme de poudre blanche, facile à confondre avec d’autres drogues puissantes. Le colocataire de CB a pesé ce qui lui restait de poudre et a estimé qu’elle avait sniffé environ 55 milligrammes, 550 fois la dose moyenne, assez pour faire planer une école entière. C’était un trip monstrueux, une montagne russe de 34 heures.

Les douze premières heures ont été infernales. Elle les a passé à s’évanouir et à vomir régulièrement, alors que sa colocataire veillait sur elle. Les douze heures suivantes, CB a dit se sentir « agréablement perchée », assise sur une chaise, « l’écume aux lèvres, prononçant de temps à autres des mots, régulièrement agrémentés de vomissements », écrit Haden.

Quand enfin, 10 heures plus tard, les effets de la drogues se sont estompés, CB se sentait normale, et sa douleur chronique avait complètement disparu. Depuis sept ans, elle prenait tous les jours de la morphine pour apaiser ses symptômes de la maladie de Lyme. Après sa surdose de LSD, non seulement sa douleur s’était évanouie, mais elle ne ressentait aucun symptôme de sevrage pour tous les opiacés qu’elle avait pris.

CB a arrêté de prendre de la morphine pendant cinq jours, puis sa douleur est revenue. Elle a ensuite réduit sa dose d’opiacés et a commencé à prendre des microdoses de LSD (environ un quart de la dose ordinaire, soit 25 microgrammes) tous les trois jours pendant quelques années avant d’arrêter complètement la morphine en janvier 2018, encore une fois, sans symptômes de sevrage.

Il existe des preuves que les psychédéliques comme le LSD peuvent traiter la douleur parce que ce sont des drogues anti-inflammatoires. Mais Haden a été surpris de voir que le LSD pouvait également faire disparaître les symptômes de sevrage aux opiacés. « J’ai entendu dire que le LSD pouvait être aider au sevrage, mais je n’ai jamais vu de preuve », a-t-il dit. On n’a presque pas de preuves que le LSD aide les personnes ayant des troubles bipolaires, encore moins que ça puisse les « soigner ». Dans son livre sur son expérience du microdosage intitulé A Really Good Day (Une très belle journée), Ayelet Waldman prétend que le microdosage de LSD l’a aidé à gérer ses sautes d’humeur. En Suisse, des essais cliniques recherchent des volontaires pour voir si le LSD peut aider les personnes ayant des troubles bipolaires. A part ça, il n’y a pas grand chose.

Le trip de CB est la plus intense surdose de LSD enregistrée et c’est peut-être bien la première fois que quelqu’un sniffe du LSD en croyant que c’est une trace de coke. Dans un rapport de 1972 publié dans le Western Journal of Medicine, quatre hommes et quatre femmes ont sniffé deux traces de poudre blanche qui contenaient de l’acide et non de la cocaïne. Il est difficile de dire avec exactitude combien iels en ont pris, mais des prises de sang ont estimé que c’était entre 1000 et 7000 microgrammes par millilitre. Ce qui fait entre 260 et 2100 doses de LSD.

Dix minutes plus tard, iels étaient tou·tes aux urgences. Cinq d’entre elleux ont fait un coma, alors que les autres étaient « extrêmement hyperactifs avec des hallucinations visuelles et auditives sévères », selon le rapport. Trois patient·es ont arrêté de respirer et ont été mis sous respirateur artificiel. Parmi les autres symptômes, on compte la diarrhée, des vomissements, la formation de caillots sanguins et de la fièvre (c’est peut-être la cocaïne – qu’iels avaient également ingérée – qui a causé les saignements).

Les huit patient·es ont survécu, et moins de 12 heures plus tard, iels étaient tou·tes complètement remis·es sur pied, sans aucun souvenir d’être passé par la case « hôpital ». Les responsables de l’étude ont déclaré qu’ « après un an de suivi des cinq patient·es, il n’y a apparemment eu aucun effet négatif psychologique ou physique. La plupart des patient·es ont continué à consommer du LSD de manière intermittente. »

Bien qu’il n’y ait pas de mort enregistrée directement à cause du LSD, les auteurices ont estimé qu’une dose létale de LSD tournerait autour de 14000 microgrammes. Il arrive de prendre une quantité trop importante d’une substance psychédélique et de se jeter sur la route ou par la fenêtre. Il est également possible de mourir d’overdose avec des drogues comme le 25I-NBOMe, qui ressemble à un buvard d’acide, mais peut être mortel, d’où l’importance de savoir quelle drogue on prend.

Dans l’ensemble, l’étude nous indique qu’il n’est pas dangereux de prendre du LSD, ce qui est régulièrement confirmé par les essais cliniques. « C’est un produit remarquablement sûr. C’est inhabituel », a dit Haden. « Albert Hofmann, [le premier scientifique à avoir synthétisé du LSD en 1938], a dit que c’était l’une des drogues les moins toxiques de la planète et cela correspond à ce que David Nutt dit sur la toxicité des drogues. Voilà une autre raison pour laquelle ça ne devrait pas être criminalisé - c’est remarquablement non-toxique.

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Cet article a été publié sur VICE US.

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