Awful Records, Atlanta. 

Ce photographe a envoyé des dizaines d’appareils jetables dans le monde entier

Sur son site, Jamaal Davies a publié tous les clichés qu'il a reçu en retour. Un récit pluriel, réaliste et sans frontières.

|
juin 12 2018, 8:53am

Awful Records, Atlanta. 

Cet article a été traduit par i-D France.

Une tête de mannequin posée sur une table à Chicago, une barbe à papa à Abu Dhabi, un rappeur masqué sur une scène londonienne – les images partagées sur Diary of Disposables présentent un récit visuel et intime qui dépassent les frontières et les cultures. Les différents albums photos partagés sur le site sont autant de fenêtres sur les vies éclectiques d’artistes venant du monde entier : de la Suède, la Thailande, à l’Angleterre en passant par le Sierra Leone. En 2015, dans la cave de l’appartement de sa tante à Washington DC, Jamaal Dabies a commencé à envoyer des appareils photo jetables à des artistes du monde entier avec des instructions très simples : documenter leurs vies pendant sept jours et lui renvoyer la pellicule afin qu’il puisse partager le résultat sur son site.

« Toutes ces histoires me tiennent particulièrement à cœur, » explique David à i-D. Actuellement basé à New York, il travaille en tant que photographe et vidéaste tandis que Nosidam, son binôme artiste et DJ, tient le bureau de Chicago. « Je pense à la façon dont j’ai été amené à rencontrer ces gens ou à entrer en contact avec eux. Chaque série d’images a une histoire différente, c’est beau. Elles sont uniques, chacune à leur manière. » Après avoir développé plus de 10 000 images en trois ans, Davies a réussi à dépeindre un joyeux panel d’individualités. Plusieurs dizaines de Djs, musiciens et photographes, de cultures et de générations différentes se sont prêtés au jeu. Ashani, Lloyd Foster, Vicky Grout et CJ Harvey ont participé au projet, et Mick Jenkins et Young M.A sont passé devant l’objectif.

Lloyd Foster, Sierra Leone

VICE : Comment ce projet a-t-il commencé ?
Jamaal Davies : Je travaillais à D.C dans la galerie de ma tante. J’étais très investi dans la photographie à ce moment-là. La plupart de ma famille était en Guyane. Je viens d’Afrique de l’Ouest donc j’ai beaucoup de famille là-bas. J’étais curieux, je me demandais ce que faisaient mes amis. J’étais à la galerie, je n’étais pas très bien payé et je me souviens qu’après avoir reçu mon premier salaire, j’ai acheté dix appareils photo que j’ai envoyés par la poste. Je voulais savoir ce que faisaient les gens aux quatre coins de la planète.

Nosidam, SXSW.

À qui as-tu envoyé ces appareils en premier ?
J’ai envoyé les dix premières à un pote DJ qui allait à l’Université de New York et à un autre qui travaillait dans une galerie d’art à Chicago. Ensuite, un appareil est parti en Inde et un autre chez moi, en Guyane. Je suis entré en contact avec tous les gens que je connaissais qui bougeaient à travers le monde. Au début, je voulais me rendre moi-même dans tous ces endroits mais j’ai compris que c’était impossible. Je donnais des instructions aux gens, je me disais « si je donne aux gens cet appareil, je ne sais pas ce qu’ils vont en faire. » Donc j’ai tapé à l’ordinateur et j’ai pris un marqueur, j’ai commencé à étiqueter tous ces appareils et les emballer, les envoyer, et puis plus rien. Je me suis dit « Il ne se passe rien ». Je vivais chez ma mère à l’époque et un jour, quand je suis rentré elle m’a dit « il y a 10 appareils qui t’attendent sur le pas de la porte ».

Mike, Hong Kong

Qu’est ce que tu as ressenti quand tu as développé les premières pellicules ?
C’était dingue. Probablement l’une de mes plus grandes joies. Je suis photographe donc je sais comment développer une pellicule. Se retrouver dans une chambre noire et assister à ce procédé est hyper excitant, c’est probablement dans mon top 5 des choses qui me rendent le plus heureux au monde. Mais quand je développe une pellicule qui n’est pas la mienne, j’ai le sentiment de revivre l’histoire du photographe, de retracer son voyage, ses sept derniers jours. Être capable de dépasser cette excitation et faire naître ces photos, être la personne qui les publie me procure un sentiment génial.

Quelle importance accordes-tu au fait de révéler des histoires qui dépassent les frontières ?
Au début, j’ai eu un vrai retour de bâton parce qu’évidemment, il se dégage quelque chose de très intime de ces photos. C’est loin d’être nouveau mais j’aime l’aspect organique de ce type de photo, il y a quelque chose de très pur. J’ai donné des appareils à mes tantes qui ont la quarantaine alors qu’elles étaient sur le point de voyager dans leur pays d’origine et elles ont pris le même plaisir qu’un gamin de 17 ans lâché dans un skatepark. Des gens m’ont dit « Depuis que j’ai touché cet appareil, j’ai envie de me mettre à la photographie » ou « ça m’a donné envie de me remettre à la peinture. »

Bryan Allen Lamb, Chicago

Est-ce que certaines images t’ont semblé trop provocantes pour les diffuser ou est-ce que tu partages tout ?
Il n’y a jamais rien eu d’offensant mais c’est vrai qu’il y a eu pas mal de nudité. Des trucs bizarres, différents styles de vie quoi. Si c’est ce que tu photographies, si c’est que tu vois dans ta vie de tous les jours, qui suis-je pour juger ça ? Si c’est l’ambition d’Instagram ou d’internet, tant pis, mais ce n’est pas ce dont j’ai envie – je préfère être brut, organique.

Leah Solomon, Érythrée.
Chaque album apparaît comme un chapitre distinct. Que penses-tu du récit que tu as construit jusqu’ici ?
Tout tourne autour des histoires ; c’est une plateforme qui permet aux gens de raconter leur histoire. Si je ne donnais pas ces appareils photo à mes petits-cousins d’Afrique et de Guyane, personne ne pourrait savoir ce qu’ils font, alors qu’eux aussi sont importants. Ils font des trucs géniaux, comme construire des skateparks en Afrique de l’Est. Comment faire plus cool. Je pense que le monde a besoin de voir ça – pas parce que c’est cool, mais parce qu’on peut les aider, les financer, réaliser leurs rêves, filer un petit coup de main. J’aimerais que ça devienne une plateforme de networking – si tu es intéressé par telle ou telle chose, on te met en contact avec la personne en question et vous pouvez communiquer. On s’en fiche du nombre de followers Instagram ou de qui tu connais. En clair, si tu fais quelque chose de cool dans ta vie et que tu penses que le monde doit le savoir, publions-le et montrons-le au monde.
Syd Lomax, Californie.
Haymei Tesfaye, Éthiopie.
Deeper Band, Chicago.
Vicky Grout, Londres.
Mark Custer, New York.

Pour plus d’articles comme celui-ci, inscrivez-vous à notre infolettre.

Pour plus de Vice, c’est par ici.

Plus de VICE
Chaînes de VICE