Photo par Nena Langloh.

Avec l'étudiant néerlandais qui a réalisé un film sur la jeunesse de Bruxelles

« J'ai toujours pensé que j'étudierais dans une ville étudiante typique et calme. Pas dans un endroit aussi brut qu'ici. »

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nov. 7 2018, 3:42pm

Photo par Nena Langloh.

Short is the new black. Il suffit de regarder les voitures citadines, les week-ends short-ski et les cheveux des meufs. Et aussi Meli Melo, le court métrage que l’étudiant néerlandais Julian Wolf vient de sortir. Un court métrage bien meilleur que la plupart des longs formats qu'on a pu voir cette année sur les grands écrans de cinéma. Et c'est important. Notamment parce que les projets de fin d'études se soldent souvent par des exercices de style farfelus sur le thème de la masturbation. Meli Melo n'en fait pas partie. Ce film sur la jeunesse bruxelloise - les vieux médias parleront de zonards - est réaliste, amusant et swing comme une barbie Elvis sur le tableau de bord d’un pick-up. C'est donc en toute logique que le Film Fest de Gand l'a sélectionné comme l'un des dix meilleurs films étudiants. Cette semaine, le Festival international du court-métrage de Louvain leur a emboîté le pas.

On a rencontré Julian à Bruxelles pour discuter de caucasiens en djellabas, de la manière dont il a appris le français en tant que Néerlandais et ce que ça fait de traîner avec Jay MNG et Zwangere Guy.

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Screenshot du film de Julian 'Meli Melo'.

VICE : Salut Julian, en tant qu'étudiant en cinéma aux Pays-Bas, comment as-tu fait connaissance avec la jeunesse bruxelloise ?
Julian : Je suis ici en kot, pas loin du Nouveau Marché aux grains et je suis simplement allé me poser sur la place. Fumer des clopes avec des types et parler hip-hop. C'est ainsi que j'ai connu l'un des side rappeurs de Jay MNG. Après, je les ai accompagnés dans des maisons de jeunes, des tournois de FIFA, ce genre de choses. À Cinq-quatre [Sainte-Catherine, ndlr.] j'ai traîné avec pas mal de b-boys. Il ne faut pas croire que je me suis toujours senti à mon aise et chez moi, mais je voulais tout savoir de ces gars.

« J'avais besoin de quelqu'un qui comprenne et sache parler de Bruxelles, qui le fasse paraître aussi réel que possible. »

C'est l'une des raisons pour lesquelles Arber Aliaj, qui joue le rôle de Mo, était si important pour le film. J'avais besoin de quelqu'un dont la colonne vertébrale, c'est Bruxelles. Quelqu'un qui comprenne et sache parler de Bruxelles, qui le fasse paraître aussi réel que possible. C'est également via Arber que je suis entré en contact avec Zwangere Guy, parce qu'ils ont grandi ensemble.

Tu as utilisé trois morceaux de Zwangere Guy et Mo rappe un morceau de Caballero & JeanJass à un moment donné. Tu as simplement demandé à ces artistes si tu pouvais utiliser leur musique ?
Oui, j’ai téléphoné à Zwangere Guy pour lui dire que je voulais absolument que des artistes bruxellois soient dans mon film et il a trouvé ça cool. Je lui ai montré le film entre-temps. Il a bien aimé, mais il aurait voulu qu'il y ait encore plus de ses morceaux dedans (rires).

Demain a lieu la première à Gand. Ça va, le niveau de stress ?
Je suis en train de terminer la préparation technique. Il y a énormément à faire pour présenter ton film de fin d'études dans une si grande salle de ciné. Il y a une capacité de 600 personnes, 598 pour être précis. Malheureusement, ils ne seront pas là uniquement pour moi, mais aussi pour les neuf autres projets de fin d'études sélectionnés. Je n'oserai probablement pas regarder mon film lors de la projection, ça me rend nerveux. J'ai fait pareil pendant mon jury. J'écoute juste les réactions, je vérifie s'il y a des rires, même si au final ça ne veut pas dire que le film est apprécié.

« Il y a bien sûr la barrière de la langue. Dans mon snack habituel rue Dansaert, je n'ai jamais été plus loin qu'une conversation sur le foot. »

Ton film est assez drôle. C'est rarement le cas pour des projets de fin d'études.
La LUCA School of Arts a en effet tendance à être très arty, bien qu'Adil & Bilall [réalisateurs de Black, Patser et du nouveau Bad Boys, ndlr] sortent également d'ici. Ce n’est pas nécessairement un exemple que je voulais suivre, mais comme pour eux, le jury a trouvé que mon film était rafraîchissant.

Et maintenant, tu es sélectionné pour le Film Fest.
En réalité, le choix des dix meilleurs films d’étudiants était déjà fait, mais j'ai quand même envoyé le mien à la dernière minute. On pourrait dire que quelque part en Flandre, un jeune cinéaste a été évincé à la dernière minute par un petit Néerlandais.

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Julian (à gauche) sur le tournage de Meli Melo, sur la même place où a eu lieu l'interview | Photo pas Louise De Groef.

Comment ça se fait qu'en tant que Néerlandais, tu as débarqué à Bruxelles ?
Ça s'est aussi fait en dernière minute. L'admission dans les écoles de cinéma néerlandaises a lieu des mois à l'avance et j'étais vraiment trop à la bourre. Ma mère m'a dit que je pouvais toujours m'inscrire en Belgique. Au début, je pensais qu’il serait assez difficile de m’acclimater à Bruxelles, car j’avais toujours souhaité étudier dans une ville étudiante typique, calme, et pas dans un endroit aussi brut que celui-ci. En plus, il y a barrière de la langue. Dans mon snack habituel, le Midi Minuit rue Dansaert, je n'ai jamais été plus loin qu'une conversation sur le foot.

« Pendant l'écriture, j'ai utilisé le flamand et le peu de marocain que je connaissais des Pays-Bas. Dans le film, c'est devenu un mélange de français, de flamand, de marocain, de surinamien et de lingala. »

Mais ton film est presque entièrement en français. Pourquoi t'es-tu compliqué les choses à ce point ?
Parce que je voulais vraiment faire un film sur cette ville. Un film qui semble naturel. Au cours de l'écriture, j'ai utilisé le flamand et le peu de marocain que je connaissais des Pays-Bas. Par la suite, les acteurs ont beaucoup traduit et reformulé mes dialogues. Du coup, on obtenait des déclarations du style « Quelles dingen ? ». Je reconnaissais le script, mais pas les mots exacts et les phrases qu'ils prononçaient. Lors du montage, on devait souvent me traduire des passages. Ce mélange de français, flamand, marocain, créole surinamien et lingala est également ce à quoi le titre fait référence. Meli Melo, ça veut dire mélange. En fait, ce film, c'était mon premier vrai cours de français.

De quoi parle le film ?
De la quête d’une génération extrêmement diverse. De toutes ces identités différentes qui cohabitent dans une ville qui semble leur appartenir, alors que ces mêmes personnes respectent chacune leurs traditions propres devant leurs parents ou à la maison.

Penses-tu que la jeunesse est vraiment diverse ou tu espères plutôt que ce soit le cas ?
Je sais qu'il y a encore beaucoup de séparations et de clivages, mais je vois que dans le monde du hip-hop - qui a également une place dans le film - ce méli-mélo est vraiment réel. J'ai tourné des clips avec le rappeur bruxellois Jay MNG et j'ai un peu traîné avec le Six 'O Clock Gang. Cette scène rap est vraiment très mixte, et toutes les langues y sont mélangées.

Tu évoques aussi l'appropriation culturelle dans ton film, lorsque par exemple Eva, la flamande, met un voile pour Mokhtar et que Félix veut acheter une djellaba.
Je connais un garçon qui a déjà offert un foulard à sa petite copine. L'idée vient de là. Dans le scénario initial, Mo offrait un foulard à Eva, après quoi elle sortirait nue de la salle de bain et marchait jusqu'au foulard, mais c'était trop cliché. Maintenant, c'est elle qui a pris l'initiative et le foulard est une surprise pour Mo. On a tourné les deux versions et on a décidé ensuite. Au final, je voulais juste une femme nue avec un foulard dans mon film.

Et en ce qui concerne cette djellaba, je l’ai achetée moi-même. Le personnage de Félix a donc quelques ressemblances avec moi. Je voulais au départ que Félix soit un « vrai petit blanc », mais comme ça a été trop compliqué de s'arranger contractuellement avec les acteurs à qui j'ai parlé dans la rue, j'ai rencontré Samy Filali, via Arber, qui a des racines espagnoles et tunisiennes.

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Screenshot de 'Meli Melo'.

Samy n'est pas vraiment un acteur, mais il était très doué pour le personnage. Il oubliait généralement le texte avant de le faire à sa manière. Ça s'est toujours bien passé. Arber et Samy ont beaucoup discuté, de sorte qu'une certaine alchimie s'est créée sur le plateau. Parfois, je les laissais simplement faire et je ne criais pas le cut à la fin d'une scène. Ça donnait souvent de chouettes trucs.

« Je pense qu'il y a encore beaucoup à dire sur cette génération de jeunes bruxellois. Peut-être qu'on devrait essayer d’en faire une série. »

Quels sont tes projets avec ce film ?
J'essaie actuellement d'être sélectionné pour de grands festivals étrangers ou d'organiser une première, comme Cannes, Berlin ou San Sebastian.

Arber et moi, on pense qu'il y a encore plus à tirer de ce film. Il est constitué d'idées éparses, de scènes ponctuelles, de choses que j'avais vécues à Amsterdam, inspiré de trafiquants de drogue et de types pas nets que je connaissais là-bas. On semble donc tomber au milieu d'une histoire et soudainement on en sort pour rentrer dans une autre. D'un côté, le montage du film a été très difficile, car il fallait tout faire tenir dedans. Il y avait tellement de scènes différentes. De l'autre, je pense qu'il y a encore beaucoup à dire sur cette génération de jeunes bruxellois. Peut-être qu'on devrait essayer d’en faire une série. Qu'importe ce que je fais par la suite, je veux continuer à travailler avec un mélange d'acteurs expérimentés et inexpérimentés.

Vas-tu rester vivre à Bruxelles maintenant que tu as terminé tes études et ton film ?
Ma copine fait des visites guidées à Amsterdam pour le moment, donc c'est un peu touchy, mais elle va sans doute faire des visites à Bruxelles dans un futur proche. J’ai construit un réseau ici, trouvé une équipe et je me suis fait des amis. Alors oui, je vais rester à Bruxelles pendant un moment.

Meli Melo sera à voir lors du Festival du court métrage de Louvain, du 1er au 8 décembre.

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Screenshot de 'Meli Melo'.
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