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Sexe

On a discuté avec des « Size Queens », celles pour qui la taille compte

« C’est curieux, mais ça me remplit de fierté. J’adore quand on me traverse de part en part. » Oui, elle parle effectivement d'une bite.

par Richard Greenhill
05 November 2018, 9:21am

Image via Shutterstock.

Une journée de travail comme les autres pour Alicia*. Quoique. Elle fait la connaissance d’un arboriculteur freelance qui lui donne sa carte de visite. « Appelez-moi si vous avez besoin de planter un gros arbre. » Gros comment ? 22 centimètres, à vue de nez. Aucun doute, cet Américain de 35 ans aime son métier et il plante son arbre comme personne. Alicia se rappelle : « La fellation et les gorges profondes, ça m’a toujours faite kiffer. Alors, avec un engin pareil, c’était le pied ! Je pouvais la tenir à deux mains pendant qu’il me la fourrait dans la bouche. Un vrai challenge. Je sentais glisser son sexe dans ma gorge centimètre par centimètre, aller, retour, aller, retour. Des préliminaires de compétition, promesse d’une baise mémorable. »

Pour Alicia, il y a eu un avant et un après. Ce plan cul gâté par la nature l'a satisfaite mais ne l'a pas contentée pleinement : elle en veut encore. Amatrice de très grosses bites au même titre que bien d’autres femmes et hommes, elle devient une size queen. Sa préférence s’applique aussi bien au sexe oral, qu’anal, ou vaginal. Mais les size queens sont exigeantes. En dessous de 20 centimètres de longueur et 15 de circonférence en érection, aucune chance de les combler.

Avec ses 26 centimètres entre les jambes, Matt est un candidat idéal. C’est dans les vestiaires du lycée qu’il découvre le fossé qui le sépare de ses camarades. Son anatomie spectaculaire ne reste pas un secret bien longtemps, et on l’appelle très vite le « Taureau » dans les couloirs. Une arme à double tranchant : Matt admet s’être d’abord senti comme un phénomène de foire. En soirée, il devait même montrer sa queue pour espérer apercevoir le début d’un téton. Pourtant, la nature lui offre aussi certains privilèges. Garçon introverti, son membre colossal lui permet néanmoins d’avoir très tôt une vie sexuelle bien remplie. Le Britannique de 35 ans nous raconte : « Toutes ces rumeurs ont fini par tourner à mon avantage. Je reste convaincu que toutes ces filles n’auraient jamais envisagé quoi que ce soit avec moi sans mon surnom éloquent. »

Et que dire de Theresa* ? Tombée amoureuse à 21 ans des 25 centimètres de son mec, elle n’a jamais pu se résoudre à baisser ses standards après leur rupture.

D’accord, la sève adolescente et le qu’en-dira-t-on typique des petites villes de province ont bien dû attirer l’attention sur le missile de Matt, mais la curiosité est-elle mère de désir pour autant ? La prise de conscience d’Alicia s’est faite par le plus grand des hasards, et elle n’est pas la seule. Hanna*, 43 ans, a par exemple goûté à son premier chibre XXL après une soirée des Jeunes Républicains à la fac. Quant à Bella*, 19 ans, elle a eu la chance de se taper uniquement des mecs très bien pourvus. Et que dire de Theresa* ? Tombée amoureuse à 21 ans des 25 centimètres de son mec, elle n’a jamais pu se résoudre à baisser ses standards après leur rupture.

Les gorges (très) profondes, l’orgasme garanti et le simple plaisir esthétique à la vue d’un si bel organe, autant de raisons pour lesquelles les size queens raffolent des gros pénis. Bella décrit son plaisir à « comparer la taille de leur bazooka à celle de mon corps et pouvoir le saisir à pleines mains. » Pour Theresa, il s’agit d’un signe de virilité avant tout. Bella affirme aussi profiter de son absence de réflexe pharyngé pour engloutir ces membres jusqu’au bout sans crainte du rejet. Lors de sa première nuit avec son arboriste passionné, Alicia a fait une découverte comparable : « Les bites de taille moyenne, je me contentais de les gober. Lui, il m’a littéralement pénétré la gorge ! »

Alicia, elle, n’a aucune honte à l’avouer : ces verges monumentales ont une plus-value avant tout physique. Très portée sur l’empalement, elle affirme « apprécier leur capacité à baiser pendant des heures sans crainte de l’ennui. Les types normaux finissent toujours par radoter de la bite, ils ne sont rien sans leurs doigts et parfois ils ont même besoin de sextoys. Avec les gros engins, c’est beaucoup plus naturel : il suffit de changer de position ! » La sauvagerie et la spontanéité n’ont pas de prix à ses yeux. Cette hantise de la routine, Hanna la comprend tout à fait. Elle est ravie de pouvoir accueillir en elle de telles massues : « C’est curieux mais ça me remplit de fierté, et pas que. J’adore quand on me traverse de part en part. Et je ne déteste pas les courbatures du lendemain... »

« La douleur pendant l’acte, ça m’excite. Sentir leur grosse queue entrer en moi, ça m’excite GRAVE. »

Les picotements du réveil ne semble pas effrayer Hanna plus que ça, mais quid de la douleur sur le moment ? Aucun problème pour Alicia : « La douleur pendant l’acte, ça m’excite. Sentir leur grosse queue entrer en moi, ça m’excite GRAVE. » Elle affirme que le plaisir s’est mêlé à cette douleur dès sa première fois. « Je ne suis pas du genre frigide, mais là c’était le niveau au-dessus. J’avais les jambes qui tremblaient, pendant et surtout après. J’ai eu plusieurs orgasmes très puissants, et il n’a même pas eu à lever le petit doigt. »

Mais attention, la douleur n’est pas du goût de toutes les size queens ! Pour Theresa, si ça pique, c’est que c’est un peu trop gros pour elle. Matt ne connaît que trop bien le problème : avec ses partenaires, ça se gâte souvent au moment de passer aux choses sérieuses. « Avec mon dernier rencard, tout s’est très bien passé jusqu’au troisième soir. Et puis, quand j’ai baissé mon boxer, elle était horrifiée. Elle trouvait ça monstrueux. » Matt en a conscience, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Sa vie sentimentalo-sexuelle compte ainsi autant de bons que de mauvais souvenirs, et le retour de bâton n’est jamais loin.

Dans une société où la virilité dépend trop souvent de la taille et de la performance sexuelles, trop de mâles fragiles partent du principe que « plus c’est long plus c’est bon ». Nos téléphones débordent de dickpics indésirables, où ce qui devrait ressembler à un joyau céleste s’apparente plus à une demi-knacki. La vie sentimentale de Matt en pâtit. Dès qu’il tente de prévenir ses partenaires sur ses dimensions surhumaines, il prend le risque de passer pour le macho de service. D’un autre côté, ne rien dire, c’est s’exposer à une mauvaise surprise. Il profite donc des échanges de nudes pour donner quelques indices, mais tout le monde n’aime pas ça et il met un point d’honneur à ne jamais en envoyer sans autorisation.

Ce genre de souci concerne aussi les size queens elles-mêmes. Certes, le premier plan cul d’Alicia jouissait d’une aisance proportionnelle à la taille de son pénis, mais, ironie du sort, qui dit grosse bite ne dit pas toujours Dieu du sexe et vice-versa. Si Theresa et Alicia ont tenté de se servir de leur pied comme outil de mesure, elles ont vite invalidé cette astuce de grand-mère. Sans compter qu’aucune de nos intervenantes ne se sent prête à interrompre un date si les dimensions du mec en question venaient à les laisser sur leur faim. La qualité avant tout, selon elles. Hanna s’estime chanceuse d’avoir croisé la route d’hommes aussi gâtés par la nature. Alicia, elle, se souvient tout de même d’un (pas si) gros menteur. Les applis de rencontre leur offrent en général une aide bienvenue.

Bien entendu, ces outils ne s’adressent pas qu’aux hommes les mieux pourvus. Il existe cependant des manières simples pour ceux-ci de rencontrer des size queens à leur hauteur. De plages nudistes en soirées à thèmes en passant par une émission de télé spécialisée, Matt a su trouver son bonheur. La sphère virtuelle n’est pas en reste, et des sites comme 7OrBetter (« 19 et plus »), LPSG (pour Large Penis Support Group) ou Size Minded (« La taille, ça compte ») ont été conçus exprès pour les détenteurs de phallus XXL.

En 2010, un couple de mecs dans cette situation, frustrés du peu de cas que faisaient les sites de rencontre traditionnels de la taille du pénis, a décidé de créer Size Minded. Chris raconte « On a pris conscience qu’il ne s’agissait pas que d’une préférence sexuelle ou d’un fantasme, mais aussi d’une source potentielle de frustrations et de déceptions. Un pénis trop volumineux peut blesser, parfois grièvement. Le problème inverse existe aussi, bien sûr : un sexe trop petit, c’est le risque d’une absence de plaisir. » Leur site a depuis rassemblé 11 000 membres, mélange de curieux, de mastodontes sexuels et, bien sûr, de size queens.

Matt doit beaucoup à ces dernier(e)s. « Dans un monde idéal, on serait tous ouverts à toutes sortes de tailles et de formes, mais le fait est que les préférences existent. Je respecte les size queens et leur façon d’assumer ça. Si seulement on faisait tous pareil... Une femme qui aime les grosses queues ne devrait pas avoir honte de l’affirmer haut et fort. Peu importent ce que les gens en penseront ou les complexes que ça pourra réveiller. De mon côté, ça m’arrangerait bien de savoir ce qu’attendent les femmes en terme de dimensions… Notre société doit dédramatiser toutes ces questions de taille. »

Nous avons modifié les noms par souci d’anonymat.*

Cet article a été initialement publié sur VICE Canada.