Culture

Comment une blague stupide étalée sur trois ans m’a permis de bosser pour « South Park »

Une fausse correspondance, une vraie chèvre – et un billet d'entrée dans les bureaux de Trey Parker et Matt Stone.
13 July 2018, 8:58am
southpark kenny chevre

Je venais tout juste de décrocher un job d'écrivain pour une sitcom. Du coup, quand mon agent Mickey s'est marié, je me suis donné pour mission de lui faire un cadeau « marrant ». Je lui ai acheté une chèvre – pour être plus précis, j'ai filé environ 40 dollars à Oxfam International afin qu'ils offrent une chèvre à un village, de la part de Mickey. Si vous vous demandez ce qu'il y a de drôle dans le fait de donner une chèvre, c'est normal – il n'y a absolument rien de drôle là-dedans.

Mickey m'a remercié très poliment pour ce geste. Mais je savais la vérité : personne n'aime ce genre de cadeau. Les jeunes couples préfèrent généralement qu'on leur offre le coupe-pizza qu'ils ont inscrit sur leur liste de mariage. J'ai demandé à Mickey si sa femme avait apprécié le cadeau. Après une pause éloquente, il a déclaré : « Je ne lui en ai pas encore parlé, mais je suis sûre qu'elle va adorer. »

De toute évidence, il avait détesté, et je ne pouvais pas espérer mieux – parce que la chèvre n'était pas le vrai cadeau.

Environ un mois plus tard, Mickey a reçu une lettre d'Afrique du Sud, de la part du type qui s'était vu offrir la fameuse chèvre. Il y expliquait notamment qu'il avait demandé son adresse à Oxfam pour le remercier personnellement : « Merci beaucoup ! Ça faisait très longtemps qu'on n'avait pas eu de chèvre. On lui a même donné votre nom. Les enfants du village boivent le lait de Mickey en ce moment même ! »

Mon agent m'a appelé juste après avoir lu la lettre, visiblement ravi. « J'ai vraiment l'impression d'avoir fait quelque chose de bien pour eux ! » Il m'a à nouveau remercié, et j'étais enchanté – principalement parce qu'il ne s'était pas rendu compte que j'avais rédigé la lettre moi-même. J'avais envoyé un mail contenant le texte de la lettre à un pote de fac qui travaillait en Afrique du Sud, et qui a accepté de le recopier. L'illusion était totale.

Au cours de trois années suivantes, j'ai poursuivi ma correspondance avec Mickey.

Six mois plus tard, il recevait une deuxième lettre où le propriétaire de la chèvre lui donnait quelques nouvelles. « Tout va bien ! La chèvre s'est plus ou moins enfuie. Mais ne vous inquiétez pas ! Je l'ai retrouvée et je l'ai battue très fort. Elle ne s'enfuira plus jamais. Votre investissement est sauf ! »

Mickey m'a appelé pour me faire part de son inquiétude : « J'ai reçu une autre lettre d'Afrique du Sud... elle était assez étrange. » Il ne s'est pas étalé sur le sujet.

Quelques mois plus tard, la troisième lettre est arrivée – cette fois-ci, signée par la voisine du propriétaire de la chèvre. Elle y expliquait que la chèvre lui était initialement destinée, mais que type lui avait volé. « Il faut que vous fassiez quelque chose », implorait-elle.

Mickey m'a aussitôt appelé. « C'est toi qui envoies ces lettres ? », a-t-il demandé. J'ai fait mine de ne rien savoir, et j'ai précisé que je ne me rappelais même pas lui avoir offert ce cadeau, que c'était il y a très longtemps. J'ai aussi précisé que je n'étais pas si drôle que ça. Mickey a acquiescé, ce qui m'a beaucoup vexé. Il m'a dit qu'il ignorait si la lettre était authentique, mais que si c'était le cas, il lui fallait résoudre cette injustice.

Les mois sont passés, et une quatrième lettre est arrivée. J'ai demandé à un ami graphiste de m'aider à la peaufiner – elle nécessitait d'apposer un logo en relief sur du papier épais, puisqu'elle était signée du gouvernement sud-africain.

Sur un ton très formel, l'expéditeur expliquait être un homme politique local, dont le district incluait la commune où Mickey avait donné une chèvre. Il précisait que plusieurs personnes affirmaient être les propriétaires légitimes de la chèvre, et que des émeutes avaient éclaté dans le village. « Cette chèvre nous a causé beaucoup de problèmes, et nous avons décidé de vous la renvoyer. »

Une semaine plus tard, j'ai fait venir une chèvre vivante dans le bureau de Mickey.

Je l'ai mise dans un des box du bureau. Quand Mickey l'a vue, il l'a observée pendant un long moment. Je l'ai entendu marmonner « J'espère que c'est une blague, putain ».

J'ai fini par tout lui avouer, et lui dire que j'étais le cerveau derrière ce canular élaboré. L'espace d'un instant, il est redevenu mon agent. « Hey, tu veux bien écrire un texte là-dessus ? » Il a parlé de ma blague à plusieurs producteurs, et des mecs qui bossaient sur South Park ont fini par en entendre parler. J'ai reçu une proposition d'embauche par ce biais.

J'aimerais vous dire que tout ceci était un plan pour travailler là-bas. Mais en réalité, j'avais juste envie de faire chier mon agent en imaginant un faux incident international. Et au cas où vous vous demandiez ce qu'il était advenu de la chèvre : on l'a relâchée sur Pico Boulevard, où elle a été immédiatement écrasée par un bus. *

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* C'est bien entendu très faux – j'avais loué ladite chèvre, qui officie sur différents plateaux hollywoodiens et dont vous avez probablement déjà vu le travail. Elle a été grassement payée.