Votre téléphone vous écoute, ce n’est pas de la paranoïa

Voici comment j’ai résolu le mystère des publicités qui coïncident avec les conversations.

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juin 20 2018, 2:02pm

Toutes les photos : Sam Nichols

Il y a deux, trois ans, une chose étrange m’est arrivée. J’étais avec un ami dans un bar, nos téléphones dans nos poches, et on a parlé de nos voyages au Japon et d’à quel point on aimerait y retourner. Dès le lendemain, on a tous les deux commencé à voir des publicités de billets d’avion pour Tokyo à bas prix sur Facebook. C’était troublant, mais ça semblait être une coïncidence. Par contre, je me suis ensuite rendu compte qu’à peu près tout le monde a son histoire d’écoute. C’est de la paranoïa ou nos téléphones nous écoutent vraiment ?

D’après Peter Henway, consultant en sécurité principal de l’entreprise de cybersécurité Asterix et ex-conférencier et chercheur à l’Université Edith Cowan, la réponse courte, c’est : oui. Quoique peut-être d’une façon moins diabolique que c’en a l’air.

Pour que votre téléphone soit à l’écoute et enregistre votre conversation, il doit y avoir un déclencheur, comme « Dis Siri » ou « OK Google ». Sans l’un de ces déclencheurs, toutes les données captées ne sont traitées que localement dans votre téléphone. À première vue, il ne semble donc pas y avoir de quoi s’inquiéter. Mais il faut savoir que toute application tierce installée sur votre téléphone — disons Facebook — a aussi accès à ces données captées. Et ce sont les propriétaires d’applications tierces qui décident d’utiliser ces données ou non.

Conversation avec mon téléphone

« De temps à autre, des segments audio sont envoyés aux serveurs [comme ceux de Facebook], mais, officiellement, on ne sait pas quels sont les déclencheurs pour ça, explique Peter. Ce peut être le moment, le lieu ou l’utilisation de certaines fonctions. Les applications ont l’autorisation d’utiliser le microphone et s’en servent occasionnellement. Toutes les applications locales cryptent les données qu’elles transmettent à leurs serveurs, alors il est très difficile de déterminer quel est exactement le déclencheur. »

Il poursuit en expliquant que des applications comme Facebook ou Instagram pourraient être à l’affût de milliers de déclencheurs. Une conversation tout ce qu’il y a de plus ordinaire avec un ami à propos du besoin de s’acheter une paire de jeans pourrait en être un. Cependant, on ne peut que dire pourrait, car, bien que la technologie rende possible l’écoute de nos conversations, les compagnies comme Facebook nient catégoriquement qu’elles le font.

« Vu que Google en parle ouvertement, je crois personnellement que les autres compagnies font de même, estime Peter. En réalité, il n’y a pas de raison qu’elles s’en privent. C’est sensé d’un point de vue marketing, et leurs conditions d’utilisation ainsi que la loi les y autorisent. Donc, je crois qu’elles le font, mais il n’y a aucun moyen d’en être sûr. »

Avec ça en tête, j’ai décidé de faire une petite expérience. Deux fois par jour pendant cinq jours, j’ai essayé de prononcer des phrases qui pouvaient en théorie être des déclencheurs. Des phrases comme « Je pense à retourner à l’université » ou « J’ai besoin de chandails pas chers pour le travail ». Ensuite, j’ai porté une attention particulière aux publications commanditées sur Facebook pour tenter de repérer des changements.

Une publicité de vêtements de qualité que je n’avais jamais vue auparavant

Les changements se sont produits, et ce, du jour au lendemain. On m’annonçait des cours dans diverses universités et des marques m’offraient des vêtements abordables. Après une conversation privée avec un ami à propos de mon manque d’espace de stockage, j’ai vu des publicités d’espaces de stockage de 20 Go. Même si c’étaient chaque fois des offres intéressantes, le résultat de mon expérience a surtout été à la fois éclairant et terrifiant.

Bien qu’il n’y ait aucune garantie que les données seront perpétuellement en sécurité, Peter me dit qu’en 2018, aucune compagnie ne vend de données directement aux annonceurs. Toutefois, comme chacun le sait, les annonceurs n’ont pas besoin de nos données pour nous exposer à leurs publicités.

« Plutôt que de dire “voici une liste des personnes qui font partie de votre cible”, elles disent “donnez-nous de l’argent, et on va s’arranger pour que votre cible voie votre publicité”. S’ils distribuent à tout un chacun ces données, ils n’en seront plus les propriétaires exclusifs. Ils les garderont donc aussi secrètes que possible.

Peter ajoute que ce n’est pas parce que les compagnies valorisent nos données qu’elles les gardent à l’abri des agences gouvernementales. Comme la plupart des compagnies du secteur numérique sont basées aux États-Unis, il est possible que la NSA ou peut-être la CIA les forcent à leur divulguer vos données, que ce soit légal dans votre pays ou non.

Donc oui, nos téléphones nous écoutent et tout ce que l’on dit autour d’eux pourrait être utilisé contre nous. Mais, du moins selon Peter, la plupart des gens ne devraient pas s’en inquiéter.

À moins que vous soyez journaliste ou avocat, ou que vous ayez des fonctions qui vous donnent accès des données sensibles, l’accès à vos données ne profite qu’aux annonceurs. Si vous êtes un citoyen ordinaire, avec une vie ordinaire et des conversations ordinaires à propos de voyages au Japon, ce n’est rien de nouveau. C’est un peu comme les annonceurs qui analysent votre historique de navigation.

« C’est simplement un prolongement de ce qu’était la publicité à la télévision, juge Peter. Plutôt que des périodes de grande écoute, [les compagnies] se basent maintenant sur les habitudes de navigation sur internet. Ce n’est pas idéal, mais je ne pense pas que ça représente un danger immédiat pour la plupart des gens. »

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