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Culture

Entrée, plat, décès

Poignardé par un épi de maïs ou énuclée par un tire-bouchon : « Tués par la mort » recense les trépas les plus débiles vus au cinéma et fait la part belle à la bouffe.

par Alexis Ferenczi
09 November 2019, 5:41pm

Mort par Sandwich. Illustration Freak City, extrait de Tués Par La Mort - Le Dictionnaire des Morts Incongrues au Cinéma © (Lelo Jimmy Batista, Hachette Heroes, 2019)

Mourir ne rime pas nécessairement avec EHPAD et incontinence. Il arrive que le défunt décide de passer de vie à trépas avec un certain sens du style. C’est le cas par exemple de Tiberius Claudius Drusus, fils aîné de l’empereur romain Claude, qui meurt à Pompéi en s’étouffant avec une poire qu’il avait lancée en l’air puis rattrapé avec sa bouche. La mort et la bouffe, main dans la main depuis l’an 20.

« Je relisais le Jardin des Supplices d’Octave Mirbeau et une des premières phrases du bouquin c’est : ‘Le besoin de tuer naît chez l’homme avec le besoin de manger, et se confond avec lui.’ », rigole Lelo Jimmy Batista, auteur de Tués par la mort, dictionnaire illustré par Freak City (paru aux éditions Hachette Heroes) qui recense quelques-uns des décès les plus débiles du 7e art.

Si la grande faucheuse regorge d’idées dans la « vraie vie », le cinéma s’est chargé de mettre la barre encore un peu plus haut. Dans l’ouvrage, on trouve pêle-mêle (et toujours par ordre alphabétique), des morts par rat, liquide d’étanchéité pour pneu ou ballon de basket.

Tués par la mort fait aussi la part belle à la cuisine avec un indéniable sens du spectacle : le hachoir à viande côtoie épi de maïs ou machine à expresso – dans le plutôt facultatif Leprechaun 2 qui met à l’honneur aussi bien le métier de barista que la légendaire cupidité des farfadets irlandais.

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Une tentative de Latte art qui tourne court. Images tirées de Leprechaun 2.

« On s’est rendu compte assez vite que plus de 25 % des morts qu’on avait choisies avaient lieu dans la cuisine », précise Batista. « On était face à un vrai déséquilibre. Le seul endroit qui pouvait rivaliser, c’était le garage. C'était assez logique. Pourquoi filmer une bonne baston ailleurs alors que c’est une pièce où il y a tout ce qu’il faut sous la main ; poêle à frire, couteaux et quelques trucs plus originaux. »

Parmi les pépites qui émergent du dico, on trouve notamment The Stuff (1985) et son yaourt tueur qui décime (de l’intérieur) une bonne partie de la population mondiale - malgré les plaintes de gosses lanceurs d’alerte qui l’ont vu « bouger dans le frigo ». Le frigo, justement, rejoint le contingent des appareils ménagers meurtriers avec The Refrigerator (1991) où, en plus d’avaler ses victimes, il n’abrite rien de moins que ce « halo rougeoyant » qu’on appelle l’Enfer.

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Mort par Mixeur. Illustration Freak City, extrait de Tués Par La Mort - Le Dictionnaire des Morts Incongrues au Cinéma © (Lelo Jimmy Batista, Hachette Heroes, 2019)

« Les premières morts qui viennent à l’esprit, ce sont celles totalement idiotes comme la carotte dans Shoot’Em Up (2007) [Clive Owen se débarrasse d’un agresseur à l’aide du légume] ou le barracuda congelé qui vient transpercer un type réfugié dans une chambre froide dans Death Spa (1989) », ajoute Batista. La sélection se fait ensuite naturellement, de mémoire d’abord, puis en allant digger dans des livres, revues et fanzines américains des années 1980 à 1990, seules bibles à retranscrire littéralement des films quasiment invisibles à une époque où eMule n'existait pas.

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Une tragédie en trois actes. Images tirées du film Sleepwalkers

Exit donc les trépas « traditionnels », par arme à feu, arme blanche, accident ou empoisonnement. Tués par la mort puise sans discrimination dans le répertoire du slasher américain, du krimi allemand ou du giallo italien pour exhumer les cadavres les plus exquis. Chaque entrée du dictionnaire est accompagnée d’anecdotes personnelles et/ou historiques selon l'humeur de l'auteur qui ne lésine pas sur les notes de bas de page, donnant à l'ensemble un côté foutraco-ludique particulièrement sympa.

« Le but c’était de ne pas tomber dans l’ouvrage cinéphile qui cherche à ‘analyser’ », soutient Batista. « On voulait que le dico intéresse n’importe qui et pas uniquement les aficionados de cinéma bis. Du coup, on a mis quelques classiques comme Le Lys brisé de D. W. Griffith ou L’homme à la tête de caoutchouc de George Méliès. Et quand je parle de la mort par mixeur visible dans Gremlins (1984) ça me permet de raconter la création de la classification PG-13 et les premiers films déconseillés aux moins de 13 ans. »

Quant au tropisme bouffe, l’auteur a sa petite idée. « Je pense que c’est une question d’orifices et de satisfaction immédiate. Il n’y a du bonheur que dans le fait de baiser, tuer ou manger. Ce n’est pas un hasard si ce sont d’ailleurs les trois thèmes les plus abordés dans Seinfeld - avec le baseball. »

Tués par la mort rappelle avec un poil de nostalgie - les films récents souffrant du syndrome Saw qui consiste à ne mettre en scène le décès que pour retenir le spectateur et faire oublier la nullité abyssale de l'œuvre - que le cinéma a su filmer la mort avec un certain génie. Oubliez les concours de pets de La Grande Bouffe (1973) et laissez le gigot d'agneau de Serial Mother (1994) rentrer dans votre vie.


Tués par la mort - Le Dictionnaire des Morts Incongrues au Cinéma de Lelo Jimmy Batista, illustrations par Freak City - disponible depuis le 2 octobre chez Hachette Heroes.

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Cet article a été publié sur VICE FR.

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