Quand tu cliques sur une pub sur Pornhub
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Sexe

J’ai essayé de ne pas jouir en testant les jeux des pubs Pornhub

« Call of Booty », « Grand Fuck Auto » ou encore « Gotham Sluts » : tous m'ont provoquée avec la même phrase : « Essaie un peu de ne pas jouir en jouant à ce jeu ! »
25 February 2020, 10:05am

J’ai passé beaucoup de temps sur Pornhub pour mon taf chez VICE, et il y a ces pubs que je n’arrive pas à me sortir de la tête. Les images changent mais c’est toujours dans le même genre. On me provoque avec ce défi, chargé d’un poil d’hostilité : « Essaie un peu de ne pas jouir en jouant à ce jeu ! »

En général, c’est une goth aux gros seins sortie tout droit de Donjons et Dragons ou d’un anime qui lance le défi. Dernièrement, j’ai beaucoup vu cette image de Elsa et Anna du dessin animé La Reine des neiges faisant des choses pas très catholiques sur ces panneaux de pubs. Elles me provoquent. Allez, essaie de ne pas jouir, disent-elles. Vas-y, tente le coup.

Elles sous-entendent que ces jeux sont si excitants qu’un·e joueur·se ne pourrait pas jouer longtemps avant d’atteindre un orgasme incontrôlable. Pour servir la communauté, j’ai accepté de relever le défi. Je prends la dangereuse route des jeux pornos, et je ferai tout mon possible pour ne pas jouir.

Anna et Elsa de « La Reine des neiges ».

La première chose à savoir sur ces jeux c’est qu’ils ne sont pas tout à fait gratuits et qu’on ne peut pas les acheter aussi simplement qu’en allant sur Steam. Ces pubs vendent des abonnements aux sites de jeux pour adultes. Toutes les pubs sur les sites comme Pornhub (YouPorn, Redtube, etc.) sont dirigées par TrafficJunky, qui possède une société parente, MindGeek. C’est un cercle vicieux des publicités d’argent ; le serpent qui se mord la bite, à l’infini, en me disant de ne pas jouir.

Selon le site TrafficJunky, ces pubs passent environ trois milliards de fois par jour. On peut dire avec assez d’assurance que, chaque jour, des centaines de million de personnes voient ces femmes animées qui les provoquent en leur disant de ne pas faire ce qu’ils sont précisément venus faire sur ce site.

Ça continue comme ça jusqu’à ce que, enfin, on me demande mes coordonnées bancaires

J’ai commencé mon examen des jeux pornos tranquillement à la maison et non dans l’open space de VICE, parce que je ne savais pas exactement à quoi m’attendre. Sur la page d’accueil de la section « vidéos pornos chaudes », j’ai cliqué sur la première vidéo : « UNE ADO SE FAIT LÉCHER LA CHATTE PAR LE BF DE SA MÈRE. »

La première pub à côté de la vidéo était pour Cumshots: The Game. Ça disait que c’était une « simulation de liaison familiale », mais quand j’ai cliqué dessus, ça m’a redirigé vers une page avec de vidéos d’animation porno en 3D avec des personnages de fantasy, des fellations d'hommes à deux bites et ce qui ressemble au lapin flic de Zootopie.

Je clique dessus et on me demande de remplir un questionnaire, avec une page par question, et ces personnages animés pornos qui tournent en boucle en arrière plan. Voilà les questions :

  • Choisissez votre sexe. Je clique sur « sexe masculin ».
  • Choisissez votre partenaire sexuel : Leliana ou Vereesa. Je choisis Vereesa et me demande pourquoi on part du principe que je suis hétéro.
  • Choisissez la taille de votre bite : petite, moyenne, grande, ou massive. Je choisis massive, qui est de la largeur d’un skate selon les visuels des images de synthèse.
  • Choisissez la pointure de poitrine de votre partenaire. Je choisis « massive », ce qui ressemble à des ballons de plage sur une femme qui ne devrait pas être capable de se tenir debout.

Après ces informations élémentaires, le questionnaire passe aux choses sérieuses :

« Tout peut arriver dans ces jeux, y compris du sexe agressif, êtes-vous d’accord ? »

« On a appelé ce jeu le plus addictif des jeux sexuels en ligne, êtes-vous sûr de vouloir y jouer ? »

« Nous voulons éviter tout problème. Ce jeu inclut beaucoup de scènes de domination et de soumission féminine. Êtes-vous sûr de vouloir y jouer ? »

« Êtes-vous atteint d’une maladie qui pourrait survenir durant le jeu ? Par exemple des convulsions, addictions ou un comportement agressif ? »

« Qu’est-ce qui vous excite dans les jeux ? »

Ça continue comme ça jusqu’à ce que, enfin, on me demande mes coordonnées bancaires.

« Les gens de New York doivent présenter une pièce d’identité (gratuit). La loi de New York nous oblige de vérifier l’âge des joueurs », précise le site. Il n’y a pas de loi à New York ou aux États-Unis qui exige que les sites pour adultes contrôlent l’âge avec une carte de crédit.

Pas moyen que je mette mes coordonnées bancaires, donc je vais attendre un peu d’être de retour au bureau pour recommencer la procédure avec une carte de crédit VICE.

Cette fois, je commence par la procédure en cliquant sur une pub montrant Elsa et Anna de La Reine des neiges. Anna fixe les seins d’Elsa, qui sortent de son soutien-gorge. Disney n’a pas répondu à mes questions sur les seins d’Elsa.

Je clique sur le même questionnaire qu’avant et on me demande ma carte de crédit encore une fois. Toute cette procédure voulait me conduire à souscrire à un essai de deux jours sur MyGamerVault.com. Rien ne semble indiquer que c’est un essai à court terme, sauf les toutes petites lettres qui expliquent qu’au bout de deux jours, il y aura un prélèvement automatique de 35 euros par mois désigné sur la facture comme BRANDHELPSVCS.COM, service client et fournisseur de factures. De toute façon, je m’en fous, c’est pas mon argent.

J’entre mes infos sur le site et j’arrive enfin sur le site MyGamerVault, où se déroule un menu d’une douzaine de jeux pornos qui parodient les jeux vidéos populaires, comme Call of Booty et Grand Fuck Auto. J’ai beaucoup joué à Call of Duty quand j’étais ado donc c’est ce sur quoi je me suis naturellement tournée.

Call of Booty

Il y a une courte intro illustrée qui m’explique le but du jeu : sauver Sarah, qui porte un string militaire, d’un groupe de terroristes. Ce n’est qu’un simple jeu de tir qui a dû être créé par les outils gratuits du magasin Unity. Je commence sur un terrain rocailleux avec un fusil d’assaut et je trouve rapidement les terroristes complètement débiles. Tout le jeu lag dans le navigateur.

Les outils de contrôles sont nuls, je ne sais pas comment recharger, et mon viseur est si nul que je meurs trois fois en cinq minutes. Déso Sarah, j’ai raté. J’ai pas eu le temps de déchirer à _Call of Booty._Jusque là, non seulement je n’ai pas joui, mais je n’ai même pas eu besoin de me retenir.

Grand Fuck Auto

Le but du jeu est de trouver les meufs les plus chaudes des environs, et de les baiser façon « Grand Fuck Auto. » C’est à péter de rire, parce que c’est du style des premiers GTA, avec une vue 2D de la voiture. Je conduis à la recherche des travailleuses du sexe à récupérer (avec des séquences cinématiques), je leur parle de la pire manière que ce soit, puis j’échappe aux flics. Je fonce dans une voiture. Game over. Aucun doute, j’ai pas joui.

World of Whorecraft

C’est une course poursuite infinie. Je suis un orque qui ne peut pas s’empêcher de courir à fond - tout ce que je peux faire, c’est sauter, plonger et mourir. Je suis morte six fois. Deux fois parce que ça a bugué quand j’ai sauté et je me suis pris la tête sur un gros rocher. Conclusion : Pas d’orgasme.

Titris

J’ai essayé de jouer à Titris, mais il fallait avoir Flash. Le guide Motherboard pour ne pas se faire hacker dit clairement que c’est un paradis pour les hackers parce que Flash a plus de trous que le fromage suisse. Le titre m’a suffit. Je n’ai pas joui, je n’ai pas essayé et j’ai failli abîmer mon ordi.

CyberFuck

CyberFuck, sorte de reprise du jeu de société Cyberpunk 2020 commence un peu mieux. Les instructions détaillent comment donner du plaisir à une femme. Peut-être que je vais jouir cette fois. Malgré ces instructions sexuelles, c’est juste un putain de puzzle. Je suis nulle aux puzzles. Je meurs en essayant de le résoudre. J’y étais presque. Conclusion : Toujours pas d’orgasme.

Gotham Sluts

Avec le jeu romancé Gotham Sluts, je peux enfin voir un peu de sexe. Catwoman, Poison Ivy, et Harley Quinn baisent Batman dans des images fixes qui bougent par intermittence. Difficile à décrire, mais les seules choses qui bougent sont des seins qui rebondissent et une bite. Seulement quand tu bouges avec le curseur. C’est comme un flipbook.

Comme d’autres visual novel, ce jeu n’est pas très interactif. Je dois juste cliquer sur de simples scénarios. La seule chose à faire, c’est de bouger d’avant en arrière avec ma souris aussi vite que possible pour simuler les coups de reins de Batman. C’est une version un peu plus explicite de WarioWare : Touched. (Je dirais une version plus lubrique de Touched mais le jeu était aussi très coquin). Au moins, il y avait un peu de cul dans ce jeu, mais je n’ai pas été tentée de jouir.

Going All The Way

Peut-être qu’il faut que j’arrête les parodies et joue à un jeu qui ne mâche pas ses mots. Je télécharge Going All The Way, en me disant qu’avec un nom pareil, je vais peut-être enfin pouvoir tout lâcher. Tristement, c’est un jeu de drague d’artistes, du style de Super Seducer .

Le jeu est un simple dialogue. Je parle aux filles et essaye de coucher avec elles. J’essaie de répondre « correctement » à ces questions débiles dans l’espoir qu’au moins une personne ait un orgasme, cette fois.

C’est le premier jeu auquel j’ai joué où on peut vraiment niquer - ou même voir un téton, au bout de deux minutes. En fait, après quelques phrases de dialogue, j’ai réussi à convaincre la femme de baiser. J’ai enfin réussi, en faisant bien attention, à arriver au moment fatidique (le jeu propose : « doigte sa chatte bien mouillée »), le jeu a zoomé sur sa vulve... Faire bouger frénétiquement cette image au bureau dépasse ce que je peux accepter, alors j’ai quitté le jeu.

Conclusion : ça fait de la peine à dire, mais je donne sans doute la meilleure note à Going All The Way, juste parce qu’il promet des nichons et qu’il tient sa promesse. Mais bon, je n’ai pas essayé de jouir non plus.

*

En quête d’une nouvelle aventure, de l’insaisissable terre promise, j’ai trouvé quelque chose d’intéressant. Jusque là, je téléchargeais sur MyGamerVault.com les derniers jeux ajoutés. J’ai changé de tactique, en regardant quels jeux étaient les mieux notés. Malheureusement, ça m’a révélé une sombre vérité : on peut tout à fait jouer aux jeux les mieux notés au travail puisque, pour la plupart, ce sont des jeux pour enfants. Master Checkers. Super Cowboy Run, Cake Connect, Monkey Banana Jump. J’ai colorié un lion dans un livre de coloriage des animaux. La pureté de ce jeu m’a presque fait pleurer.

Je ne sais pas comment ces jeux complètement innocents se sont retrouvés au milieu de ces jeux sexuels, sur le même site dont Pornhub fait la pub. Mais une simple recherche sur Google m’a révélé qu’au moins quelques uns de ces jeux n’étaient pas exclusivement sur MyGamerVault. Cake Connect, par exemple, est également sur un site de jeux éducatifs. Monkey Banana Jump est aussi sur un site de jeux pour enfants. Mais ils sont aussi là, juste en dessous de tout un tas de pubs pour des sex-cams et à côté de jeux comme XXX-Men: Mutant Orgy.

J’ai contacté le service client par courriel sur MyGamerVault.com pour demander pourquoi ces jeux d’écolier sont à côté de pubs pour des sex-cams et des jeux bien trop explicites et je n’ai pas eu de réponse.

J’ai fini ma petite enquête et décidé de me désabonner.

Malgré tout ce marketing agressif, les pubs sur Pornhub ne sont pas à la hauteur de leur promesse. Après sept jeux et des frais de 40 $ évités de justesse grâce à la carte de crédit de la compagnie, est-ce que j’ai essayé de jouir ? Non, pas même un tout petit peu. Ne pas jouir a été ridiculement facile. En fait, peut-être que je ne jouirai plus jamais.

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Cet article est originellement paru sur VICE US.