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Toutes les choses affreuses qui peuvent vous arriver si vous êtes accro au sexe


On a discuté avec un thérapeute qui traite les personnes souffrant de masturbation compulsive et de dépendance sexuelle.

par Allie Conti
28 July 2018, 7:17am

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La clinique de Tom Lee se trouve à l'intérieur d'un bâtiment beige quelconque situé à l'extérieur de Penn Station. Si vous avez déjà été à New York, vous êtes probablement passé devant sans vous y attarder. Personnellement, je me suis déjà rendu dans cet immeuble pour utiliser les toilettes d'un restaurant – j'étais loin de me douter que quelques étages au-dessus de moi, des personnes déversaient leurs secrets les plus sombres. La clinique de Lee, « New York Pathways », est un service de soins ambulatoires où les gens viennent se faire traiter pour masturbation compulsive, dépendance sexuelle, monogamie à la chaîne et recours à des escorts, entre autres.

Alors même que l'addiction devient de plus en plus acceptable au fil des ans, les personnes souffrant de dépendance sexuelle demeurent stigmatisées, voire raillées. Bien que l'on dévore des séries comme Californication ou que l'on se pâme devant le film Shame, où les protagonistes sont des sex-addicts, l'idée que des personnes souffrent réellement d'addiction au sexe semble absurde pour la plupart d'entre nous. L'opinion publique, lorsqu'elle entend parler de prédateurs sexuels célèbres comme Tiger Woods, peut globalement se résumer à ce titre incrédule d'un site d'information australien : « L'addiction au sexe est-elle vraiment une excuse pour tromper l'autre ? » En 2012, Marty Klein, sexologue et écrivain, a écrit que l'addiction au sexe était en réalité « une arme spécifique désormais utilisée par la droite religieuse pour combattre le libéralisme, ignorer la science, et réveiller les peurs ».

Je ne savais pas grand-chose de cette « addiction au sexe », ou de la manière dont ce genre de pulsion se soignait. Je me suis donc rendu à Pathways pour discuter avec Lee, qui possède un master en travail social et un sacré sens de l'autodérision en ce qui concerne son propre métier. En plus de partager son histoire avec moi, il a insisté sur un point : l'addiction au sexe est non seulement réelle, mais de plus en plus répandue.

« Cela fait 10 ans que je suis thérapeute », m'a-t-il déclaré. « C'est simple, les applications et Internet ont poussé des gens à tenter des expériences qu'ils n'auraient jamais envisagées auparavant. »

Voici le reste de notre interview :

VICE : Nous allons donc évoquer la question de l'addiction au sexe, même si je ne sais même pas si ça existe vraiment. Est-ce qu'on peut clarifier ce point, avant de commencer ?
Tim Lee :
Je trouve le terme « addiction au sexe » relativement nul. Le point positif, c'est qu'il me garantit une certaine activité. Si j'écris « addiction au sexe » sur mon site, des gens vont le chercher sur Google parce que ce sont les premiers mots-clefs qui nous viennent à l'esprit. Mais médicalement parlant, cela ne veut rien dire. L'addiction au sexe est un terme utilisé pour définir un certain type de traitement. Le terme « addict » est un stéréotype.

OK, donc si ce ne sont pas des « addicts » qui viennent te voir, comment qualifierais-tu tes patients ?
On s'occupe d'environ 100 personnes par semaine ici – il y a peut-être deux ou trois personnes dans le lot qui ont été arrêtées pour avoir mis des miroirs sur leurs chaussures dans le but de regarder sous les jupes des filles, ce qui les classe dans la catégorie des agresseurs sexuels.

Il y a aussi des personnes qui sont traumatisées – le plus souvent sexuellement – et qui reproduisent ensuite ce comportement d'une certaine manière. J'ai par exemple travaillé avec un gars qui prenait des photos des personnes qui lui faisaient des fellations avant de les mettre en ligne. Je lui ai demandé s'il avait été victime d'abus. Il m'a répondu que non. Je lui ai demandé de me parler de la première fois qu'il s'est masturbé. Il y a réfléchi une seconde et a dit : « Oh, je me souviens. Mon père m'a donné une photo de ma mère en train de lui faire une fellation et m'a dit d'aller me masturber ». Et même avec toute la bonne volonté du monde il était foutrement incapable de faire le lien entre les deux.

Qu'en est-il de ceux qui sortent et couchent avec cinq personnes différentes en une semaine ? S'ils ne font de mal à personne, est-ce vraiment un comportement problématique qui nécessite une thérapie ?
Pas nécessairement. Mais qu'en est-il si cette personne se dit : « J'ai bu et je n'ai pas utilisé de préservatif. Hors de question que ça se reproduise ». Puis sort de nouveau, prends quelques verres, n'a pas de préservatif et se dit : « OK, rien à foutre », avant de choper une MST. Ensuite bien évidemment vient la honte, conséquence émotionnelle de ce qu'il vient de se produire. Le cas de figure inverse existe aussi, avec la personne qui enchaîne, qui couche à répétition et qui n'a aucun problème avec ça.

Donc tout va bien jusqu'à ce que l'on attrape une MST ?
Ou jusqu'à ce que l'on se dise « Putain, je me veux me poser. Et je n'y arriverai pas si je continue à agir de la sorte ». Il y a toujours quelqu'un qui rencontre une personne géniale, mais qui souhaite ensuite rencontrer une autre personne géniale. C'est un piège classique. La conséquence, c'est qu'ils ne construiront jamais de vraies relations et qu'ils n'essaient pas de surmonter leurs problèmes d'anxiété et de gestion de l'intimité. Ils ne veulent pas rester avec une personne car cela soulève trop de peines liées à l'enfance. C'est complexe.

Peux-tu nous donner un exemple de quelqu'un qui est jeune, non marié et qui pourrait venir se faire traiter dans un endroit comme Pathways ?
Hier, j'ai accueilli un patient et nous sommes revenus ensemble sur sa sexualité. Il s'en sort très bien. Il s'est finalement engagé dans une relation stable à long terme avec sa copine et ça l'angoisse terriblement. On travaille là-dessus. Il a la vingtaine et il a eu une histoire avec une femme avec qui il couchait à l'université.

Ils avaient un arrangement : elle venait chez lui, ils cuisinaient un super plat, ils couchaient ensemble et elle repartait. Et ils s'étaient fixé une règle : la première fois que l'un des deux disait « je t'aime », c'était terminé. Cela a duré un an. Ils couchaient ensemble deux ou trois fois par jour. Elle a appelé et lui a dit qu'elle l'aimait. Ils se sont séparés et il a commencé à avoir des crises d'angoisse. Ils se sont donc remis ensemble et il a indiqué souffrir de dépression, d'anxiété, de pensée suicidaire. Ils avaient une relation à la fois tumultueuse et merdique, tous les deux. Mais c'était entièrement fondé sur le sexe.

Mais du coup, quelle était la conséquence de cette relation ?
L'anxiété et la dépression qui se sont manifestées après leur rupture.

Mais n'importe quelle rupture entraîne de l'anxiété et de la dépression.
Pour lui, c'était lié à la nature addictive de sa relation. Il ne l'aimait pas vraiment, ne la respectait pas. Il faut aussi savoir qu'il n'avait aucun rapport sexuel avec sa copine d'avant. Il se contentait de fumer de l'herbe et de se masturber en regardant du porno. Au lit, elle ne pouvait avoir de rapports sexuels que dans une seule position : elle avait été abusée sexuellement par le passé. Ils n'avaient pas de vie sexuelle, et leurs rares relations sexuelles étaient tout sauf spontanées. Cette relation s'est terminée et il s'est lancé directement dans l'autre, qui s'est avérée destructrice.

Lorsque quelqu'un vient pour être traité pour un comportement sexuel compulsif, comment ça marche ? Est-ce que c'est comme chez les Alcooliques Anonymes ou les Narcotiques Anonymes où on est contraint de s'abstenir ?
Pour les AA, il est facile de définir l'abstinence – tu ne bois pas. Pareil avec les NA – tu ne consommes pas. Dans le cas d'une thérapie sexuelle, il y a cinq programmes différents selon la définition que l'on a de la sobriété. Chez les SA (Sexaholic Anonymous), les plus rigides, la sobriété implique de ne pas se masturber, de ne pas avoir de relations sexuelles en dehors du mariage – et le mariage doit uniquement se faire entre un homme et une femme. C'est intense et utile pour les juifs hassidiques par exemple, ou les catholiques.

Le SRA (Sexual Recovery Anonymous) s'est détaché du SA. Leur ligne de fond se résume à ça : pas de masturbation, pas de sexe en dehors d'une relation sérieuse. Ensuite, il y a des programmes comme le SAA (Sex Addicts Anonymous) et le SLAA (Sex and Love Addicts Anonymous) où le patient décide lui-même des comportements qu'il souhaite éviter, avec l'aide d'un parrain. Mais pour répondre à ta question, beaucoup d'entre eux concernent des comportements précis comme la masturbation, le recours à la pornographie, les coups d'un soir, le sexe tarifé, les salons de massage, le recours aux applications.

J'aurais plutôt pensé que ceux qui se réfugiaient dans ces programmes seraient plutôt encouragés à se masturber.
Il y a deux types de personnes : celles qui sont dans une relation et ne peuvent s'empêcher de tromper l'autre et celles qui sont accro à internet, à la masturbation et qui n'ont jamais eu de relation. Pour ces personnes-là, le but est de s'engager dans une relation stable. Très peu d'entre eux préfèrent se masturber sur du porno. Ils veulent s'engager, mais il n'arrive pas à se défaire de l'emprise de ce truc que l'on appelle internet.

Il faut voir les différents programmes comme des partis politiques. Le SCA (Sexual Compulsives Anonymous), par exemple, est composé principalement d'hommes gays et ils sont autorisés à avoir un plan cul. Cela peut consister à aller dans des saunas et à avoir des relations sexuelles, mais il faut que ce soit protégé, et c'est possible seulement une fois par semaine. C'est un modèle qui vise à minimiser les dégâts.

Est-il possible d'avoir trop de rapports sexuels ? Si on boit une bouteille entière de vodka chaque jour, il est évident pour tout le monde qu'il y a un problème. Mais si on baise tous les jours, personne ne se posera de question, non ?
Si je baisais tous les jours je me sentirais groggy, embrumé et pas vraiment au meilleur de moi-même. Mais peut-être une fois ou deux fois par semaine ? Il faut trouver un équilibre. Si je suis stressé et que je veux coucher avec ma femme juste pour me détendre, je vais me sentir mal après coup. Je me sens égoïste. Les gens sont différents et c'est vraiment au cas par cas. Je suis moi-même en cours de rétablissement – avant, j'allais au SLAA. On décide avec un mentor des limites qu'on veut se fixer.

Peux-tu nous dire quelques mots sur ton expérience personnelle ?
Je couchais avec des gens et je ne voulais pas m'engager dans une relation sérieuse avec eux. Ils étaient mariés, ou bien ce n'était tout simplement pas le genre de personnes avec qui j'avais envie que mes amis me voient traîner. J'ai apprécié le SRA parce que le fait de ne pas avoir de relations sexuelles en dehors d'une vraie relation m'a permis de me détacher de ces activités douteuses. Et ils sont vraiment allés loin en matière d'assistance dans le cadre des 90 jours requis sans sexe, sans masturbation, sans rien. J'ai tenu un an. J'ai pu régler beaucoup de choses liées à mon passé, à mon père et à ma mère, les conséquences d'un ancien traumatisme, la douleur et la perte. J'en suis à ma troisième carrière professionnelle. J'ai ruiné les deux autres en faisant l'idiot.

Comment est-ce qu'une addiction au sexe peut ruiner une carrière ? Tu quittais le bureau pour aller voir des prostituées ?
J'ai déménagé de Géorgie pour m'installer ici et j'étais sur le point de réussir. Je suis allé au Hunter College et je me suis bougé au sein de la section théâtre, j'ai commencé à bien m'en sortir. Je suis devenu régisseur lumière. Plus je réussissais, plus j'étais angoissé. J'en suis arrivé à un point où je ne pouvais plus faire face. Pendant ce temps-là j'étais en relation avec une femme aussi folle que moi, nous nous sommes mis à coucher ensemble deux, trois fois par jour. J'alternais avec des coups d'un soir. Je ne pouvais plus me concentrer. J'ai tout arrêté. Ma copine pensait que j'aurais pu être avocat. Il y a eu un moment précis où j'ai raté une excellente opportunité. Quand j'avais 22 ans, on m'a offert la possibilité de travailler avec un régisseur qui avait obtenu un Tony Award. C'était une belle opportunité. Je n'y suis pas allé.

Parce que tu étais trop occupé à baiser ? Je ne comprends toujours pas.
J'étais influencé par ce qu'elle disait : « Non, le théâtre ce n'est pas pour toi. Je veux sortir avec un avocat ». Elle me disait des trucs merdiques de ce genre et dans mon esprit d'accro au sexe, il valait mieux se taire et avoir la baise plutôt que de tenir mes positions et lui dire qu'elle était folle. Si cela devait recommencer, il est fort probable que je coucherais avec elle encore plusieurs fois avant de réaliser « putain de merde, cette relation est toxique ». Mais j'ai mis ma relation au-dessus de tout et finalement elle s'est écroulée. Je suis ensuite devenu graphiste, et la même chose s'est produite avec quelqu'un d'autre.

Du coup, quel est ton but avec ceux qui viennent ici ? Les mener à l'autel ? Ou bien est-ce impossible à envisager pour certains d'entre eux ?
Beaucoup des personnes avec lesquelles je travaille sont très stressées par leur double vie. Elles y consacrent pas mal de temps et d'argent. Les conséquences émotionnelles sont très importantes à cause de tout ce temps qu'elles ne passent pas avec leurs enfants. Il y a beaucoup de remords autour de ça. Et elles repartent de zéro. Un grand nombre de patients se disent « mais qu'est-ce qu'il m'est passé par la tête ? ». Pour te donner un exemple, j'ai eu un patient l'autre jour qui m'a dit que c'était son deuxième anniversaire depuis qu'il avait découvert son addiction. Il m'a dit que lui et sa femme ne voulaient pas le célébrer mais qu'ils prenaient de la hauteur par rapport à ce qu'il s'était passé. Ils se sont rendu compte qu'à partir du moment où ils ont fait une pause dans leur vie sexuelle, leur vie est devenue beaucoup plus riche. Maintenant, ils partagent une vraie intimité. Il avait peur de reprendre sa vie sexuelle avec sa femme et ils ont finalement eu un enfant. Il a aussi décroché un meilleur job.

C'est l'autre facette de tout cela – beaucoup de gens ont une vie médiocre à cause de leur addiction. Cela varie en fonction des personnes. Je dirais que mon but, c'est surtout de sauver la santé mentale de ces individus.

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Cet article a été initialement publié sur VICE US.

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