santé mentale

Toutes les choses que j’aurais aimé savoir avant d’entamer une thérapie

Quelques conseils pour tirer le meilleur parti de vos séances chez le psy.

par Hannah Ewens
25 May 2018, 1:51pm

Illustrations de Calum Heath

J'ai 25 ans et cela fait dix ans que je suis suivie psychologiquement. J'ai eu recours à un pédopsychiatre, plusieurs séances de thérapie comportementale et cognitive (TCC), ainsi qu'à divers psychothérapeutes privés. S'il s'agissait d'un mariage, on pourrait parler de noces d'étain – un métal censé symboliser la façon dont une alliance fructueuse peut être courbée sans être brisée. Ce qui est très à propos, étant donné que j'ai parfois éprouvé l'envie de tout abandonner, convaincue que rien ne fonctionnait, avant de revenir la queue entre les jambes.

À différents points, j'ai été traitée contre l'anxiété, la dépression, le TDPM, la psychose, la dissociation, les troubles alimentaires ou bipolaires, ainsi qu'un tas d'autres choses qui n'ont pas fait l'objet d'un diagnostic précis.

Je ne prétends en aucun cas comprendre comment la thérapie fonctionne pour différentes maladies, et chaque personne répond différemment aux traitements de santé mentale. Pourtant, j'ai compris beaucoup de choses de par mes essais et mes erreurs – des choses que j'aurais bien voulu qu'on m'explique avant de commencer.

Comparez-les thérapeutes jusqu'à trouver celui qui vous va

Les thérapeutes sont des gens comme les autres, et les gens sont parfois agaçants. Vous n'êtes donc pas obligé d'aimer le vôtre – à moins que votre relation soit extrêmement informelle, vous ne risquez pas de l'inviter à votre soirée d'anniversaire – mais vous devez le trouver ne serait-ce qu'agréable et, plus important encore, être en accord avec son approche.

Certains thérapeutes sont véritablement empathiques. J'en ai eu un qui était si généreux qu'il n'hésitait pas à déborder sur notre heure de rendez-vous pour me recommander des films qu'il savait que j'aimerais. Aller le voir, c'était un peu comme payer pour rendre visite à mon grand-père, mais pour avoir un échange plus existentiel. Après la session, il me faisait signe depuis le pas de sa porte, et je m'empressais de tourner au coin de la rue pour fondre en larmes – il était si gentil avec moi que ça me rappelait que je ne l'étais pas assez avec moi-même.

D'autres sont cliniques, difficiles, et vous laissent projeter ce que vous voulez sur les réponses qu'ils vous fournissent. Vous vous asseyez, désespéré, dans le creux de leur canapé, le nez coulant et la poitrine haletante après avoir ressassé les détails viscéraux d'un traumatisme – dans ces moments-là, leur visage est comme un miroir. Vous avez presque envie de leur dire : « Excusez-moi, avez-vous entendu la chose lamentable que je viens de dire ? » Aucune approche n'est fausse, en soi, du moment que vous réagissez bien et que vous vous sentez à l'aise. Paradoxalement, j'en suis venue à aimer ce dernier.

« Quand ma thérapeute m'annonce qu'elle part faire une croisière de trois semaines, je suis indignée : Quelle égoïste. Que voulez-vous que je fasse pendant ce temps ? Que je m'occupe de moi-même, peut-être ? »

Si vous savez rester discret, vous avez le droit de les larguer ou de les tromper en allant voir un autre thérapeute derrière leur dos. Ne croyez pas cette stupide idée qui veut qu'un engagement doive être respecté. Ce n'est pas parce que vous l'avez choisi que vous n'avez pas le droit d'en changer si ça ne fonctionne pas entre vous.

Ce désir de changement peut se produire à tout moment, et j'ai appris qu'un thérapeute qui vous aide à traverser un « problème » avec succès pourrait ne pas être le plus à même d'en régler un autre. Après une rupture, j'avais des problèmes d'ordre sexuel que je voulais démêler, et j'ai rapidement compris que le thérapeute masculin hétéro que je consultais depuis un certain temps – qui était par ailleurs spécialisé dans la relation de couple – ne saisissait pas la vraie essence de ce que je lui racontais au sujet de mes interactions avec les hommes. Je l'ai ghosté, parce que je ne pouvais pas affronter le fait de lui dire au revoir. J'ai réagi comme une gamine, mais c'était la meilleure chose à faire ; j'ai rapidement trouvé une femme thérapeute qui a pu me faire part de son expérience lors de nos discussions.

Vous aurez envie qu'il vous aime – oubliez ça rapidement

Il est dans notre nature de vouloir que les gens nous aiment. Si vous êtes aussi du genre à aimer plaire et que vous répondez positivement à toute forme d'éloge, alors méfiez-vous.

Parfois, quand je raconte une histoire à ma thérapeute, sans m'en rendre compte, je me prends à ajouter des effets dramatiques ou à agiter les mains – le seul mobile possible étant l'envie de la divertir. Quand je parviens à la faire rire, c'est comme une victoire personnelle : ça veut dire que mon histoire est agréable à entendre. De même, quand je vais la voir et que mon état de santé mentale est relativement bon, j'ai peur de l'ennuyer. Alors je passe en revue ma mémoire à court terme à la recherche de la dernière action ridicule que j'ai faite et qui pourrait alimenter la conversation.

Mais tout comme vous n'êtes pas obligé d'aimer votre thérapeute, il n'a pas à vous aimer non plus. Si vous ne vous ôtez pas cette idée de la tête, vous risqueriez de ne pas avancer. Les thérapeutes sont là pour vous aider, pas pour s'amuser, et ce n'est pas parce que vous êtes celui ou celle qui partage des détails horribles qu'il existe un quelconque déséquilibre de pouvoir.

Ne lésinez pas sur la vérité

Compte tenu de ce qui précède, soyez honnête. Absolument honnête. Il m'a fallu des années pour arrêter de dissimuler des informations, ce que j'ai fait avec chaque nouveau thérapeute : Si je lui dis ça, il va penser que je suis une salope, une mauvaise personne ou une idiote. L'écart d'âge doit y être pour quelque chose – mes thérapeutes ont toujours été plus vieux que moi – et il peut être incroyablement désagréable et inconfortable de partager certaines choses.

Mais quel est l'intérêt de se retenir ? Votre thérapeute a vraisemblablement entendu pire que tout ce que vous pourriez lui dire, et il ne sera pas en mesure de vous aider si vous lui cachez la vérité. Ce que j'aime le moins avec la thérapie, c'est que le thérapeute ne vous dit pas tout ce qu'il faut savoir. La plupart du temps, c'est vous qui avez les déclics, ce qui vient du fait que vous devenez honnête avec vous-même. Accédez à l'étape où vous êtes capable de mettre le doigt sur le problème et traitez le thérapeute comme s'il était une extension de vous-même.

Définissez rapidement vos attentes

Il m'est arrivé de résoudre un problème dès le premier entretien avec un thérapeute. C'était une femme, et nous avons parlé de sexe. J'avais identifié avec précision le problème et d'où il venait, et j'étais prête à le régler. Je suis entrée dans son bureau et, telle une cadre supérieure, je lui ai livré mon baratin, listes et objectifs à l'appui. Elle a simplement levé les sourcils et lâché un « wow ». Cela paraît évident, mais plus vous facilitez leur boulot, plus vite ils peuvent aller au fond des choses. Si vous êtes aussi pointilleux que moi, calmez-vous en vous fixant un plan et des objectifs. Répétez ce plan comme un mantra si cela vous semble utile.

Vous ne vous souviendrez jamais de ce que le thérapeute vous a dit pour vous faire aller mieux

Dans les moments qui précèdent vos prises de conscience avec votre thérapeute, vous avancez à tâtons, il avance à tâtons, et, tout à coup, il vous offre une explication géniale qui vous prend aux tripes – les pièces du puzzle, qui étaient jusqu'alors profondément enfouies en vous, s'assemblent mécaniquement. Tout prend un sens : votre cerveau – et votre vie ! – va enfin aller mieux ! Une fois la séance terminée, essayez de vous rappeler ce qui a été dit. Impossible. L'or s'est envolé. C'est exaspérant.

Cela m'est arrivé plus tôt cette année, lorsque j'ai essayé d'analyser ma peur de l'engagement et ma tendance à auto-saboter mes relations. Ma thérapeute et moi avons fouillé mon passé, notamment la période où, après s'être séparés, mes parents ont vécu pendant plusieurs années sous le même toit par manque d'argent – c'est tellement cliché et insipide – et où tout le monde marchait sur des œufs. Pendant ce temps-là, je luttais contre mon trouble dysphorique prémenstruel et mes pensées suicidaires avec l'aide d'un pédopsychiatre.

Ma thérapeute m'a posé les questions classiques : « Imaginez que vous cherchez votre mère pour lui faire part d'un problème – où se trouve-t-elle dans la maison ? Comment va-t-elle réagir ? » ou « Comment vous sentez-vous après avoir été ignorée ? » Elle a ensuite dressé une analyse effrayante et précise selon laquelle j'ai l'impression d'être une unité singulière, en particulier lorsque je me heurte à ma santé mentale, parce que les relations sont pour moi temporelles, déprimantes et dangereuses. À l'écrit, cela paraît évident. Mais la façon dont elle l'a présenté, à l'époque, m'a anéantie.

Je prends toujours des notes à l'issue de chaque séance afin d'en garder une trace. Mais bien souvent, il faut accepter l'idée que tout ce qui faisait sens sur le moment est maintenant enfoui quelque part dans votre subconscient. À l'époque, cette vérité m'a marquée car c'était la première fois que je l'entendais, mais j'ai franchi d'autres étapes depuis.

Mettez-vous bien dans la tête que votre thérapeute n'est pas là pour vous dire quoi faire, seulement pour vous conseiller

Un thérapeute m'a poussée à maintes reprises à prendre une importante décision concernant ma vie. J'ai fini par l'écouter, mais j'ai conscience de l'avoir fait parce qu'il m'a dit de le faire. Il n'y avait aucune menace majeure pour ma santé ou ma vie. Les thérapeutes sont là pour conseiller, suggérer et guider ; ne les laissez jamais vous emmener là où vous ne voulez pas. Tout changement que vous entreprenez et qui est susceptible d'affecter votre santé mentale est – et doit rester – sous votre contrôle.

Vos rapports aux autres vont changer

Au bout de dix ans, je me demande si, dès le départ, j'étais aussi encline à vider mon sac, ou si j'en ai pris l'habitude, un peu comme une vache qui se précipite dans la stalle pour qu'on la traie. Je suis ridiculement éhontée dans la vie réelle. Il est très difficile de m'embarrasser. Rien de ce qui m'arrive dans la réalité ne peut être pire que ce qui se passe dans le cabinet de la thérapeute sur une base hebdomadaire. La thérapie a amélioré mes relations avec les gens plus que je ne peux le quantifier. Je parle de tout et de rien avec des inconnus dans la rue. J'ai des amitiés honnêtes, où chaque partie sait qu'elle peut aborder n'importe quel sujet ; même si je n'éprouve pas le besoin d'évoquer ma santé mentale, à moins que je ne sois vraiment en difficulté. En tout cas, c'est la dernière chose dont j'ai envie de parler. Mes amis masculins aiment le fait que j'endosse le rôle du psychologue quand ils en ont besoin. Les mecs avec qui je sors apprécient que je me réfère à ma propre thérapie pour mettre le doigt sur les problèmes qui surgissent entre nous. C'est comme une thérapie de couple, sauf qu'ils n'ont pas à y aller ou à payer.

Faites vos devoirs, même s'ils vous paraissent futiles

De manière générale, la psychothérapie vise à trouver l'origine des pensées négatives, tandis que la thérapie cognitivo-comportementale vise à les gérer et les surmonter. Je n'aime pas la TCC. Certains défenseurs de la santé mentale me reprocheront probablement d'avoir dit ça, mais je ne pense pas qu'elle doive être considérée comme un remède à l'anxiété et la dépression comme on l'entend parfois.

Une bonne partie du traitement implique de faire des devoirs comme ceux que l'on vous donnait en cinquième, et je me suis sentie légèrement ridicule à l'idée de cocher des cases, de remplir des colonnes et des tableaux alors que je n'étais même pas capable de taper sur mon clavier d'ordinateur sans trembler. Je me souviens d'avoir résisté au processus, car le fait de cartographier la façon dont mes pensées se transforment en sentiments et vice versa était comme une insulte à ma brillante intelligence. Finalement, j'ai cessé d'être arrogante et suis devenue assez désespérée pour me plier à l'exercice – j'admets que ça m'a légèrement aidée.

Il en va de même pour les choses dont vous discutez en psychothérapie. Lorsque vous décidez, avec votre thérapeute, de présenter vos excuses aux personnes que vous avez blessées durant une crise maniaque, ou de vous coucher tôt et d'éteindre vos appareils avant 23 heures, alors faites de votre mieux pour vous y tenir – sans pour autant vous flageller –, quitte à y aller par étapes.

Vous êtes sûr qu'il vous espionne

Si vous ne me trouvez pas encore assez égocentrique, essayez ça : je soupçonne toujours les thérapeutes de rechercher des informations à mon sujet sur Internet. Pour ma défense, ma thérapeute a déjà mentionné une chose que je ne lui avais pas dite en séance. Je le lui ai fait remarquer, ce à quoi elle m'a répondu – comme si c'était tout à fait normal – qu'elle l'avait lue sur mon Twitter. Elle a soigneusement ressassé mes tweets au sujet de Tinder, la thérapie, le sexe et les gueules de bois. À présent, à chaque fois que j'écris un article sur le sexe ou la santé mentale, je l'imagine en train de le lire et de comparer le vrai moi au moi virtuel, tout en réfléchissant à son prochain article au sujet de la psychologie et des gens qui se pavanent en ligne. Ma thérapeute est peut-être en train de me lire en ce moment même. Si tel est le cas, sachez que je suis disponible mercredi, même heure.

Vous n'imaginez pas la vie sans lui

Je me suis demandé si la thérapie n'était pas devenue pour moi une sorte de doudou onéreux. Quand ma thérapeute m'annonce qu'elle part faire une croisière de trois semaines, je suis indignée : Quelle égoïste. Que voulez-vous que je fasse pendant ce temps ? Que je m'occupe de moi-même, peut-être ? Certaines personnes m'ont demandé : « Ne vas-tu pas arriver à court de sujets de discussion ? » (Non. La maladie chronique et la maladie mentale ne s'arrêtent jamais, de même que ma capacité à raconter des conneries.)

Mais pourquoi devrais-je arrêter la thérapie ? Je vais mieux que jamais. Certaines personnes prennent des médicaments toute leur vie ; je les commence et je les arrête. Et de toute manière, en quoi la façon dont je gère mon budget ou ma santé concerne-t-elle les autres ?

Ma plus grande peur est que la vraie folie soit juste au coin de la rue ; le genre de maladie grave qui marque un point de basculement sans retour. Je me sais capable de perdre le contact avec la réalité, de créer des choses qui n'existent pas. Je ne l'oublie pas. C'est pour cette raison que je paie un professionnel qui connaît son travail et me rappelle à l'ordre chaque semaine : « Vous êtes un être humain normal, et vous n'êtes pas malade. »

Il se peut qu'un jour j'arrête la thérapie. Mais si ce n'est pas le cas, je suis tout à fait à l'aise avec l'idée de passer 20, 30 ou 40 ans de plus à parler de moi.

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Cet article a été publié sur VICE FR.