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Pas de congé de maternité pour Zwangere Guy

Zwangere Guy est un des rappeurs bruxellois que nous avons suivi en 2016, quand ils étaient prêts à percer vers le grand public.

par Gilles Wijckmans; photos Yaqine Hamzaoui
01 June 2018, 12:54pm

Regarde la première partie de notre documentaire Noisey Bruxelles ici.

Alors qu’en France et aux Pays-Bas le hiphop et une industrie qui rapporte des millions, la Belgique semble un peu somnolente. Enfin, c’est ce que pensent certains. Nous, par contre, on a découvert de très près que depuis l’année dernière, la scène hiphop de la capitale est prête à faire la concurrence aux voisins. Au centre de la scène : STIKSTOF, un groupe de rap avec des beats noirs comme charbon et des textes néerlandophones en béton qui font rougir même les francophones.

Les cinq membres représentent chacun un coin de l’hexagone. Toujours au milieu de l’action : Zwangere Guy, qui a sorti son premier album solo intitulé ZwangerschapsverlofVolume III cette année et qui a inondé quasiment chaque festival du royaume avec son enthousiasme de la force d’un tsunami. On lui a parlé de son amour pour Bruxelles et de son nom pas comme les autres.

Noisey: Avant de parler d’autre chose, il faut quand même que je te demande d’où vient ton nom.
Zwangere Guy: Certains pensent que ça ce prononce « guy » comme « mec » en Anglais, mais c’est simplement Guy, le prénom. Je voulais un nom avec un « g », mais Zwangere Gino, ça aurait été ridicule. Et puis pourquoi enceinte ? Un jour, STIKSTOF et moi on était pétés à mort. On avait fait un super bon morceaux et on si disait : « ce track est enceinte, G. » Je m’appelais Omar-G, dans le temps. Puis c’est devenu Omar Guynaecoloog et pour finir je suis passé à Zwangere Guy. Un homme peut tout aussi bien être enceinte, d’une idée ou d’une satisfaction. Je trouvais ça beau.

Avant tu étais ouvrier, aujourd’hui rappeur. D’où ce changement de carrière ?
J’avais 21 quand j’ai commencé à rapper, mais j’écrivais déjà des textes pour moi longtemps avant ça. Ce qui me manquait, c’était le bon entourage. Je travaillais sur des chantiers et je faisais des semaines de 60 heures, facile. J’étais accro aux joints et j’étais fainéant. Je travaillais 10 heures par jour, je rentrais, je fumais cinq joints et puis j’allais au lit, K.O. Le rap m’a fait découvrir que j’avais une autre passion que la construction, même si je trouve toujours ça plutôt chic d’arriver à un produit finalisé jusqu’au bout. C’est ce que j’essaie de faire avec ma musique, maintenant. Avant j’étais le débile qui voulait immédiatement mettre chaque morceaux en ligne, mais STIKSTOF m’a appris de prendre mon temps pour peaufiner les choses. Sans STIKSTOF, il n’y aurait jamais eu de Zwangere Guy.

Entre temps les choses ont sérieusement changé pour toi. Tu as eu une année de dingue, non ?
Ca a été une année de ouf. Je ne me plains pas. Au moment où on faisait le tournage pour Noisey Bruxelles, j’étais à fond dans STIKSTOF et je venais de lancer un single solo. Quand le tournage était fini, j’ai sorti mon album Zwangerschapsverlof Volume III. La fête pour le lancement à Molenbeek était vraiment légendaire. En un an, tout ça a explosé grave.

Il paraît que tu considères Bruxelles comme ton psy. Qu’entends-tu par là ?
Pour moi, Bruxelles, c’est un homme ou une femme qui peut parfois répondre à tes questions. Mais d’autres fois, tu peux complètement t’y perdre. J’aime bien me balader tout seul dans les rues, à la recherche de réponses. On peut facilement ce cacher à Bruxelles. En ville, on peut être seul et réfléchir. En même temps, tu vois tellement de situations qui peuvent t’apprendre des choses. La plus grosse réponse que Bruxelles m’a donné, c’est de devenir rappeur. Si je n’habitais pas ici, je ne m’y serais jamais mis. J’ai commencé à rapper sur ma situation à la maison et ce que je voyais en ville. Et puis Bruxelles m’a donné un réseau qu’on ne peut avoir qu’en ville. Grâce à d’autres bruxellois et surtout grâce à STIKSTOF, je me suis épanoui. C’est ce que je veux faire pour d’autres, maintenant. Je veux être un lien entre tout ça.

Sur tes albums, tu réunis nos deux langues nationales.
Pour moi, c’est logique, j’ai été éduqué quasiment bilingue. Le Français et le Néerlandais ensemble, ça sonne bien, ça marche. A Bruxelles on est une bonne équipe, au-delà des barrières linguistiques. C’est pas normal, j’ai jamais vu ça. Il y a déjà plein de haine et d’amertume, on ne va pas laisser notre passion pour la musique se s’aigrir aussi.

Qu’est-ce que est typiquement bruxellois, pour toi ?
Quelque chose de typique mais de merdique, aussi, c’est la police. Avec STIKSTOF, on avait loué un Airbnb à une heure et demie de Bruxelles, pour écrire. On arrive, c’est une maison de merde, dégueulasse. Le mec qui nous accueille panique, de la coke plein les narines. J’étais immédiatement enragé et je lui ai dit : « Nettoie ta maison et casse-toi, ou rend-nous notre argent. » Une demi-heure plus tard, il s’avère qu’il est flic à Bruxelles. Voilà les gens qui sont supposés nous protéger. Ils croient que si tu es Marocain, tu es dangereux et tu ne parles même pas le Néerlandais ou le Français. Le mec avait cinq plantes de marihuana dans son jardin. En Belgique, les flics reçoivent une prime s’ils viennent travailler à Bruxelles en tant que non-bruxellois. Donc des gens qui n’ont rien pigé de cette ville viennent ici pour nous expliquer comment faire les choses. Ca me fout les boules. Mais je peux aussi te raconter des belles choses sur Bruxelles. Récemment, j’étais à une soirée où pendant huit heures d’affilé, on a joué la même chanson de Beyoncé. Seulement à Bruxelles, ça. Ici, on s’en fout.

Pour plus de Vice, c’est par ici.

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