Drogue

Si la weed vous rend extrêmement nauséeux·se, vous n’êtes pas seul·e

Les médecins constatent une augmentation des cas de syndrome d’hyperémèse cannabinoïde, une condition qui se soigne souvent avec… du cannabis.

par Lena Papadopoulos
19 December 2019, 9:50am

À l'automne 2016, je suis devenue donneuse d'ovocytes. Après le traitement hormonal et le prélèvement des ovules, j'ai commencé à avoir des nausées inhabituelles. Au début, je n'y ai pas prêté beaucoup d'attention, pensant que c'était des effets secondaires dus aux changements hormonaux que mon corps subissait. J'ai aussi découvert que le cannabis, que je consommais habituellement pour traiter mon insomnie, soulageait temporairement la sensation de malaise dans mon estomac.

Mais au fil du temps, les nausées sont devenues plus longues et plus sévères. L'odeur et la vue de la nourriture me repoussaient. Je n’arrivais pas à manger, parfois pendant des jours, et j'ai commencé à perdre beaucoup de poids. J'ai pris rendez-vous avec un gastro-entérologue pour comprendre ce qui se passait.

J'avais remarqué que plus je prenais du cannabis pour traiter mes nausées, plus je me sentais malade pendant les heures où je ne fumais pas. Il semblait contre-intuitif que le cannabis puisse jouer un rôle dans ma maladie puisqu'il est souvent recommandé pour soulager ces symptômes, mais je me suis sentie obligée de dire au médecin que je fumais régulièrement.

À ma grande surprise, il m'a expliqué que les États américains qui avaient légalisé le cannabis à des fins médicales ou récréatives, entraînant de fait une augmentation de la consommation de cannabis, avaient également connu une augmentation significative d'une condition connue sous le nom de syndrome d'hyperémèse cannabinoïde (SHC). J'éprouvais des nausées prolongées tout au long de la journée – un symptôme courant du SCH. Mais comme je fumais régulièrement, le médecin a pensé que mon état était en fait lié à ma consommation de cannabis. Plusieurs tests que j'avais effectués étaient normaux, indiquant qu'il avait probablement raison.

Le SHC est une maladie qui prête à confusion chez les consommateur·ices de cannabis de longue date. Les symptômes courants comprennent des nausées extrêmes, des vomissements insolubles et des douleurs abdominales. De nombreux patient·es déclarent trouver un soulagement en prenant des bains chauds. C'est une maladie inhabituelle étant donné que le cannabis médicinal est souvent utilisé pour traiter les nausées chez les patient·es atteint·es de cancer, par exemple. Mais il s’avère que si le cannabis est souvent efficace contre les nausées et les vomissements, il peut aussi les déclencher.

Les symptômes du SHC mettent parfois des années à apparaître. La première chose à faire pour les consommateur·ices de cannabis souffrant de nausées sévères et/ou de vomissements incontrôlables devrait être d'arrêter de consommer du cannabis et de voir si les symptômes s’atténuent dans les deux-trois jours. On m'a conseillé de le faire, et en deux jours, j'étais complètement revenue à la normale.

La cause du SHC est inconnue. Comme le cannabis possède des propriétés chimiques complexes, il est difficile d'identifier ce qui conduit à ce syndrome pour le moins paradoxal. Certaines recherches portent sur les récepteurs corporels affectés par la consommation de cannabis. On croit qu'une consommation excessive et fréquente perturbe les récepteurs et cause les symptômes du SHC. Mais la consommation de cannabis est courante depuis des siècles dans des pays comme l'Inde, et les symptômes du SHC n'ont commencé à être signalés qu’au cours des deux dernières décennies.

En outre, il n'y a pas de rapports d'utilisateur·ices de SHC dans certaines régions, comme l'Asie du Sud, du moins pas dans la même mesure qu'aux États-Unis. Cela a conduit certain·es médecins à être sceptiques quant à l'idée que le cannabis lui-même est le problème, théorisant que les additifs peuvent en être la cause réelle. Mais dans le cas de l'Asie, l'absence de rapports peut aussi être due au fait que la marijuana reste strictement illégale dans bon nombre des plus grands pays de la région, même si elle est de plus en plus acceptée en Occident. De plus, dans certaines régions du monde, comme en Asie du Sud, il n'existe pas de rapports faisant état de consommateur·ices chroniques de cannabis souffrant du SHC. Certain·es médecins sont donc sceptiques quant à l'idée que le cannabis lui-même est le problème, théorisant que les additifs peuvent en être la cause réelle. Mais dans le cas de l'Asie, l'absence de rapports peut aussi être due au fait que le cannabis reste strictement illégal dans bon nombre de ses plus grands pays, même s’il est de plus en plus accepté en Occident.

Dans mon cas, mon spécialiste en fertilité croyait que le SHC était directement lié aux changements dans mes récepteurs causés par les hormones que je prenais. Je devais subir une deuxième série de don d'ovules, et il pensait qu'il était possible que mes récepteurs redeviennent normaux par la suite. Et bien sûr, à la suite de la deuxième intervention, je n'ai plus ressenti les symptômes du SHC en consommant du cannabis.

La consommation de cannabis augmente aux États-Unis, non seulement car les États légalisent son usage récréatif, mais aussi parce qu'il est de plus en plus considéré comme un traitement alternatif efficace à de nombreux produits pharmaceutiques couramment utilisés, dont les opioïdes. Quelle qu'en soit la cause, les médecins s'attendent à une augmentation du nombre de cas de SHC coïncidant avec l'augmentation de la consommation de cannabis. Les hôpitaux à travers le pays voient déjà de plus en plus de cas de SHC dans les États où la weed a été légalisée.

À l’époque, le cannabis était illégal dans mon État, alors j'hésitais à dire au médecin que j’en consommais. Et, en raison de ma situation unique, il aurait été facile d’attribuer mes symptômes à mes traitements hormonaux récents, d'autant plus que le cannabis m'a soulagé temporairement. Mais si je n'avais pas été transparente, j'aurais continué à avoir la nausée. Soyez honnête avec votre médecin si vous consommez régulièrement du cannabis et que vous commencez à présenter ces symptômes. Sachez également que de nombreux médecins ne sont peut-être pas encore au courant de l'existence du SCH et que c'est peut-être à vous de porter cette possibilité à leur attention. Mais la maladie ne devrait pas rester longtemps hors de portée des radars. À mesure que le cannabis devient de plus en plus acceptable et accessible aux États-Unis, il est impératif de comprendre les causes du SHC et les moyens de l'éviter.

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Cet article a été publié sur VICE US.

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