Drogue

Dealer de la weed à l’heure du Coronavirus

« Après, avec la fermeture des frontières, je ne sais pas comment ça va se passer. Je reçois mon herbe d’Espagne, et pour l’instant les go fast sont à l’arrêt. »

par Ezra Salander
19 March 2020, 10:29am

Illustration : Vincent Vallon

L'épidémie de Covid-19 ébranle notre quotidien depuis mardi midi. Après la fermeture des écoles, puis des bars, des restaurants, et enfin l’annonce du confinement, nous avons tou·tes progressivement vu nos rues se vider et nos commerces garder portes closes. Seuls les secteurs jugés essentiels aux activités du pays demeurent en activité : l’alimentaire, les librairies, les pharmacies… Et qu’en est-il du secteur illicite mais ô combien populaire du cannabis ? Rencontre avec Tom, un dealer de beuh qui s’adapte tant bien que mal aux circonstances.

VICE : Salut Tom. Tu nous parler un peu de ton activité ?
Tom : Salut. Je vends environ 300 grammes d’herbe par semaine. Je livre mes client·es chez elleux en scooter.

Quel a été l’impact de l’épidémie de Covid-19 sur les demandes de cannabis ?
J’ai vu mes commandes exploser dès la fermeture des bars et restaurants, et plus encore avec l’annonce du confinement. Je n’ai jamais reçu autant de demandes, pour d’aussi grosses quantités. Les gens ont eu peur, iels ont vu comment ça se passait en Italie ou en Espagne, et iels ont commencé à se dire que des semaines enfermées sans weed, ça allait être très difficile. J’ai vu qu’il y avait la queue devant les magasins de cannabis à Amsterdam ou au Canada. Ça a été pareil pour moi et mes collègues ; on a été saturé de messages. J’ai eu une cliente qui m’a demandé 20 grammes, puis le lendemain 10 grammes, et le lendemain encore 10 grammes, alors que d’habitude elle prend 10 grammes par semaine.

« J’ai eu une cliente qui m’a demandé 20 grammes, puis le lendemain 10 grammes, et le lendemain encore 10 grammes, alors que d’habitude elle prend 10 grammes par semaine. »

T'as pu satisfaire ces demandes ?
Oui. J’ai été refaire mes stocks dimanche, et j’ai dû écouler 600 grammes en deux jours. J’ai livré mes client·es en faisant très attention de ne pas avoir de contact physique avec elleux. D’habitude, je ne livre que des client·es régulier·es, mais là, j’ai fourni mes habitué·es en priorité, en les rassurant sur le fait qu’iels auraient ce dont iels avaient besoin avant le confinement, et j’ai aussi accepté de vendre à des gens que je ne connaissais pas, parce que je voulais écouler mes stocks.

Justement, t'as des stocks pour combien de temps ?
Pour environ un mois, et seulement pour de la vente au détail. Après, avec la fermeture des frontières, je ne sais pas comment ça va se passer. Je reçois mon herbe d’Espagne, et pour l’instant les go fast sont à l’arrêt.

« Je reçois mon herbe d’Espagne, et pour l’instant les go fast sont à l’arrêt. »

Tu vas continuer à livrer ?
Non, c’est trop risqué maintenant qu’on doit sortir avec une autorisation et qu’il y a la police dans les rues. Je ne vais pas risquer de me faire contrôler avec un sac rempli d’herbe. Pour l’instant les gens ont acheté ce qu’il leur fallait. On verra d’ici une semaine comment ça se passera. Je pense que je demanderai aux client·es de passer devant ma porte, iels devront se débrouiller en disant qu’iels vont faire leurs courses s’iels se font contrôler.

Est-ce que le confinement va avoir un impact sur les prix du cannabis ?
Bien sûr. On constate déjà une hausse des prix. C’est normal, c’est une logique économique simple : hausse des demandes et baisse de l’offre. Et puis c’est aussi l’occasion pour les dealers de se faire de l’argent : les client·es veulent leur herbe, iels savent que ça risque de manquer, donc iels stockent et sont prêt·es à payer plus cher que d’habitude pour être tranquilles.

Un conseil pour les fumeur·ses de weed qui s’inquiètent ?
Si vous avez fait des stocks, économisez-les et ne profitez pas du confinement pour fumer 20 grammes en une journée. Ce n’est pas la peine d’acheter des dizaines de cartouches de cigarette, de briquets et de feuilles, les tabacs restent ouverts et iels ont des stocks. Pour celleux qui vont aller toper pendant le confinement, soyez très prudent·es, cachez le produit quand vous sortez dans la rue, protégez-vous et protéger votre dealer.

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Cet article a été publié sur VICE FR.

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