Culture

Les vêtements font (aussi) la révolution

La preuve par 7.

par Marion Raynaud Lacroix et Micha Barban Dangerfield
08 February 2019, 12:31pm

Extrait du film This is England de Shane Meadows

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Révolutionnaire dans l’âme, le gilet jaune vous lasse ? Tour d’horizon de pièces dont le destin s’est joué dans la lutte avant d’être – souvent – récupéré par la mode.

Le béret Kangol

Béret Kangol Jackie Brown
Jackie Brown, Quentin Tarantino

Ironie du sort, la célébrité mondiale de Che Guevara repose sans doute plus sur l’iconographie qui l’entoure que sur sa pensée politique. Et si la baie des cochons vous évoque plus volontiers une plage échangiste qu’un épisode historique, c’est que le Che a échoué là où le capitalisme a réussi : réduire la révolte à une tenue, disponible sur Ebay et au rayon déguisement de la Foirfouille. Le plus du total look Che Guevara ? Le béret Kangol a l’avantage d’être le couvre-chef historique des Black Panthers, qui le portent à l’envers, sur un ensemble veste/derbies en cuir + pantalon noir. De quoi faire de vous l'étendard de la convergence des luttes, pourvu que vous ayez une tête à chapeau.

Le polo Fred Perry

This Is England Fred Perry
This Is England, Shane Meadows

En 2013, le meurtre de Clément Méric, jeune militant anti-fasciste français, par un groupe de skinheads à la sortie d'une vente privée Fred Perry, ravive l’ambiguïté historique de la marque britannique, objet d'une querelle sans fin entre deux camps que tout oppose (idéologiquement) sauf la mode - à leurs pieds une grosse paire de Doc, un bomber sur les épaules, le crâne rasé et une couronne de laurier Fred Perry sur le coeur. Un look identitaire né à la fin des années 1960 avec le punk, vite adopté par une jeunesse qui finira par se diviser : les antifas d'un côté, les extrémistes nationalistes de l'autre. Un polo deux révoltes, deux salles deux ambiances.

Le keffieh

Arafat
World Economic Forum, 1996 - Shimon Peres, Yasser Arafat & Klaus Schwab

Avant que Balenciaga n’en fasse un hit de sa collection automne/hiver 2007, le keffieh fut un emblème de la lutte palestinienne : en 1936, pendant leur révolte contre la présence anglaise, les révolutionnaires s’en servent pour dissimuler leur visage. Mais très vite, le simple fait de porter un keffieh devient un motif d’arrestation. Pour protester, l’ensemble de la population - citadins compris - est donc appelée à revêtir cette coiffe traditionnellement réservée aux paysans. Saut dans le temps : en 2008, le magazine Elle se fend d’un article intitulé « Keffieh mode d’emploi » dans lequel on découvre comment adopter le style Yasser Arafat « en toute simplicité ». Un dévoiement qui en appellera d'autres et contre lequel le keffieh n'a pas fini de lutter.

Le masque de Guy Fawkes

Masque Guy Fawkes
V pour Vendetta, James McTeigue

L’histoire de Guy Fawkes commence à la fin du XVème siècle lors de l'épisode de la conspiration des Poudres, l’une des plus célèbres tentatives d’assassinat du roi d'Angleterre. Expert en explosifs, Guy Fawkes restera connu pour sa dernière bonne idée : sauter de l’échafaud pour échapper au supplice de l’écartèlement. Son visage à la fois rieur et terrifiant inspirera le masque de V, justicier anarchiste imaginé par Alan Moore, pour qui la fin (juste) justifie les moyens (violents). Des années plus tard, les Anonymous feront de son sourire énigmatique la promesse d’une nouvelle justice : nichée dans les recoins du web, insaisissable et sans pitié.

Le col

L'usine de rien
L'Usine de Rien de Pedro Pinho

Si le match se joue aujourd'hui entre les gilets jaunes des rond-points et les costards de la Défense, la lutte des classes s'est d'abord jouée autour d'un simple détail vestimentaire : le col. Petit rappel : le bleu revient aux classes ouvrières, monté sur des blouses de travail, le blanc désigne les industriels, détenteurs du pouvoir (et de tout le reste). Dans les années 1970, le col permet aussi à une jeunesse en rébellion de se réclamer du mouvement maoïste et d'afficher son aversion pour l'impérialisme. Aujourd'hui, le col ne fait plus tellement l'objet d'une distinction : le déclin de l'ouvriérisme, la prolifération des des start-uppers (aux allures souvent trompeuses), l'affluence tragique des boutiques Célio et l'obsession de la mode pour le vêtement ouvrier y sont probablement pour quelque chose. L'injustice du système n'a elle, en revanche, pas changé.

Le gilet jaune

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Rendu obligatoire en 2016, le « gilet de haute visibilité » ou « gilet de sécurité » permet de rester repérable en cas d'accident, au cas où vous tomberiez en panne sur une route sombre. La fonction initiale du gilet jaune repose donc sur une idée simple : ne pas se faire écraser. Face à un gouvernement dont la politique sociale s'apparente à celle d'un rouleau compresseur, le gilet jaune est devenu un signe de ralliement, invitant la classe politique à écarter ses oeillères pour regarder une France des bas côtés qu'elle ne faisait, jusqu'alors, que mépriser.

Le maillot de foot

Coup de Tête Football
Coup de tête, Jean-Jacques Annaud

Difficile de voir dans le maillot de foot un emblème révolutionnaire. Du moins, avant que le député France Insoumise François Ruffin ne dévoile son maillot de l’Olympique d’Eaucour à l’Assemblée Nationale. Son but ? Défendre la taxation des gros transferts sportifs. Le coup d’éclat fera date : le Président de l’Assemblée y verra une « provocation » déplorable et le député finira privé d’un quart de son indemnité parlementaire. « Quand on n'a plus de crise parlementaire, il nous reste des crises vestimentaires » lui répondra Ruffin.

Regardez aussi : Comment devenir le roi de la Fashion Week

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Cet article a été initialement publié sur i-D France.