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La désintoxication numérique, ça ne sert à rien

Vous n’êtes probablement même pas vraiment dépendant.

par Luca Max
29 janvier 2019, 3:14pm

Photo par Derick Anies via Unsplash

Dans un article publié le 17 janvier dernier, les chercheurs anglais David A. Ellis et Brittany I. Davidson ont exploré les risques potentiels qui pouvaient survenir lors d’une désintoxication numérique. On parle d’un abandon partiel ou complet de tout objet technologique, allant du téléphone cellulaire à la montre intelligente.

« Il faut distinguer l’usage de l’abus, estime Jacob Amnon Suissa, professeur associé à l’École de travail social de l’UQAM, spécialisé dans la question du phénomène de dépendance, dont la cyberdépendance. Le modèle de désintoxication s’apparente plutôt aux dépendances aux substances psychoactives. »

Certaines personnes vont jusqu’à s’exiler pendant quelques jours dans des retraites de méditation. « Une désintoxication de dix jours, par exemple, ne donnera pas de résultat, explique M. Suissa. Les gens sont dans un environnement où tout le monde met la technologie de côté, mais dans la vie, quand vous êtes avec des gens qui n’ont pas tous le même objectif, soit arrêter, ce n’est pas du tout la même chose. »

Essentiellement, le fait de vouloir s’éloigner de la technologie pour un certain temps n’est pas une mauvaise idée, mais il ne faut pas espérer d’effets positifs, puisque la science ne prouve pas cette théorie.

« La désintox m’apparaît non pertinente pour la raison simple que les gens doivent transiger avec les contraintes contextuelles et sociales, mais aussi personnelles, psychologiques et familiales dans leur style de vie », souligne le professeur. La technologie, les réseaux sociaux et les connexions virtuelles font maintenant partie de la vie quotidienne, d’où l’importance de s’y adapter et de les intégrer correctement.

Que ce soit la tenue du surprise party de sa meilleure amie, ne pas manquer la dernière publication de son influenceur préféré ou la sortie d’un album uniquement accessible sur une page web obscure, plusieurs actions de la vie quotidienne requièrent maintenant l’usage des réseaux sociaux, et ce, sans qu’on observe de conséquences néfastes.

« La nomophobie [« peur excessive d'être séparé de son téléphone mobile »], la FoMO [acronyme de fear of missing out, « la peur de rater quelque chose »] et la cyberdépendance existent bel et bien, explique M. Suissa. Les gens peuvent développer ces dépendances, mais il faut encore une fois se pencher sur ce qui les cause. » Le professeur estime que peu d’utilisateurs de la technologie ont réellement besoin d’une cure de désintoxication.

« Il y a des facteurs clairs qui indiquent la cyberdépendance, poursuit-il. La perte de la notion du temps est un indice de dépistage important, les sentiments de colère et le sentiment dépressif en sont un autre. » À ces caractéristiques se joint le besoin grandissant des usagers d’augmenter chaque jour le temps passé devant leur écran afin de ressentir « le high du lien ».

Afin de garder un bon contact avec la réalité, il est toujours possible d’instaurer des règles bien simples. « Vous pouvez prendre les repas en famille, favoriser les liens face à face, créer un contrat avec vos enfants pour réguler le temps d’utilisation des outils technologiques et continuer à faire les activités récréatives familiales », résume Jacob Amnon Suissa.

Il se trouve que la plupart des recherches sur l’utilisation de la technologie parues jusqu’à maintenant se contredisent. Certaines clament que l’utilisation technologique est néfaste, alors que d’autres montrent les effets bénéfiques de l’internet et des réseaux sociaux sur le plan des relations interpersonnelles.

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Et c’est ce que les chercheurs anglais David A. Ellis et Brittany I. Davidson déplorent : aucune recherche n’a encore permis de déterminer si des gens dépressifs utilisent la technologie à cause de leur état ou si des gens deviennent dépressifs à cause de l’utilisation de la technologie.

S’il y a une certitude, c’est que les jeunes, eux, le sont, déprimés.