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société

Black Lives Matter dénonce la complaisance de Fierté

Le groupe militant pour les droits des personnes racisées Black Lives Matter a hier pris la parole lors de la minute de silence à la parade annuelle de Fierté, à Montréal.

par Billy Eff
21 août 2017, 8:31pm

Crédit : Matt Joycey

Cet article a été modifié pour y ajouter les commentaires d'une représentante de Fierté Montréal.

Cette minute de silence est d'habitude dédiée aux personnes décédées des suites du VIH ou du sida, ou encore d'attaques ou de lois homophobes et transphobes.

Des parades de la Fierté (ou Pride) se tiennent maintenant partout dans le monde, mais elles étaient à l'origine des marches commémorant les émeutes du Stonewall Inn, situé dans le Greenwich Village, à New York. À la fin des années 50, plusieurs émeutes ont éclaté à la suite de raids policiers dans ce bar, un des seuls établissements de la ville qui acceptait sans discrimination les personnes marginalisées à l'intérieur de la communauté LGBTQ.

Si des défilés dans le cadre de Fierté sont possibles, c'est grâce à des femmes trans racisées comme Marsha P. Johnson, Sylvia Rivera et Stormé DeLarverie, reconnues comme des figures de proue du combat LGBTQ et des émeutes organisées de Stonewall.

Hier, Black Lives Matter a tenu à rappeler aux spectateurs du défilé les origines de Fierté et le nom de ces femmes. Lorsque Lucas Charlie Rose, un des porte-parole du mouvement, a interrompu la minute de silence pour prononcer le nom de Johnson, Rivera et DeLarverie, deux des membres de l'équipe de Fierté ont tenté de lui enlever de force son porte-voix. Ce geste ayant suscité différentes réactions au sein des spectateurs, on a finalement laissé Rose terminer son discours.

Comme on peut le voir dans la vidéo ci-dessus, captée par les caméras de VICE, les deux membres de Fierté ont ensuite tenté d'empêcher les militants de quitter pacifiquement les lieux.

« Une femme cisgenre blanche qui empêche un homme trans noir de rendre hommage aux instigatrices trans racisées du mouvement de la Fierté. Là est le visage du racisme », peut-on lire sur la page Facebook de Black Lives Matter Montréal. « Nous voulons montrer par cette action que nous sommes présents, vivants, résilients et que nous sommes plus que jamais à la reconquête de la Fierté qui est incontestablement notre espace. »

« Fierté Montréal n'a plus l'essence qu'elle avait : les personnes marginalisées sont encore plus marginalisées, et d'autant plus à l'intérieur même de Fierté. »

Si le manque de représentation de communautés marginalisées rend mécontents les membres de Black Lives Matter, la surreprésentation de grandes compagnies aussi. « Fierté Montréal n'a plus l'essence qu'elle avait : les personnes marginalisées sont encore plus marginalisées, et d'autant plus à l'intérieur même de Fierté. Nous ne voulons plus que ce soit un événement capitaliste et nous voulons une reconnaissance des gens qui ont commencé ce mouvement », nous a confié un des membres de Black Lives Matter Montréal (BLM).

En effet, plusieurs compagnies comme Pfizer et la Banque TD étaient du défilé avec d'extravagants chars allégoriques, un geste vide et sans vraies retombées dans la communauté, d'après plusieurs.

« Pride est devenue blanche et cisgenre. Les gens qui sont mis de l'avant, c'est les corporations, les personnes cisgenres et les personnes blanches. Nous demandons que les femmes trans soient visibles et aient une voix décisionnelle au sein de Fierté », dit le membre de BLM.

De son côté, Fierté Montréal n'a pas encore répondu formellement aux accusations de Black Lives Matter Montréal concernant le comportement des bénévoles de son équipe.

Mise à jour (25 août 2017) : Léa Esther Ledoux, une membre du conseil d'administration de Fierté Montréal et la personne responsable de faire le relais entre l'organisme et les membres de Black Lives Matter (BLM), nous a expliqué que Fierté ne condamne pas BLM ni leurs revendications. Fierté aurait tout simplement préféré que la manifestation de BLM ne dérange pas l'hommage traditionnel aux victimes du sida. « On n'a pas compris pourquoi ils avaient choisi ce moment-là. C'est un moment pour toutes les victimes, un moment inclusif, qui rassemble les personnes de la communauté. Peut-être qu'ils auraient pu le faire à un autre moment. » Ledoux a ajouté que BLM s'était vu offrir par Fierté une place dans le défilé afin qu'ils puissent passer leurs messages et revendications, mais que BLM avait refusé celle-ci.

Billy Eff est sur internet ici et .