Flawless Gretzky est devenu fugitif pour enregistrer des mixtapes

Et aussi pour aller au spa.

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mai 14 2018, 6:00pm

Il ne restait que dix mois de libération conditionnelle au rappeur Flawless Gretzky. Mais il y a deux mois, il a préféré souligner son anniversaire plutôt que de respecter son couvre-feu. Plutôt que d’affronter son agent et risquer de se retrouver à nouveau derrière les barreaux, il a décidé de couper son bracelet électronique et de prendre la poudre d’escampette. Depuis, tel un rat de studio, il a enregistré trois mixtapes, qui sortiront au courant des prochains mois.

En 2011, à l’âge de 19 ans, Flawless est reconnu coupable de complot, de vol qualifié, de possession d’une arme à feu prohibée et de l’avoir déchargée avec une intention particulière. Il entre alors en prison pour six ans. Ce passage derrière les barreaux aura toutefois été positif pour le rappeur originaire du quartier de la Petite-Bourgogne à Montréal, car c’est au pénitencier qu’il parfait ses aptitudes musicales et qu’il écrit avec boulimie.

Lorsqu’il sort, en mai 2016, il est prêt à enregistrer sa première mixtape et il signe un contrat avec l’étiquette montréalaise Make it Rain. Mais ses conditions de probation l’empêchent d’entrer en contact avec des individus qui possèdent un dossier criminel. C’est le cas du rappeur new-yorkais Maino avec qui il enregistre une pièce. Les autorités carcérales le renvoient alors en taule pour trois mois pour non-respect des conditions. À l’automne 2017, il est libre à nouveau et il peut compter sur le producteur VNCE, membre du groupe Dead Obies, pour assurer la réalisation de History in the Making. Sur la pochette de la mixtape, on voit d’ailleurs la carte de libération conditionnelle que Flawless Gretzky doit porter en tout temps.

VICE s’est entretenu avec le rappeur fugitif avant qu’il se rende.

VICE : Qu’est-ce qui est arrivé exactement pour que tu te sauves?
Flawless Gretzky : C’est une erreur de ma part. Je devais aller travailler, mais c’était mon anniversaire. J’ai donc menti à mon agent et je suis allé au spa à la place. J’avais envie de m’amuser. Après, je suis allé voir un de mes amis et on a fêté. Je me suis endormi. Je me suis réveillé quand mon bracelet a sonné. Là, les autorités carcérales m’ont appelé et ils m’ont demandé où je me trouvais. Ils savaient que je n’étais pas allé travailler. J’ai compris que j’étais dans la merde et qu’ils n’allaient pas croire mon histoire de spa. J’ai paniqué. Alors je me suis dit « fuck that », j’ai coupé mon bracelet et je l’ai lancé par la fenêtre d’une voiture sur l’autoroute. Ensuite, je me suis enfermé dans un studio pour travailler avant de retourner en prison. Et y a des osties de bonnes tounes qui s’en viennent.

Il n’y a pas de chances qu’ils allongent ta peine de prison parce que tu as coupé ton bracelet?
Pour vrai, j’espère que tout va bien aller, mais je m’attends aussi au pire. Je n’ai pas peur et je ne vis avec aucun regret. C’est mon choix et je vis avec.

Et t’as fait quoi depuis deux mois?
J’étais au studio. J’ai enregistré avec plein de rappeurs. J’ai trois mixtapes qui sont prêts à sortir et plusieurs singles. J’ai fait six clips. J’ai tellement de footage, c’est fou. On a filmé dans de grosses maisons et des chalets. Je veux montrer aux gens un aperçu de la vie que je vais avoir quand je vais sortir.

Ça parle de quoi, la musique que tu viens d’enregistrer?
Ça parle beaucoup de ma vie et du fait que je suis en cavale et du stress qui vient avec. Je parle toujours de ce qui se passe au moment même.

Est-ce que souhaite créer un buzz autour de ta cavale?
C’est certain! Les gens aiment ce genre de truc, et je suis content de ça. Et je veux aussi montrer aux jeunes que, parfois, il faut tout risquer pour poursuivre son rêve. Je veux que les gens entendent mon histoire, parce que c’est une histoire vraie.

Mais à la fin de la journée, je n’ai pas besoin de la cavale pour créer un buzz. Mon talent va créer le buzz. Je voulais simplement terminer mes mixtapes et mes EP pour être certain que, lorsque je retourne en dedans, ma musique continue à faire du bruit. Je ne fais pas ça pour m’amuser. Je fais ça pour mon avenir. J’ai un enfant, une famille, une carrière. Il y a beaucoup de monde qui attend après moi. Je pourrais rester dehors tout l’été. Mais ce n’est pas la chose à faire. Je préfère me rendre, qu’on m’attrape.

Quand je t’ai interviewé l’an dernier pour Vice du jour tu me disais que tu voulais avoir un impact positif sur ta communauté et passer à autre chose. Comment tu te sens aujourd’hui, alors que tu ne croyais pas que tu allais retourner en dedans?
C’est plate, c’est une perte de temps, mais je dois du temps à la société. Je suis un homme. Je dois affronter la réalité. C’est lourd, mais je suis motivé à écrire et à entrer en force. Je veux bien me comporter, comme ça je vais sortir vite. Il y a beaucoup qui m’attend à l’extérieur.

Est-ce que tu comptes continuer à écrire et à faire du rap en dedans?
C’est sûr. Lorsque je vais sortir, je vais avoir terminé mon temps. Je vais pouvoir faire des spectacles et voyager. Faut que je me prépare au moment où je vais sortir. Je vais m’entraîner et écrire.

Est-ce que tu te rends bientôt?
Oui, très bientôt. J’ai terminé ma mission. Je suis prêt à faire mon shift. Mais disons que, lorsque je me lève le matin, ce n’est pas la chose la plus motivante de se dire que je m’en vais aller passer les prochains mois à l’ombre. Donc, je reporte à chaque fois.

Comment vas-tu t’y prendre pour te rendre?
Je pense que je vais aller directement à l’Établissement de détention de Rivière-des-Prairies. Mais je pense me retrouver à l’Établissement Archambault ensuite, à Sainte-Anne-des-Plaines. J’en ai encore pour dix mois.

Est-ce que le fait d’être en libération conditionnelle a nui à ta pratique musicale?
C’est clair. Mon bracelet, mon couvre-feu, ce sont tous des sources de stress. Je dois aussi être 100 % transparent avec ma situation financière. Je dois rencontrer mon agent chaque semaine et je ne peux pas fréquenter des gens qui ont un dossier. Tabarnak, c’est clair que c’est dur. Quand je vais sortir, dans dix mois, je vais être libéré de tout ça.

Simon Coutu est sur Twitter.

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